Aller au contenu principal
Fermer
Retour au sujet Retraite

Retraite : 37.5 torchons ou bien 40 serviettes?

21 juil. 2007 16:49

Torchons ?
Ou serviettes ??

Un grand battage médiatique ne cesse actuellement d'opérer une comparaison
entre le nombre d'annuités nécessaires pour obtenir une retraite à taux
plein, avec 37,5 dans le public et 40 dans le privé et de déduire de ces deux
chiffres que c'est inéquitable.

Mais personne ne pense à préciser que le même mot « annuité » correspond à des réalités tellement différentes dans les deux régimes que la comparaison n'a guère de sens :
Autant donc ajouter des torchons et des serviettes !

Démonstration :

Nous avons tous appris à l'école qu'on n'ajoute pas des choux et des carottes ou des torchons et des serviettes. Tout comptable sait que des comparaisons ne sont valables que si elles sont effectuées " à structure comparable ".

En tant que scientifique, j'ai le devoir, lorsque je compare deux données chiffrées, de commencer par vérifier qu'elles correspondent à la même réalité, par exemple elles sont exprimées dans la même unité.
Sinon, on peut faire dire absolument n'importe quoi aux chiffres.

Le mot " annuité " correspond en fait à un nombre issu de calculs totalement différents dans les deux régimes. En gros :

- Dans le public, le nombre d'annuités correspond au temps où l'on occupe effectivement un emploi, au prorata du temps de travail (ainsi, 1 an de travail à mi-temps donne une demi-annuité, 1 an à 80% donne 0,8 annuité, etc.).

- Dans le privé, c'est bien plus compliqué. Cela dépend d'abord des sommes perçues :
On valide, pour chaque année civile, un nombre de trimestres correspondant au salaire soumis à cotisations dans l'année.
C'est ainsi, pour prendre un exemple, qu'un cadre qui a travaillé 3 mois dans une année civile obtiendra une annuité entière (alors qu'un smicard qui a travaillé 3 mois n'obtiendra lui que 0,5 annuité : est-ce bien équitable ?).

De même, un an de travail à mi-temps compte pour une annuité complète. On rajoute ensuite certaines périodes non travaillées : chômage (en partie), congé parental (sous conditions), etc.
A cela s'ajoutent des bonifications qui diffèrent totalement entre les deux régimes, dont la bonification pour enfant accordée aux mères (2 ans dans le privé, 1 dans le public)(1).

En résumé il est parfois plus " facile " d'obtenir des annuités dans le privé que dans le public.

Voilà un exemple qui montre bien les limites de cette comparaison.

Puisque les médias se sont fait l'écho de certains avantages (oubliant les inconvénients) des femmes fonctionnaires mères de 3 enfants, prenons l'exemple d'une mère de 3 enfants qui décide de travailler 8 ans à mi-temps pour les élever :

- - Si elle est dans le privé, elle aura une bonification de 6 annuités et les 8 ans à mi-temps compteront pour huit annuités. Pour obtenir une retraite à taux plein (40 annuités), il lui faudra donc obtenir 40-8-6, soit 26 annuités supplémentaires.

- - Si elle est fonctionnaire, la bonification sera de 3 annuités et les 8 ans à mi-temps compteront pour 4 annuités. Pour obtenir une retraite à taux plein (37,5 annuités), il lui faudra travailler effectivement 30,5 années à plein temps.

Est-ce bien équitable ?
______________________________________________________________________
(1) Vous pensez peut-être que ce projet, qui se veut équitable, va revenir sur cette différence ? Détrompez-vous : s'il instaure une validation des périodes de congé parental, le projet supprime purement et simplement la bonification d'un an des femmes fonctionnaires, pour les enfants nés après le 1er janvier 2004 !
Mais la suite parait claire : s'il passe, vous entendrez dans quelques années à la télévision : " Dans le privé il y a une bonification de 2 ans par enfant qui n'existe pas pour les fonctionnaires,
> c'est inéquitable ". Et on supprimera la bonification des mamans du privé !
______________________________________________________________________

> Tout cela pour dire que comparer le nombre d'annuités nécessaires pour obtenir une retraite à taux plein dans les deux régimes et en déduire que ce serait inéquitable car 37,5 est inférieur à 40 n'a aucun sens et relève de l'imposture.

D'autant plus que la notion de " retraite à taux plein " n'a strictement rien à voir entre les deux régimes et qu'on ne tient pas compte des retraites complémentaires du privé !

Un jour où j'avais pris un énarque en flagrant délit de comparaison de chiffres incomparables, il m'avait répondu : " D'accord, mais vous, vous vous intéressez au sujet. Pour les gens, il faut des idées simples !".

