Uranium : sil ny avait quune chose à retenir, retenez ceci !
Isabelle Mouilleseaux
PuisquEmmanuel vous parle aujourdhui duranium, profitons-en pour faire un point sur ce marché, et son potentiel.
Un marché en déficit chronique
Première chose à savoir : depuis des années, loffre duranium ne satisfait pas la demande. Cette dernière sélevait pour 2006 à 67 320 tonnes alors que loffre natteignait que 39 603 tonnes. Soit un trou béant de 28 000 tonnes, près de 40% de la demande ! Enorme...
A court terme, la pression sur loffre pourrait saccroître
"Heureusement, il y a les stocks militaires de la guerre froide !", me direz-vous. Grâce à eux, on arrive depuis des années à alimenter les 435 réacteurs nucléaires mondiaux. Seulement voilà : ce stock sépuise car on pompe dedans sans jamais le renouveler.
Or la production nest pas encore prête à prendre la relève. Pire, elle pourrait même diminuer étant donné la baisse du cours de luranium, libellé qui plus est en dollar déprécié. Le chiffre daffaires des minières est directement impacté. Certaines minières ne pourront plus couvrir leurs coûts dextraction en hausse (car libellés en monnaie locale forte, et étant donné la hausse du prix de lénergie et des salaires). Attendez-vous à des fermetures de mines...
La demande va doubler dici 20 ans
En 2007, la puissance nucléaire installée produisait 372 gigawatts. Elle devrait atteindre 663 GW en 2030 selon les experts. La demande duranium passerait donc à quelques 120 000 tonnes. Un doublement ! Il est temps que la production se réveille !
La production va-t-elle augmenter ?
Trois fois OUI ! Le Canada et lAustralie sont les deux grands pourvoyeurs duranium et un très grand nombre de minières sont à luvre depuis peu. La prospection a fait un bond absolument gigantesque ces dernières années. Les projets avancent, même sils sont parfois ralentis (comme suite aux inondations de la mine géante de Cigar Lake -- Cameco/Canada -- la production a ainsi été reportée de 3 ans au moins, à 2010).
Le Niger et la Namibie sont aussi à pied duvre. Mais surtout surtout, noubliez pas le Kazakhstan.
Le réveil du Kazakh !
Dernier arrivé sur le marché, il a de très grandes ambitions : devenir le N°1 mondial dans dix ans, devant le Canada. Et il a les moyens de ses ambitions. Sa production duranium a cru de 25% en 2007, à 6 637 tonnes. Son sous-sol regorge duranium et le grand frère russe finance les infrastructures à coups de milliards ! Objectif : extraire dici peu 15 000 tonnes par an.
Cela dit, pour rivaliser avec le Canada, il faut être costaud ! Le Canada possèderait 80% des réserves mondiales. En outre, je ne connais certes pas les teneurs des mines duranium kazakhes, mais les teneurs canadiennes sont de loin les plus élevées qui soient.
Dans la mine de McArthur River, les teneurs atteignent 19% à 25% et la pureté de luranium est supérieure à 20% (soit 100 fois les teneurs mondiales moyennes) !
Autre avantage, on extrait là-bas luranium pour un coût moyen faible. Mais nous nous écartons du sujet...
Retenez ceci
La production devrait saligner sur la demande dici quelques années. En revanche, je pense que sil devait y avoir des tensions suite à un manque doffre, ce serait dans les toutes prochaines années, dici à 2014. Car les projets miniers mettent du temps à aboutir et produire.
Si pénurie il doit y avoir, je la verrai bien se situer vers les années 2011-2014. Cest la période à haut risque, à mon avis.
Les réserves ? De 70 à 100 ans selon les experts. Je ny crois pas
Pour ma part, et contrairement au brut, je ne suis pas inquiète du tout. Ne vous laissez pas affoler par les pessimistes. Nous avons largement de quoi tenir plus de cent ans et pourrons couvrir nos besoins à venir. Sur ce point, jai fondamentalement modifié mon opinion récemment, suite à des discussions avec des spécialistes de la recherche sur le nucléaire.
