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ETF ET OPCVM : PERSPECTIVES ECONOMIQUES

12 mai 2013 01:01

02 mai 2013 Bonne chance à Ben Bernanke pour éviter le prochain krach

La situation économique américaine ne rend pas facile la sortie de la politique monétaire laxiste de la Fed. L'injection massive de liquidités fait gonfler le prix des actifs et le risque de bulle est réel. Attention au krach suivant.

La faiblesse persistante de l'économie américaine - où le désendettement des secteurs public et privé se poursuit - a conduit à un chômage obstinément élevé et une croissance inférieure à la normale. Les effets de l'austérité budgétaire - une forte hausse des impôts et une forte baisse des dépenses publiques depuis le début de l'année - minent encore plus les performances économiques. Du coup, la Réserve fédérale américaine (Fed) dont certains responsables avaient laissé entendre qu'elle pourrait commencer à sortir du troisième cycle d'assouplissement quantitatif (QE3) actuellement en cours, se sont tus. Compte tenu de la faible croissance, le moment de contraindre à nouveau la liquidité n'est pas venu.

Le problème est que les injections de liquidités de la Fed ne sont pas génératrices de crédit pour financer l'économie réelle, mais au contraire stimulent l'endettement et la prise de risque sur les marchés financiers. L'émission d'obligations de mauvaise qualité et risquées, sous des engagements contractuels vagues et à des taux d'intérêt excessivement faibles est en augmentation ; le marché boursier atteint de nouveaux sommets, malgré le ralentissement de la croissance ; et l'argent se dirige en masse vers les marchés émergents à haut rendement.

Même la périphérie de la zone euro bénéficie du mur de liquidité déclenché par la Fed, la Banque du Japon et d'autres grandes banques centrales. A cause des taux d'intérêt ridiculement bas sur les obligations d'Etat des Etats-Unis, du Japon, du Royaume-Uni ou de l'Allemagne, les investisseurs sont entrés dans une quête mondiale de rendement.

Dans ce contexte, il est probable que des bulles du crédit et des actifs-actions se forment dans les deux prochaines années, en raison de la politique monétaire américaine accommodante. La Fed a signalé que QE3 se poursuivrait jusqu'à ce que le marché du travail se soit amélioré suffisamment (probablement au début de 2014), prévoyant un taux d'intérêt à 0 % jusqu'à ce que le chômage ait baissé à moins de 6,5 % (probablement pas avant le début de l'année 2015).

Même lorsque la Fed commencera à relever ses taux d'intérêt, elle procédera lentement. Dans le cycle de resserrement précédent, qui a débuté en 2004, la Fed a eu besoin de deux ans pour normaliser le taux directeur. Cette fois, le taux de chômage ainsi que la dette publique et celle des ménages sont beaucoup plus élevés. Une normalisation rapide - comme celle réalisée en l'espace d'un an en 1994 - provoquerait un krach des marchés des actifs et le risque d'un atterrissage brutal de l'économie.

Mais si les marchés financiers ont déjà tendance à former des bulles maintenant, imaginez la situation en 2015, lorsque la Fed commencera à resserrer ses conditions, et en 2017 (au plus tôt), lorsque la Fed aura terminé le processus de resserrement.

La faiblesse de l'économie réelle et du marché du travail, ainsi que les ratios d'endettement élevés suggèrent la nécessité de sortir lentement du stimulus monétaire. Mais une sortie lente risque de créer une bulle du crédit et des actifs aussi importante que la précédente, sinon plus.

Certains à la Fed - comme le président Ben Bernanke et la vice-présidente Janet Yellen - affirment que les décideurs peuvent poursuivre les deux objectifs : la Fed va relever ses taux d'intérêt lentement pour assurer la stabilité économique (une croissance solide des revenus et de l'emploi ainsi qu'une inflation faible), tout en empêchant l'instabilité financière (des bulles du crédit et des actifs créés par la liquidité élevée et les faibles taux d'intérêt) grâce à la supervision et la régulation macro-prudentielles du système financier. En d'autres termes, la Fed va utiliser des instruments réglementaires pour contrôler la croissance du crédit, la prise de risque et l'endettement.

Mais une autre faction de la Fed - emmenée par les gouverneurs Jeremy Stein et Daniel Tarullo - soutient que les outils macro-prudentiels n'ont pas été testés, et que limiter l'endettement dans une partie du marché financier ne fait que repousser la liquidité ailleurs. En effet, la Fed ne réglemente que les banques, de sorte que la liquidité et l'endettement migreront vers le système bancaire informel si la régulation des banques se fait plus stricte.

Si la Fed ne dispose que d'un seul instrument efficace - les taux d'intérêt - ses deux objectifs de stabilité économique et financière ne peuvent être poursuivis en même temps. La sortie des politiques de QE et de taux d'intérêt zéro de la Fed sera redoutable : une sortie trop rapide provoquerait un krach de l'économie réelle, tandis qu'une sortie trop lente commencera par créer une énorme bulle et provoquera ensuite un krach du système financier.

Nouriel Roubini (président de Roubini Global Economics et professeur à la Stern School of Business -New York University. Cet article est publié en collaboration avec Project Syndicate 2013)

3 réponses

  • 16 mai 2013 01:11

    Le Point 16.05.13 Le spectre d'une crise "made in China"

    Les dettes de l'État, des provinces et des entreprises publiques approcheraient 200 % du PIB.

