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    Posté par slongue1 ( harryposteur ) · boursomarquer · ignorer  

    lettre à mon Député

    23/10/2010 à 12:12

    Monsieur le Député,

    J’ai lu attentivement votre blog concernant les retraites et la nécessité de réformer au plus vite. Je tiens à vous faire savoir que je vous ai déjà écrit l’année dernière et que contrairement à ce que vous dites « Je lis tous mes courriers et y réponds le plus rapidement possible ! » vous ne m’avez jamais répondu. Cela étant, je me permets de vous faire parvenir mon opinion sur la réforme que vous nous imposez mais je ne me fais guère d’illusions quant à la réponse. Néanmoins, cela aura le mérite de vous faire connaitre le sentiment du citoyen lambda du privé.

    Tous les français sont convaincus d’une réforme tant les déficits sont abyssaux mais pour admettre des sacrifices il faut qu’ils aillent dans le sens de l’équité.

    J’ai bien conscience qu’il est politiquement incorrect de mettre en exergue les différences entre les régimes de retraites. Pourtant, en premier lieu il faudrait les harmoniser, et pourquoi pas commencer par le régime propre aux députés qui aurait valeur d’exemple, oui ceux qui prônent la nécessité d’équilibrer les recettes et les dépenses. Eh bien pour un euro cotisé, ils en reçoivent 6. Un seul mandat de cinq ans permet aux députés de percevoir une retraite de 1.550 euros, ce qui correspond, à ce que touche, en moyenne, un salarié du privé, après 40 années et quand je dis en moyenne, il faudrait mieux parler en nombre quand on sait que 50% de la population touche 1500€ par mois et que la retraite est d’environ 60% des 25 meilleures années, on se rend mieux compte de la différence.

    Mais il y a aussi les régimes spéciaux de la SNCF, de la RATP, de l’EDF et des fonctionnaires en général dont les déficits sont bien plus importants que ceux du régime du privé.

    Monsieur le Député, il faut bien admettre que la réforme préserve leurs avantages. Comment justifier qu’un chauffeur de la RATP parte à 52ans, qu’un routier à 57ans et qu’un chauffeur de bus du privé à 62ans ?

    Comment adhérer au départ des femmes fonctionnaires dès 15 ans de service avec 3 enfants mais pas celles du privé ?

    Dans un pays qui se fait le chantre de l’égalité, en y faisant même notre devise, votre loi pérennise les inégalités des régimes, plus grave elle reporte sur le privé les déficits des régimes privilégiés par le simple fait de ces différences.

    La campagne présidentielle qui a amené Monsieur Sarkosy aux plus hautes fonctions était en partie basée sur l’harmonisation des régimes des retraites pour y introduire plus d’équité. Force est de constater que le chemin est encore long pour y parvenir. Les chiffres sont à cet effet éloquents les fonctionnaires représentent 30% de la population active mais touchent 60% des retraites, c’est dire que ce n’est pas le privé qui obère les comptes des retraites d’autant que selon l’IFRAP(15/10/09) s’appuyant sur les chiffres de l’INSEE pour un salaire brut sensiblement identique de 2661 euros dans le privé et de 2682 euros dans le public d’Etat, soit 21 euros d’écart, l’écart entre les salaires nets était lui de 247 euros (2244 euros nets pour le public d’Etat face à 1997 pour le privé).
    La différence provient des taux de cotisations maladie, chômage, retraite et retraite complémentaire, soit environ 13,7% pour le secteur privé tandis que, pour les mêmes risques, la somme est de 6,73% dans le public d’Etat, soit 7% en moins. Ce n’est pas en 2018 qu’il faut changer ces inégalités mais tout de suite, le véritable courage dont vous vous enorgueillissez dans la réforme des retraites est d’abord de changer tout cela pour que le droit républicain ait encore un sens.

    Mais la justice c’est aussi prendre compte des différences d’espérances de vie des métiers. Ce n’est pas faire un autre régime spécial comme vous le prétendez mais il est logique qu’une espérance de vie diminuée par la pénibilité de certains travails coutera moins (puisque nous en sommes qu’à une règle comptable sans tenir compte des souffrances humaines).
    Trouvez-vous juste que ceux qui occupent les emplois les plus pénibles, ouvriers et employés soumis à du travail posté ou de nuit notamment, vivent 10 ans de moins en bonne santé que les autres catégories socioprofessionnelles ! Dix ans, un fossé effarant qui ne cesse de se creuser et qui ne sera pas comblé, loin de là, par le maintien envisagé de la retraite à 60 ans pour quelques milliers de salariés parcimonieusement reconnus invalides à 10%. Les gens qui ont eu un travail pénible, c’est reconnu par tout le corps médical développent les maladies pendant le début de la retraite et n’ont qu’en moyenne que peu de temps en bonne santé pendant la retraite.
    Bien sûr, il est facile de nier ce fait, je vous invite à lire les rapports des scientifiques seuls aptes à avoir un jugement impartial sur les conséquences du travail posté
    :
    http://www.cee-recherche.fr/fr/rapports/retraite_travail_sante_lasfargues.pdf

    Rapport de recherche du Centre d’études de l’emploi

    En résumé, l’augmentation du risque de morbi-mortalité cardio-vasculaire en liaison avec le travail de nuit ou posté est un risque différé, majeur, impliquant des mécanismes multiples.
    Plus globalement, des effets irréversibles, incapacitants et sur la morbidité, de ces conditions de travail pénibles peuvent se faire sentir au delà de la vie professionnelle.
    Les critères actuels de pénibilité pour une cessation anticipée d’activité dans certains secteurs sont d’avoir travaillé au moins 15 ans de nuit ou en horaire alternant par an. Différentes données d’études dans le domaine sont néanmoins convergentes pour indiquer des difficultés à maintenir un travail de nuit plus de 10 ans.