> Je ne voudrais pas que l'opinion publique soit convaincue que les fonctionnaires seraient des privilégiés du simple fait que les médias colportent une idée aussi simple qu'inexacte.
> II n'empêche que cette stratégie de dresser le privé contre le public, sur la base d'une " idée simple " permet de faire passer au second plan certaines réalités.

> Elle permet d'oublier que la réforme Balladur de 93, en augmentant la durée de cotisation de 37,5 à 40 ans (là on peut comparer les données puisque c'est le même régime), mais surtout par l'introduction de la décote et l'allongement de la période de référence, a déjà diminué et surtout va encore dégrader fortement les retraites du privé.

Elle permet de faire passer au second plan que la réforme ne concerne pas les seuls
fonctionnaires, puisque l'on va passer pour tous, de 40 annuités en 2008 à environ 42 en 2020. C'est faire oublier un des principes de ce projet de loi, qui me pose personnellement problème.
> Alors que depuis le dix-neuvième siècle, l'augmentation de la richesse de la France (et des pays riches) est allée de pair avec une diminution phénoménale de la part de sa vie qu'une personne consacre à travailler, le projet revient sur l'histoire, en décidant que désormais, sur une vie, la proportion du temps consacrée au travail ne devra plus diminuer.

J'entends d'ailleurs tous les jours dans les médias des personnes me dire sur un ton docte et péremptoire: " il faut que les français comprennent qu'il faut travailler plus ". Soit, ils ont peut-être raison. Mais dans la mesure où une telle affirmation est contraire à ce qui s'est passé dans les 150 dernières années, je considère, en tant que scientifique, qu'ils doivent justifier leurs affirmations.
Or je n'ai jamais entendu personne me donner un véritable argument selon lequel nous serions vraiment aujourd'hui dans une situation nouvelle justifiant une inversion du phénomène historique, c'est-à-dire une augmentation du temps de travail.

Elle permet de faire oublier que ce projet est un choix politique de faire supporter aux seuls salariés actuels (pas aux employeurs ou à l'impôt) le coût de l'augmentation de l'espérance de vie, en justifiant cela par une nouvelle " idée simple " :
On nous répète qu'il n'y aurait pas d'autre choix, ce qui est bien sûr faux.

> Surtout, cela permet d'occulter le fait que les inégalités au sein du privé sont bien plus criantes qu'entre le privé et le public. Dans le privé, tout va dépendre de la convention collective, de la taille de l'entreprise ou encore du temps partiel subi ou choisi. Vaut-il mieux être employé à temps partiel subi d'une PME du nettoyage ou à temps plein d'une grande entreprise, avec un accord 35 heures, un CE et une convention collective
très favorables ?

> Claude Danthony,
> Maître de conférences de mathématiques à l'École normale supérieure de Lyon.

9 réponses

  • 22 juillet 2007 09:15

    c'est vrai qu'autour de nous , nous voyons beaucoup de jeunes retraités du privé !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!


  • 18 décembre 2007 11:51

    Il faut bien comprendre que le travail est la base sur laquelle se construit la plus value de l'entreprise, la poursuite de la substitution du capital au travail pousse l'entreprise à faire des investissements capitalistiques sans cesse croissant et à réduire sa profitabilité.

    Il n'y a d'autre choix pour restaurer et augmenter la profitabilité des entreprises que d'augmenter la durée du travail.

    En terme de pouvoir d'achat du salarié l'augmentation de la durée du travail n'apporte rien puisque le niveau du salaire horaire ira diminuant.


  • 18 décembre 2007 13:58

    ment des torchons et des serviettes ?


  • 18 décembre 2007 18:25

    Avec début de carrière a 14 ans, et a qui on refuse le rachat des périodes travaillés car pas de salaire ou peu.


  • 18 décembre 2007 18:46

    bien d'enfoncer des portes ouvertes...


  • 19 décembre 2007 18:57

    ... il est rare de lire des propos intéressants et bien écrits ! Mais je suis sans doute injuste "ccondem1". Nul doute que votre prose soit des plus riches et des plus passionnantes. N'hésitez pas à l'occasion à nous en fournir un exemplaire.

    Le polémiste masqué


  • 19 décembre 2007 23:06

    Voici donc un paragraphe - inédit - d'une récente "revue militaire" sur le passé, le présent et l'avenir de la cotisation Carmf (caisse de retraite des médecins libéraux). Il propose une utilisation aussi rationnelle qu'originale du fameux concept de "rendement instantané d'une cotisation vieillesse obligatoire" : celle de mouchard de la mauvaise santé de la caisse en question ! Hélas, le schéma annoncé ne passe pas l'épreuve du C/C (mais vous pourriez le retrouver sur le site www.carmf). Bonne lecture quand même...



