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Matières premières : Uranium :

27 juin 2008 20:24

Uranium : s’il n’y avait qu’une chose à retenir, retenez ceci !
Isabelle Mouilleseaux

Puisqu’Emmanuel vous parle aujourd’hui d’uranium, profitons-en pour faire un point sur ce marché, et son potentiel.

Un marché en déficit chronique
Première chose à savoir : depuis des années, l’offre d’uranium ne satisfait pas la demande. Cette dernière s’élevait pour 2006 à 67 320 tonnes alors que l’offre n’atteignait que 39 603 tonnes. Soit un trou béant de 28 000 tonnes, près de 40% de la demande ! Enorme...

A court terme, la pression sur l’offre pourrait s’accroître
"Heureusement, il y a les stocks militaires de la guerre froide !", me direz-vous. Grâce à eux, on arrive depuis des années à alimenter les 435 réacteurs nucléaires mondiaux. Seulement voilà : ce stock s’épuise car on pompe dedans sans jamais le renouveler.

Or la production n’est pas encore prête à prendre la relève. Pire, elle pourrait même diminuer étant donné la baisse du cours de l’uranium, libellé qui plus est en dollar déprécié. Le chiffre d’affaires des minières est directement impacté. Certaines minières ne pourront plus couvrir leurs coûts d’extraction en hausse (car libellés en monnaie locale forte, et étant donné la hausse du prix de l’énergie et des salaires). Attendez-vous à des fermetures de mines...

La demande va doubler d’ici 20 ans
En 2007, la puissance nucléaire installée produisait 372 gigawatts. Elle devrait atteindre 663 GW en 2030 selon les experts. La demande d’uranium passerait donc à quelques 120 000 tonnes. Un doublement ! Il est temps que la production se réveille !

La production va-t-elle augmenter ?
Trois fois OUI ! Le Canada et l’Australie sont les deux grands pourvoyeurs d’uranium et un très grand nombre de minières sont à l’œuvre depuis peu. La prospection a fait un bond absolument gigantesque ces dernières années. Les projets avancent, même s’ils sont parfois ralentis (comme suite aux inondations de la mine géante de Cigar Lake -- Cameco/Canada -- la production a ainsi été reportée de 3 ans au moins, à 2010).

Le Niger et la Namibie sont aussi à pied d’œuvre. Mais surtout surtout, n’oubliez pas le Kazakhstan.

Le réveil du Kazakh !
Dernier arrivé sur le marché, il a de très grandes ambitions : devenir le N°1 mondial dans dix ans, devant le Canada. Et il a les moyens de ses ambitions. Sa production d’uranium a cru de 25% en 2007, à 6 637 tonnes. Son sous-sol regorge d’uranium et le grand frère russe finance les infrastructures à coups de milliards ! Objectif : extraire d’ici peu 15 000 tonnes par an.

Cela dit, pour rivaliser avec le Canada, il faut être costaud ! Le Canada possèderait 80% des réserves mondiales. En outre, je ne connais certes pas les teneurs des mines d’uranium kazakhes, mais les teneurs canadiennes sont de loin les plus élevées qui soient.

Dans la mine de McArthur River, les teneurs atteignent 19% à 25% et la pureté de l’uranium est supérieure à 20% (soit 100 fois les teneurs mondiales moyennes) !

Autre avantage, on extrait là-bas l’uranium pour un coût moyen faible. Mais nous nous écartons du sujet...

Retenez ceci
La production devrait s’aligner sur la demande d’ici quelques années. En revanche, je pense que s’il devait y avoir des tensions suite à un manque d’offre, ce serait dans les toutes prochaines années, d’ici à 2014. Car les projets miniers mettent du temps à aboutir et produire.

Si pénurie il doit y avoir, je la verrai bien se situer vers les années 2011-2014. C’est la période à haut risque, à mon avis.

Les réserves ? De 70 à 100 ans selon les experts. Je n’y crois pas
Pour ma part, et contrairement au brut, je ne suis pas inquiète du tout. Ne vous laissez pas affoler par les pessimistes. Nous avons largement de quoi tenir plus de cent ans et pourrons couvrir nos besoins à venir. Sur ce point, j’ai fondamentalement modifié mon opinion récemment, suite à des discussions avec des spécialistes de la recherche sur le nucléaire.

Il faut savoir que les centrales nucléaires du futur seront capables de produire autant d’énergie (voire plus) avec beaucoup moins d’uranium. Le miracle de la technologie... On aurait alors pour des milliers d’années de réserves d’uranium.

Actuellement, on évalue à 5,5 millions de tonnes les réserves connues et extractibles à un coût inférieur au cours actuel de l’uranium (U3O8). On estime les réserves « à trouver » de l’ordre de 10,5 millions de tonnes. Soit au total quelque 16 millions de tonnes.

Voilà. Vous connaissez mon point de vue, à vous de creuser...

Pour info, on trouve de l’uranium partout dans la croûte terrestre. En France, nous aurions 112 000 tonnes de réserves.