    Il est une curieuse loi : dès qu'une tour bat le record mondial de hauteur, il se produit un accident financier dans le pays où le bâtiment sort de terre. En 1929, c'est l'Empire State Building qui décroche le titre à New York, à la veille du Jeudi noir à Wall Street. À l'été 1997, ce sont les tours jumelles Petronas, à Kuala Lumpur, la capitale de la Malaisie, juste avant le déclenchement de la crise asiatique. Ou encore tout récemment, en 2009, la tour Burj Khalifa, qui précède de peu le krach bancaire de l'émirat de Dubai. L'euphorie financière se traduit souvent par le désir de toucher le ciel, mais en général cela finit mal.

    C'est vers la Chine que pointe aujourd'hui la boussole du krach. Non seulement parce qu'on y construit la tour la plus haute du monde, à Changsha, dans la province du Hunan : 838 mètres et 104 ascenseurs, mais surtout parce que le pays butte dangereusement contre les limites de son modèle de croissance.

    Voilà trente ans que la Chine fait tourner son économie en développant la plus grosse machine à exporter de tous les temps. Il s'agit de créer entre 15 et 20 millions d'emplois par an pour absorber les armées de migrants intérieurs qui abandonnent les campagnes, attirés par les lumières des villes côtières.

    Parallèlement, Pékin a bloqué son taux de change à un niveau faible, ce qui lui a permis de dégager des excédents commerciaux considérables, alimentant des réserves de devises qui sont les plus importantes du monde : 3 450 milliards de dollars au mois d'avril. Dans le langage des économistes, la stratégie est dite "mercantiliste". Même si la Chine doit avant tout ses succès à ses mérites et ses efforts, il ne reste pas moins qu'elle prélève la demande mondiale en manipulant son taux de change. Elle exporte chez nous ses produits et importe nos emplois.

    Depuis la crise de 2008, pourtant, les marchés occidentaux ne sont plus assez dynamiques pour avaler la production de l'usine du monde et reconvertir les hordes de paysans. Il a donc fallu construire des usines surcapacitaires, des aéroports sans trafics, des villes fantômes. Faute de quoi l'activité aurait ralenti encore davantage en Chine, avec des risques sociaux et politiques élevés pour ce pouvoir autoritaire qui craint par-dessus tout la rue et ses colères. Tout cela a été financé à crédit. Au moyen de fonds provenant des banques classiques et du système financier parallèle, qui recycle l'épargne des entreprises et des ménages aisés, avec des taux d'intérêt qui peuvent aller jusqu'à 60 % l'an.

    État, provinces et entreprises publiques auraient accumulé un endettement de 200 % du PIB, selon les estimations de la Northwestern University. En période de forte activité, la croissance mange les dettes excessives. Mais, dès que le ralentissement se profile, les créances accumulées pèsent de plus en plus lourd sur les bilans. Au début de l'année 2013, le gouvernement central a dû organiser le rééchelonnement de plusieurs centaines de milliards de dollars de dette, celle des collectivités locales, qui ne parviennent même plus à régler les intérêts de ce qu'elles doivent.

    La Chine est prise à son propre piège. Avec ce modèle de développement vicié, elle a littéralement étouffé la consommation intérieure, qui ne pèse plus aujourd'hui que 34 % de la richesse nationale, alors que l'investissement compte pour plus de la moitié du PIB - une aberration. C'est le secteur industriel public, hypertrophié par le yuan faible, qui capte la rente exportatrice pour agrandir ses usines et distribuer les prébendes aux oligarques.

    La solution serait de laisser le yuan s'apprécier pour organiser un transfert de richesses vers les consommateurs. Mais cela ferait chuter la compétitivité et freinerait la croissance à 3 ou 4 % par an. D'autant que la démographie joue maintenant contre la croissance : en 2012 pour la première fois, la population active chinoise a diminué, de 3,5 millions. Pour autant, le statu quo ne peut durer, car il conduit tout droit à une crise financière qui fera passer les subprimes pour une plaisanterie.

    Dans les deux cas, la Chine qui se profile sera sensiblement différente de celle que nous avons connue dans le dernier quart de siècle. L'hypercroissance, c'est fini. Démographie et finance se conjugueront pour faire revenir la Chine dans le monde des limites. Faute de croissance, le pacte social que les dirigeants post-communistes ont imposé ne tiendra plus. Qui sait, le peuple chinois va peut-être devenir plus remuant.

    François Lenglet


  • 17 mai 2013 00:23

    Effets de levier, argent gratuit, intros en bourse des banques d'investissement et ce fut la bulle internet et le sommet de mars /septembre 2000.

    Puis ce fut le krach, d'ailleurs ni le CAC 40 (avec ses ALU à 80, ses VIV à 120 et ses FTE à 180) ni le nasdaq n'ont jamais retrouvé leurs niveaux.

    Suite au krach, nouvelle phase d'impression massive de fausse monnaie, et ce fut la bulle immo..
    Nouveau resserrement des taux et ce fut le krach de 2008.

    Nouvelle injection massive (comme jamais, à coups de milliers de milliards) et c'est la nouvelle bulle à laquelle nous assistons..

    Sauf qu'après 2 krach du systeme financier en moins de 10 ans et une multiplication par 100 des marchés opaques (dérivés, shadow banking, darkpool), jamais l'économie réelle n'a eu le temps de se remettre et effectivement le prochain krach sera encore pire pour le quotidien des gens... normaux

    Je n'hésite pas à qualifier ces gens d'irresponsables, au seul service d'une caste oligarchique toujours plus cupide


  • 17 mai 2013 06:31

    Des villas dans les paradis fiscaux (les jolies iles, la Suisse et quelques autres genre Andorre et Monaco) il y a de quoi se poser quelques questions sur le shadow banking et ses pratiques. L'argent se recycle dans des actifs bien réels dans des endroits très accommodants....


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