Pierre-Édouard du Cray
Directeur des études à Sauvegarde Retraites
http://www.sauvegarde-retraites.org/
Dans une étude intitulée « Agirc-Arrco : main basse sur nos retraites », vous venez de lever un lièvre incroyable : lÉtat sapprête à « piquer » dans la caisse des retraités du privé pour alimenter celle du public. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Cest un pillage en règle. Lopération doit consister à siphonner plusieurs milliards deuros dans les caisses complémentaires des salariés du privé (Agirc-Arrco), pour alimenter le régime des fonctionnaires contractuels et des élus (Ircantec). Alors que les prestations servies par lIrcantec sont près de deux fois meilleures que celles des régimes de droit commun, Agirc et Arrco, à cotisation égale. Pour reprendre lexpression, très juste, du journaliste de lhebdomadaire « Le Point » qui a repris létude de Sauvegarde Retraites, « cest Robin des bois à lenvers » : on vole aux pauvres pour donner aux riches !
LIrcantec est-elle en si mauvaise situation financière ?
Pour mettre en uvre ce plan honteux, lÉtat prétexte du changement de statut de La Poste qui devient une société anonyme (SA). Les nouveaux embauchés de cette entreprise publique vont être affiliés, non plus à lIrcantec, mais à lAgirc-Arrco. Or, les administrateurs de lIrcantec estiment avoir un droit de propriété sur les futurs embauchés de La Poste pendant 50 ans un demi-siècle ! Entendez bien : « un droit de propriété sur des cotisants » dont, au surplus, beaucoup ne sont pas encore nés !
Bien que lIrcantec ait eu la chance, au cours des dix dernières années, de recueillir 643 000 nouveaux cotisants, cette caisse est incapable, aujourdhui, dassumer financièrement le niveau des prestations quelle accorde à ses affiliés. Pour préserver coûte que coûte ces avantages, la solution de facilité consiste alors à puiser, à pleines mains, dans les autres caisses de retraite
Et comment expliquez-vous que personne nait réagi ?
Cela paraît effectivement invraisemblable et cest la question que nous nous sommes posée. Pour autant, quand on regarde de plus près, on saperçoit que tous les protagonistes de cette affaire y trouvent un intérêt. LÉtat sest engagé à « sécuriser » le régime de retraite Ircantec auquel est affiliée une partie des fonctionnaires. Dans ce contexte, la ponction opérée dans les caisses Agirc-Arrco lui apporte un ballon doxygène. Les syndicats sont majoritairement dirigés par des fonctionnaires. Leur priorité est donc de préserver les avantages des agents publics, même au détriment des salariés du privé.
Par exemple, on serait en droit dattendre que le syndicat des cadres, la CFE-CGC, réagisse pour défendre les intérêts de lAgirc, cest-à-dire la retraite complémentaire des cadres. Mais cest sans compter sur le fait que la CFE-CGC assure la présidence de lIrcantec ! Enfin, le principe même de cette ponction a été voté et donc validé au Sénat par le biais dun amendement déposé lors des dernières discussions sur la loi relative au changement de statut de La Poste. Ce nest pas un hasard : la Haute assemblée est élue au suffrage universel indirect par les élus locaux. Élus qui sont tous, en tant que tels, affiliés à lIrcantec
Au bout du compte, tous se sont mis daccord pour nous tondre la laine sur le dos !
Que peut-on faire pour empêcher ce hold-up dÉtat ?
On ne peut pas rester les bras croisés. Maintenant, que linformation a été dévoilée, il faut absolument la diffuser. À Sauvegarde Retraites, nous avons lancé une campagne auprès de tous les médias. Lhebdomadaire « Le Point » a déjà relayé linformation et ce nest quun début. Nous nous sommes également adressés directement au Président de la République, au Premier ministre, au ministre de lIndustrie, Christian Estrosi, qui a manigancé, en bonne partie, cette opération.
Nous avons également interpellé tous les parlementaires, les 577 députés et les 331 sénateurs, les administrateurs des caisses de retraite, pour quils renoncent à cette funeste entreprise. Les 87 000 membres de Sauvegarde Retraites vont être mobilisés, nous allons lancer une pétition nationale par courrier et par Internet. Enfin, il faut que chacun, à son échelle, informe ses proches et ses connaissances de ce scandale. Nous ne devons négliger aucun moyen daction. Nous pouvons réussir. Si un tel scandale éclate au grand jour, je doute que nos politiques puissent lassumer électoralement