Il faut savoir que les centrales nucléaires du futur seront capables de produire autant dénergie (voire plus) avec beaucoup moins duranium. Le miracle de la technologie... On aurait alors pour des milliers dannées de réserves duranium.
Actuellement, on évalue à 5,5 millions de tonnes les réserves connues et extractibles à un coût inférieur au cours actuel de luranium (U3O8). On estime les réserves « à trouver » de lordre de 10,5 millions de tonnes. Soit au total quelque 16 millions de tonnes.
Voilà. Vous connaissez mon point de vue, à vous de creuser...
Pour info, on trouve de luranium partout dans la croûte terrestre. En France, nous aurions 112 000 tonnes de réserves.
Ou va le cours de luranium ?
Luranium a commencé à décoller en 2004. A cette date, il cotait (depuis des années) environ 10 $ la livre. Au début de lannée 2007, le cours sest soudainement envolé, atteignant un record de 139 $ la livre en juin, poussé par la spéculation. Depuis, le cours na cessé de se dégonfler pour revenir à 60 $ la livre. Luranium a dailleurs été ma grande erreur de 2007. Je nai pas su anticiper ce retournement... et je nimaginais pas que le cours pourrait revenir aussi bas.
Regardez :
Cours de U3O8 en US$ la livre
Quel potentiel pour luranium ?
Au cours actuel, son potentiel de baisse me paraît très limité. On a tout de même perdu pas loin de 60% déjà. Une baisse risquerait en outre dentraîner la fermeture de projets miniers, ce qui retarderait encore larrivée de la production et augmenterait le risque de pénurie à venir.
En revanche, le potentiel de rebond me parait nettement plus probable. Dailleurs, Goldman Sachs anticipe à court terme le cours à 90 $ la livre (voir article dEmmanuel ci-dessous).
Autre chose me frappe : la décorrélation entre le cours du brut et de luranium. La hausse du brut devrait pourtant profiter à luranium... La bulle passée et la crise du crédit ont certainement refroidi les hedge funds et autres spéculateurs...
Pour ce qui est des minières, prudence
Il faut être ULTRA SELECTIF ! Et je ne suis pas certaine que lambiance actuelle des marchés soit propice à un positionnement. Je suis plutôt pessimiste pour la bourse pour linstant. Je vous conseille dattendre. Ceux qui me suivent régulièrement le savent : depuis quelques mois déjà, je pense que le CAC passera sous les 4 000 points. Et jen suis plus que jamais convaincue.
Lindice vient de passer sous les 4 400 et le WTI a franchi les 142 $ !
Avant de vous laisser entre les mains dEmmanuel, sachez que vous pouvez retrouver Simone Wapler dans lémission « C dans lair » consacrée à luranium et diffusé mardi dernier.
Luranium fin prêt pour la hausse ?
Emmanuel Gentilhomme
Luranium est une matière première bien singulière. Dabord car dun point de vue scientifique, cest un métal. Ensuite car son prix a connu lannée passée une hausse vertigineuse, avant de seffondrer littéralement pour ne coter plus que 57 $/livre (lb) aujourdhui. Voilà qui appelle quelques explications et un peu de prospective...
Juillet 2007 : la terre tremble au pays des samourais
Un séisme dune magnitude de 6,8 sur léchelle de Richter frappe le Japon et endommage la centrale géante de Kashiwazaki-Kariwa. « Il est clair que ce réacteur navait pas été conçu pour un tremblement de terre dune telle force », commente le patron de lAgence internationale de lénergie atomique (AIEA). Du coup, le volet sismique des projets de centrales nippones est revu. Les retards se multiplient.
Pas de nucléaire sans sécurité
Bis repetita placent, cher lecteur : la sécurité des installations conditionne le développement du nucléaire. Par le passé, les accidents de Three Miles Island (Etats-Unis, 1979) et de Tchernobyl (Ukraine-URSS, 1986) ont presque gelé lexpansion du nucléaire civil.
