LEtat français a été condamné en appel à indemniser 1.300 à 2.000 fonctionnaires victimes dune caisse de retraite complémentaire insuffisamment provisionnée, ce qui pourrait ouvrir la voie à plusieurs centaines de milliers de plaintes, selon des sources judiciaires.
Laffaire tournait autour du Cref, alors le principal complément de retraite facultatif des fonctionnaires. Créé en 1949, le Cref était un régime unique en son genre car il était le seul à combiner les techniques de répartition (60%) et de capitalisation (40%).
Confronté à lallongement de la durée de vie et une nouvelle réglementation européenne, le promoteur du Cref, la Mutuelle retraite de la Fonction publique (MRFP), a dû en 2000 provisionner intégralement le déficit de son régime.
Afin de constituer ces réserves, à hauteur de 1,5 milliard deuros, la mutuelle sest vue contrainte de baisser les rentes de ses sociétaires denviron 16%", a expliqué à lAFP Gaël Dechelette, lun des avocats des 6.000 adhérents au Comité dintervention et de défense des sociétaires (CIDS).
Les sociétaires ont été informés trop tard, selon Me Nicolas Lecoq-Vallon, lautre avocat du CIDS, pour la procédure devant les juridictions administratives.
Le rapport de lInspection générale des affaires sociales de 1999, dénonçant le provisionnement insuffisant, "na pas été porté à la connaissance" des sociétaires. "Il aurait dû être diligenté plus tôt, dès le début des années 1990", a-t-il déclaré.
Selon les deux avocats, le grand nombre de plaignants rend difficile à évaluer la décision de justice de la cour administrative dappel, Gaël Dechelette parlant de 1.300 plaintes jugées et Nicolas Lecoq-Vallon de 2.000.
Plus largement, les 450.000 fonctionnaires qui avaient souscrit au Cref sont concernés, et peuvent espérer bénéficier dun "accord global avec lEtat. Tous peuvent faire un recours", a-t-il estimé.
Lestimation du dédommagement que les victimes peuvent espérer est également difficile, lun des deux avocats parlant dune moyenne proche de 17.000 euros et lautre plutôt de 8.000 euros.
"Chaque cas est différent. La fourchette va de 1.000 à 30.000 euros, en fonction de la durée de cotisation. Citer un chiffre moyen, en globalisant, est le meilleur moyen pour les victimes dêtre déboutées par le tribunal", a expliqué Gaël Dechelette.
"Ce nest pas encore une class-action à laméricaine, car il faut que chacun justifie son préjudice personnel, mais on peut parler daction collective", une expression qui nexiste pas en droit français, car les plaignants se sont groupés en très grand nombre au sein dune même association", a-t-il ajouté.
Côté défense, Philipe Lecat, lavocat de la MRFP, rappelle que les sociétaires avaient bénéficié aussi de cotisations relativement modestes.
On parle dun préjudice total de "1,6 milliard deuros, mais ce nest pas vrai. Simplement, les cotisations provisionnaient les retraites à 65%, taux porté à 100% ensuite avec lEtat", a-t-il déclaré à lAFP.
Au civil, quelques 5.000 fonctionnaires qui dénonçaient "un scandale de lépargne" dans "ce dossier ultra-médiatisé", avaient été déboutés le 8 avril par le tribunal de grande instance de Paris, a-t-il rappelé.
Le tribunal de grande instance avait estimé qu"il ne peut être fait grief aux assemblées générales de la MRFP, confrontées à des problèmes juridiques et financiers", davoir défini de nouvelles modalités afin "dassurer la sauvegarde des droits de lensemble des adhérents". Les plaignants ont fait appel.
SOURCE : AFP