Ou va le cours de l’uranium ?
L’uranium a commencé à décoller en 2004. A cette date, il cotait (depuis des années) environ 10 $ la livre. Au début de l’année 2007, le cours s’est soudainement envolé, atteignant un record de 139 $ la livre en juin, poussé par la spéculation. Depuis, le cours n’a cessé de se dégonfler pour revenir à 60 $ la livre. L’uranium a d’ailleurs été ma grande erreur de 2007. Je n’ai pas su anticiper ce retournement... et je n’imaginais pas que le cours pourrait revenir aussi bas.

Regardez :

Cours de U3O8 en US$ la livre

Quel potentiel pour l’uranium ?
Au cours actuel, son potentiel de baisse me paraît très limité. On a tout de même perdu pas loin de 60% déjà. Une baisse risquerait en outre d’entraîner la fermeture de projets miniers, ce qui retarderait encore l’arrivée de la production et augmenterait le risque de pénurie à venir.

En revanche, le potentiel de rebond me parait nettement plus probable. D’ailleurs, Goldman Sachs anticipe à court terme le cours à 90 $ la livre (voir article d’Emmanuel ci-dessous).

Autre chose me frappe : la décorrélation entre le cours du brut et de l’uranium. La hausse du brut devrait pourtant profiter à l’uranium... La bulle passée et la crise du crédit ont certainement refroidi les hedge funds et autres spéculateurs...

Pour ce qui est des minières, prudence
Il faut être ULTRA SELECTIF ! Et je ne suis pas certaine que l’ambiance actuelle des marchés soit propice à un positionnement. Je suis plutôt pessimiste pour la bourse pour l’instant. Je vous conseille d’attendre. Ceux qui me suivent régulièrement le savent : depuis quelques mois déjà, je pense que le CAC passera sous les 4 000 points. Et j’en suis plus que jamais convaincue.

L’indice vient de passer sous les 4 400 et le WTI a franchi les 142 $ !

Avant de vous laisser entre les mains d’Emmanuel, sachez que vous pouvez retrouver Simone Wapler dans l’émission « C dans l’air » consacrée à l’uranium et diffusé mardi dernier.


L’uranium fin prêt pour la hausse ?
Emmanuel Gentilhomme

L’uranium est une matière première bien singulière. D’abord car d’un point de vue scientifique, c’est un métal. Ensuite car son prix a connu l’année passée une hausse vertigineuse, avant de s’effondrer littéralement pour ne coter plus que 57 $/livre (lb) aujourd’hui. Voilà qui appelle quelques explications et un peu de prospective...

Juillet 2007 : la terre tremble au pays des samourais
Un séisme d’une magnitude de 6,8 sur l’échelle de Richter frappe le Japon et endommage la centrale géante de Kashiwazaki-Kariwa. « Il est clair que ce réacteur n’avait pas été conçu pour un tremblement de terre d’une telle force », commente le patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Du coup, le volet sismique des projets de centrales nippones est revu. Les retards se multiplient.

Pas de nucléaire sans sécurité
Bis repetita placent, cher lecteur : la sécurité des installations conditionne le développement du nucléaire. Par le passé, les accidents de Three Miles Island (Etats-Unis, 1979) et de Tchernobyl (Ukraine-URSS, 1986) ont presque gelé l’expansion du nucléaire civil.

Des années plus tard, le marché renaît. Jusqu’à l’été dernier, le cours de l’uranium profitait sur la hausse du pétrole -- et des difficultés techniques des mines. Mais une fois de plus, le spectre de l’accident (Japon) a resurgi, renforcé par la « sortie » allemande du nucléaire et la fin de vie de centrales britanniques.

L’uranium n’échappe pas à la bulle
Nombreux sont ceux qui accusent la spéculation d’avoir poussé à la hausse les cours. Les négociations d’uranium au comptant -- le fameux spot -- ne représentent que 10-15% du marché, le reste relevant de contrats de long terme.

Il était simple, pour un hedge fund financé par endettement, de rafler l’uranium disponible sur le spot et d’en faire grimper le prix. Mais la crise du crédit est passée par là : privés d’argent facile, les fonds ont revendu leur uranium. La bulle s’set dégonflée.

Le nucléaire, énergie émergente
Voilà pour le passé. Et maintenant, vous demandez-vous ?

Un rapport de la banque JBWere (filiale de Goldman Sachs) et du mineur Rio Tinto (n° 3 de l’uranium) commence par rappeler quelques évidences.

Tenez, l’Inde va mettre trois centrales en service cette année, et six l’année prochaine. La Chine et la Russie sont en train d’en construire sept chacune, la Corée du Sud trois, etc. Même l’Iran, sous réserve de bombardement, comme en Syrie... Le renouveau du nucléaire passe aujourd’hui par les pays émergents, dont la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) est écrasante.