Des années plus tard, le marché renaît. Jusquà lété dernier, le cours de luranium profitait sur la hausse du pétrole -- et des difficultés techniques des mines. Mais une fois de plus, le spectre de laccident (Japon) a resurgi, renforcé par la « sortie » allemande du nucléaire et la fin de vie de centrales britanniques.
Luranium néchappe pas à la bulle
Nombreux sont ceux qui accusent la spéculation davoir poussé à la hausse les cours. Les négociations duranium au comptant -- le fameux spot -- ne représentent que 10-15% du marché, le reste relevant de contrats de long terme.
Il était simple, pour un hedge fund financé par endettement, de rafler luranium disponible sur le spot et den faire grimper le prix. Mais la crise du crédit est passée par là : privés dargent facile, les fonds ont revendu leur uranium. La bulle sset dégonflée.
Le nucléaire, énergie émergente
Voilà pour le passé. Et maintenant, vous demandez-vous ?
Un rapport de la banque JBWere (filiale de Goldman Sachs) et du mineur Rio Tinto (n° 3 de luranium) commence par rappeler quelques évidences.
Tenez, lInde va mettre trois centrales en service cette année, et six lannée prochaine. La Chine et la Russie sont en train den construire sept chacune, la Corée du Sud trois, etc. Même lIran, sous réserve de bombardement, comme en Syrie... Le renouveau du nucléaire passe aujourdhui par les pays émergents, dont la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) est écrasante.
Problème : les mines ne produisent pas assez
Or selon la World Nuclear Association (WNA), la recherche de gisements duranium a été pratiquement nulle entre 1985 et 2005. Et selon les analystes de Merrill Lynch, certains mineurs souffrent déjà des cours actuels et risquent donc de fermer -- plus exactement, de ne pas ouvrir -- des galeries. Les minières « junior », les plus dynamiques en matière de prospection, ont du mal à tenir : lexploration est coûteuse et les gisements découverts de plus en plus difficiles daccès.
Et les stocks diminuent
Je rappelle au passage quen 2008, nous vivons encore sur les stocks « stratégiques » constitués durant la Guerre froide, et de la « civilisation » de matière fissile militaire.
La demande d« U » était de 66 500 tonnes en 2007. Les mines nen fournissant que 60% ; 40% de la consommation dépend du déstockage.
Les stocks duranium ne sont pas plus renouvelés que les stocks dor des banques centrales. Ils sont aujourdhui en voie dépuisement. Luranium « tout cuit » touche à sa fin.
Or la demande va continuer de croître
Non seulement les pays émergents se lancent massivement dans la construction de centrales nucléaires. Mais aussi les pays occidentaux.
John McCain, candidat républicain à la Maison Blanche, a ainsi déclaré voilà dix jours quil souhaitait doubler le parc électronucléaire US ! Outre-Atlantique, la dernière mise en service de tranche nucléaire remonte à 1990.
Le cas américain nest pas isolé : lAfrique du Sud, qui rationne son courant, veut se doter de centrales atomiques. Tout comme le Royaume-Uni, afin de réduire les émissions de CO2. Même les plus réticents (comme lAllemagne ou lItalie, sortis du nucléaire) se posent actuellement la question de revoir leur stratégie énergétique.
Quel avenir pour le cours de luranium ?
Au 9 juin 2008, les 439 réacteurs en activité de par le monde dévorent 64 615 tonnes duranium par an. Or 36 nouvelles centrales sont en cours de construction, 93 sont à létat de projet avancé et pas moins de 218 à létat de proposition. A moyen terme, le parc nucléaire va presque doubler. Il est plus que temps de se mettre à chercher de luranium, et surtout den trouver...
Cest la raison pour laquelle le rapport JBWere-Rio Tinto voit la livre duranium atteindre les 90 $/lb « à court terme ».Et cette fois, les raisons de la hausse seront autrement plus fondamentales que celles qui prévalaient en 2007.
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