    Le gouvernement a beau marteler que nul part en Europe la pénibilité des tâches systématiquement n'est prise en compte, cela ne reflète pas la réalité. Dans les pays du Sud, Italie et Espagne, les espérances de vie des différentes catégories socio-professionnelles sont loin d'accuser d'un tel écart. En Angleterre, aux Pays bas, le pourcentage de personnes déclarées invalides est deux fois plus important que dans l'Hexagone. De l'ordre de 23% contre seulement 12,5% en France.
    En Allemagne où il est également envisagé de reporter à 67 ans l'âge de la retraite à taux plein, il ne faut valider que 35 annuités contre 40,5 chez nous pour toucher un pécule. Sans compter qu'Outre-Rhin, les pensions complémentaires des moins favorisés sont largement abondées par l'Etat Fédéral.
    Plus au Nord, en Scandinavie ou l'on se préoccupe depuis plus de trente ans, d'aménager et de sécuriser les postes de travail, le climat est également beaucoup plus clément pour les seniors. Ainsi de Copenhague à Stockholm, ce n'est pas uniquement de retraites peau de chagrin que l'on débat mais également de bonheur au travail. Une ouverture qui favorise bien sûr la cohésion sociale et au final la compétitivité du royaume. Vous voyez bien qu’accréditer l'idée que la pénibilité c'était bien trop compliqué est un leurre.

    « Il existe des régimes spéciaux de retraite qui ne correspondent pas à des métiers pénibles et des métiers pénibles qui ne correspondent pas à un régime spécial de retraite. Je vais changer cette situation indigne. » Cet engagement devant les Français, Nicolas Sarkozy l'a pris le 11 septembre 2007.

    Monsieur le Député, Vous êtes le représentant du peuple, votre fonction tient toute sa noblesse dans la réduction des inégalités afin de rendre notre société plus humaine.

    La réforme sur les retraites est indispensable mais elle doit être juste et tenir compte de l’espérance de vie, espérance de vie qui, si j’ose ce matérialisme n’obère pas les dépenses des retraites pour ceux qui ont eu des métiers pénibles puisqu’ils décèdent avant . On peut comprendre l’équation comptable qui ordonne un équilibre entre les dépenses et les recettes encore faut-il que les recettes ne sont pas alimentées par une catégorie plus spécifique, les salariés, qui plus est les salariés du privé en particulier.

    Mais encore n’y a-t-il pas d’autres voies pour rendre plus équitable la réforme des retraites à l’instar des accords d’entreprise comme Rhodia (dont je me permets de vous joindre la convention en pièce jointe) qui permettent aux salariés ayant eu un travail posté pendant un certain temps de pouvoir réduire un peu l’inégalité criante d’espérance de vie en bonne santé pendant la retraite. Pourquoi ne pas obliger les entreprises à négocier car ce sont elles qui créent la pénibilité. On peut imaginer un financement qui en toute logique soit réparti entre les entreprises qui créent la pénibilité et l’Etat puisque l’ espérance de vie étant diminuée le coût le sera aussi pour les retraites. Les entreprises savent bien que la pénibilité engendre un risque d’accident et une productivité moindre d’autant plus importante qu’elle est supportée par des séniors. C’est la raison pour laquelle certaines sociétés responsables favorisent des accords de départs anticipés, pourquoi ne pas les y encourager en lui proposant un départ de sénior pour une embauche de jeune qui ne demandent qu’à travailler d’autant plus qu’ils sont les plus durement touchés par la crise.

    La réforme des retraites est très importante et indispensable. Elle ne repose pas suffisamment sur un socle juste et son financement n’est pas assez élargi pour en assurer l’équilibre (les stock-options en sont par exemple exclus alors qu’ils constituent bien des revenus du travail) .

    Votre courage et responsabilité dont vous vous flattez se doit d’abord d’harmoniser les régimes et tenir compte de l’espérance de vie de certaines catégories de salariés afin que chacun puisse bénéficier d’une durée de retraite en bonne santé égale. Je ne suis pas contre les régimes spéciaux encore faut-il qu’ils en supportent seuls les inconvénients de leurs avantages en se finançant eux-mêmes et non pas en se reposant sur les autres régimes.

    Je ne suis pas du tout convaincu que vous aurez compris combien les gens sont usés au travail notamment par des horaires atypiques qui cassent les rythmes biologiques et sont générateurs de cancer et autres pathologies, sans doute est-ce une des raisons pour laquelle, les gens ont du mal à souscrire à votre réforme.

    Je vous prie d' agréer Monsieur le Député, l'expression de ma sympathie mesurée.


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