François Chaulet, Montségur Finance:
"Le marché doit retrouver la capacité à faire le tri"
Vendredi 17 octobre 2008 à 12:40
(Tradingsat.com) - Difficile de garder la tête froide à l'heure où les variations du Cac 40 dépassent régulièrement les 5%, le plus souvent à la baisse. Pour un célèbre milliardaire américain, le moment d'acheter est justement quand plus personne ne veut acheter. François Chaulet, directeur associé de la société de gestion Montségur Finance, semble plutôt d'accord avec cette vision des choses.
Tradingsat.com : Les niveaux de cours touchés pendant le krach constituent-ils des opportunités d'achat ?
François Chaulet : La réponse est clairement oui. Avant la semaine dernière, l'allocation globale de nos actifs sous gestion était adaptée au contexte, plutôt prudente, répartie à 50/50 entre fonds de trésorerie ou obligataires et les actions. Nous sommes vraiment passés à l'action vendredi. D'abord en sortant des liquidités des fonds prudents pour les mettre sur des fonds actions. Egalement en contactant nos clients sous mandat de gestion pour leur expliquer que le moment était venu de revenir en masse sur les actions.
Tradingsat.com : A-t-on vraiment assisté cette fois à la capitulation du marché ?
François Chaulet : Des indicateurs tels que la volatilité et la prime de risque renseignent sur l'extraordinaire ampleur de la crise. Peut-on imaginer pire qu'un indice VIX de volatilité qui dépasse les 70 alors qu'il franchit tout juste le seuil des 40 dans la plupart des crises ? La prime de risque du marché, qui mesure l'écart de rentabilité attendue entre un investissement en actions et un placement obligataire, atteint également des niveaux historiques. Pour comprendre la débâcle du vendredi 10 octobre, il faut rappeler qu'il y avait pour près de 300 milliards d'euros de CDS (Credit Default Swap) sur Lehman Brothers qui devaient être réglés à cette échéance. Le soulagement a donc été immense après le remboursement de ces contrats qui assurent le risque de faillite d'un établissement.
Tradingsat.com : Vous pariez sur un rebond technique de court terme, ou sur des perspectives de long terme ?
François Chaulet : Nous achetons dans une optique de moyen terme. Avec la suppression du risque systémique, le marché ira plus haut quel que soit l'état de la conjoncture à venir. Au niveaux actuels de cours, si j'enlève le risque de panique lié au risque systémique financier, la valorisation anticipe déjà selon moi une récession terrible sur les trois ou quatre prochaines années. Et puis certains indicateurs macroéconomiques s'améliorent : le dollar remonte, le pétrole chute, de même que les matières premières, du coup les perspectives d'inflation sont révisées à la baisse, ouvrant la porte à des baisses de taux d'intérêt qui pourront intervenir d'ici la fin de l'année et courant 2009. Il y a donc des chances que le marché boursier se comporte plutôt mieux que ce qui est craint. Notamment parce qu'il y a toujours un décalage entre le cycle économique et le cycle du marché.
Tradingsat.com : Les autorités politiques européennes ont-elles pris la mesure des problèmes avec leur plan de sauvetage du système financier ?
François Chaulet : Je le pense oui. Rendez-vous compte, plus de 1500 milliards d'euros sont injectés par l'Eurogroupe là où les Etats-Unis ont été capables de mobiliser 700 milliards de dollars, soit deux fois et demi moins !
Tradingsat.com : N'y-t-il pas un risque que la récession débouche sur un scénario de crise économique longue à la japonaise ?
François Chaulet : Il y a une différence majeure entre les deux situations. Le Japon a mis dix ans pour assainir le bilan de ses banques, alors que notre système financier vient de digérer des dépréciations absolument historiques, colossales, en l'espace de deux ou trois trimestres. Donc de deux choses l'une. Soit la normalisation de la situation se fait en longueur et douloureusement dans le temps, soit elle se fait brutalement dans un massacre, mais on s'en remet plus vite.
Tradingsat.com : Que faites-vous du risque d'impact du ralentissement économique dans les comptes des entreprises ?
François Chaulet : Nous sommes en récession. C'est un fait. Certaines entreprises vont en souffrir, c'est évident. Je remarque cependant que les publications qui nous parviennent actuellement sont extraordinairement rassurantes. Notamment dans le secteur de la distribution, où la croissance de Casino demeure dynamique. Même dans le secteur bancaire, les informations préliminaires données par la Société Générale sur un résultat positif de l'ordre de 1 milliard d'euros au troisième trimestre sont très rassurantes. Et puis il ne faut pas oublier que certains modèles économiques d'entreprises sont acycliques, ce qui devrait leur permettre de tirer leur épingle du jeu. La distribution, la défense ou les « utilities » sont ainsi des secteurs par définition défensif.
Tradingsat.com : Qu'avez-vous acheté ou conseillé d'acheter à vos clients ?
François Chaulet : Beaucoup de choses ! Entre autres, Air Liquide, ArcelorMittal, Total, CGG Veritas. Nous avons aussi constitué une ligne de GDF Suez. Le titre a souffert dans des proportions effarantes de rumeurs infondées sur les tarifs de l'électricité en Belgique. Nous n'avons pas oublié non plus de nous renforcer sur des valeurs de rendement telles que Vivendi, Renault, Euler Hermes. Dans le secteur pétrolier, l'italien Eni ainsi que le spécialiste des études sismiques CGG Veritas ont retenu notre attention.
Tradingsat.com : Quel est votre scénario boursier pour la fin de l'année?
François Chaulet : Je mise sur une stabilisation. Nous formulons le souhait que les prix ne soient plus formés par 80% de panique et 20% d'analyse fondamentale. Le marché doit retrouver tout simplement la capacité à faire le tri. Les publications du troisième trimestre devraient permettre d'y contribuer. Je vois mal les résultats de sociétés telles que Bouygues, France Télécom ou Vivendi s'effondrer au troisième ou au quatrième trimestre. Dans ces conditions, j'estime que le marché ne devrait pas rencontrer d'obstacles majeurs jusqu'aux 4000 pts. Il ne faut pas oublier non plus que les fonds d'investissement ont retiré plus de 80 milliards d'euros du marché actions depuis le début de l'année. Sa capacité à encaisser ce choc prouve sa liquidité, ce qui est extrêmement rassurant.
Propos recueillis par François Berthon