    (...) Le présent : le rendement instantané de vos cotisations Carmf

    Le passé n’ayant pas tenu ses promesses, passons au présent. Le rendement instantané est sans cesse présenté par leurs tenants – dont le Dr Maudrux, actuel Président de la Carmf - comme le meilleur indicateur de l’intérêt des systèmes de retraite par répartition. En voici une définition suffisamment explicite tirée du récent Livre blanc et noir de l’ASV, ouvrage que nous analyserons dans le détail lors de notre prochain numéro : « Lorsque vous versez 100 € dans l’année en cotisation et que vous toucherez 100 € en retraite le rendement est de 100%. Lorsque vous versez 100 € et que vous toucherez 10 € ce rendement est de 10%. » [page 8, septembre 2007 – Infos Carmf n°54]. En 2005, selon cette même source, il était de 6,44% en régime de base, de 7,41% en régime complémentaire, et de 11,66% en régime ASV. Chose curieuse, il n’a plus figuré au rang des statistiques Carmf en 2006. Quelle indication le rendement instantané d’une cotisation donne-t-il vraiment ?

    Nous écrivions déjà en 2002 sur le côté mirifique et trompeur du rendement instantané de la cotisation ASV :
    "A quoi bon calculer, à l’instar des services de communication de la Carmf, la rentabilité annuelle du placement « cotisation versée / prestation accordée » et l’élever au rang d’argument flatteur en faveur du maintien du système de répartition tel quel ? Car il ne s’agit là que de comparer le niveau de versements du cotisant Pierre à la prestation que reçoit actuellement le retraité Paul ! En négligeant au moins un énorme biais : l’effort de la SS, qui soulage Pierre et profite à Paul, n’est absolument pas pérenne. Où sont les indispensables concepts en euros constants là-dedans ? N’oubliez jamais que la rentabilité finale d’un placement n’est une donné comparable qu’a postériori."

    Commentaire 2007 – Comme dirait la Palisse, dès lors que la promesse de votre caisse n’est plus entièrement tenue, ce rendement instantané varie (à la baisse !). Il est donc un indicateur totalement inutile quant à l’intérêt prédictif de cotiser vers une telle caisse par répartition à un moment donné. Il ne serait recevable en tant que tel qu’en cas de stabilité absolue du système et donc, comme discuté en début de Lettre, de stabilité absolue du rapport démographique. Le côté illusoire de cette condition est admis de tous depuis longtemps (voir paragraphe suivant), et les effets de sa dégradation sont hélas visibles par tous dans le tableau A. Trompeur, cet indicateur brandi par la Carmf ? Il ne trompera que les imbéciles, la retraite n’étant pas une affaire d’instantanéité. Totalement inutile ? Utilisé en prédictif, c’est certain, mais pas en… rétrospectif ! Très sérieusement, nous estimons qu’il s’agit d’un excellent « mouchard » de chaque nouveau cran de défaut de promesse d’une caisse de retraite fonctionnant par répartition. Un peu comme celui qu’on impose aux camionneurs, sa courbe mémorise les moindres dérapages. Chers lecteurs, toute baisse significative de ce rendement instantané doit avoir pour vous valeur de preuve rétrospective que la promesse ne vous a pas été tenue ! Et à voir son historique – voir schéma A ci-contre -, cet indicateur n’a presque jamais cessé de se dégrader, tous régimes Carmf confondus. Ainsi, la Carmf n’a presque à aucun moment tenu ses promesses, présentes et passées. La faute essentiellement à la glissade du rapport démographique Carmf (voir paragraphe suivant : l’avenir), qui n’a jamais été correctement appréhendée par ses dirigeants même lorsqu’elle s’est révélée inéluctable…

    Schéma A – Evolution des rendements instantanés Carmf

    (source - Infos Carmf 2002 n°49, page 30)

    Précision – La Carmf n’a pas mis à jour ce schéma pourtant fort instructif depuis 2003. "


    RRRompez !!!!




  • 28 décembre 2007 13:56

    Les profs de maths ont la mémoire selective :
    Demonstration :
    - les temps partiels dans le public peuvent être soumis à surcotisation
    (un demi = 1) ! mais il faut sortir l'argent
    - Un mi temps pour un prof de maths = 9heures travaillées, si il cotise à taux plein, c'est comme si il avait travaillé 35 h 00 !
    - dans le public, avoir un enfant c'est 16 semaine de congé maternité, + un nombre abyssinal de congé maladie (avant la grossesse, après la grossesse, pour enfant malade etc...) ce qui génére un absentéisme de circonstance sur lequel les gestionnaires ferment les yeux... (pendant ce temps on paye des heures sup aux collègues)

    Comme quoi, on peut avoir des oublis


Signaler le message

Fermer

Qui a recommandé ce message ?

Fermer
Retour au sujet Retraite

9 réponses

Mes listes

valeur

dernier

var.

121 -13,66%
8 163,09 -0,49%
93,08 +0,80%
48,44 -3,79%
0,2465 -1,40%
Chargement...

Pages les plus populaires