Problème : les mines ne produisent pas assez
Or selon la World Nuclear Association (WNA), la recherche de gisements d’uranium a été pratiquement nulle entre 1985 et 2005. Et selon les analystes de Merrill Lynch, certains mineurs souffrent déjà des cours actuels et risquent donc de fermer -- plus exactement, de ne pas ouvrir -- des galeries. Les minières « junior », les plus dynamiques en matière de prospection, ont du mal à tenir : l’exploration est coûteuse et les gisements découverts de plus en plus difficiles d’accès.

Et les stocks diminuent
Je rappelle au passage qu’en 2008, nous vivons encore sur les stocks « stratégiques » constitués durant la Guerre froide, et de la « civilisation » de matière fissile militaire.

La demande d’« U » était de 66 500 tonnes en 2007. Les mines n’en fournissant que 60% ; 40% de la consommation dépend du déstockage.

Les stocks d’uranium ne sont pas plus renouvelés que les stocks d’or des banques centrales. Ils sont aujourd’hui en voie d’épuisement. L’uranium « tout cuit » touche à sa fin.

Or la demande va continuer de croître
Non seulement les pays émergents se lancent massivement dans la construction de centrales nucléaires. Mais aussi les pays occidentaux.

John McCain, candidat républicain à la Maison Blanche, a ainsi déclaré voilà dix jours qu’il souhaitait doubler le parc électronucléaire US ! Outre-Atlantique, la dernière mise en service de tranche nucléaire remonte à 1990.

Le cas américain n’est pas isolé : l’Afrique du Sud, qui rationne son courant, veut se doter de centrales atomiques. Tout comme le Royaume-Uni, afin de réduire les émissions de CO2. Même les plus réticents (comme l’Allemagne ou l’Italie, sortis du nucléaire) se posent actuellement la question de revoir leur stratégie énergétique.

Quel avenir pour le cours de l’uranium ?
Au 9 juin 2008, les 439 réacteurs en activité de par le monde dévorent 64 615 tonnes d’uranium par an. Or 36 nouvelles centrales sont en cours de construction, 93 sont à l’état de projet avancé et pas moins de 218 à l’état de proposition. A moyen terme, le parc nucléaire va presque doubler. Il est plus que temps de se mettre à chercher de l’uranium, et surtout d’en trouver...

C’est la raison pour laquelle le rapport JBWere-Rio Tinto voit la livre d’uranium atteindre les 90 $/lb « à court terme ».Et cette fois, les raisons de la hausse seront autrement plus fondamentales que celles qui prévalaient en 2007.


c:edito-matieres-premieres

9 réponses

  • 27 juin 2008 21:06

    1 - Deja cité sur ce forum il me semble, Il y a le certificat (à la Société Générale) de type tracker, le 100% URAX qui a pour objectif de refléter la performance boursière de l’indice World Uranium Total Return

    100% - URAX - (937.45 €) - Echéance : 23 janvier 15 - Mnémo : 4061S ; Isin : FR0010422949 - Frais de gestion: 0.85%/an.

    Il est composé de sociétés minières.


    2 - Mais existe t-il des certificats simples (type open-end, 100%, sans levier) ou produits de type tracker qui suivent le cours du métal - pour jouer la hausse ?


  • 28 juin 2008 18:48

    fo pas se presser
    en fait il faut du temps pour faire une mine, environ 7 ans, on peur supposer que des decision se sont commencee il y a environ 2 ans donc offre en hausse dans5 ans
    mais la demande necessite en plus du temps de construire un reacteur, une decision politiquen pleins de commission pour constuire un site, etc
    donc
    la demande risque de n apparaitre qu apres l offre, donc le cours n est pas pres de decoller, surtout que une fois qu une mine est demarre, il faut produire pour payer les dette, meme a perte,tant qu on paye les depense courante, meme si on ne parvient pas a amortir les investissements, donc le cours peut rester bas, voir baisser fortement avant que la demande decolle
    si on a de l uranium a vendre en exces du besoin des centrales installees, son prix marginal peut s effondrer
    a contrario, ce qui coute cher dans l electricite nucleaire, c est les investissement, le cout de l uranium n entre que pour une fractions minimime dans le cout du courant produit
    donc si on ne prend pas le marche au bon moment cad celui ou penurie d offre, on risque de perdre des sous
    et vu les previsions diverses, les penurie d offre c est dans qq annees


  • 28 juin 2008 19:55

    "la demande risque de n apparaitre qu apres l offre"

    J'avoue ne pas pouvoir "contr'argumenter", mais ça m'étonne tout de même vu le "réengouement" actuel au niveau mondial pour construire des centrales nucléaires en réaction à l'envolée des cours du pétrole.


  • 28 juin 2008 20:02

    pour qu il y ait de la demande il faut des centrales
    la forte hausse de la demande future est certaine, mais le delais qu il faut pour que cette demande soit effective, cad centrale construite risque d etre plus long que le temps qu il faut pour sortir de l uranium des mines,
    dans un deuxieme temps ca s inverserra probablement et le prix de l uranium s envolera, mais d ici la il se sera passe probablement bcp d annees amha


  • 29 juin 2008 10:58

    et oui, c'est bien la question.


  • 01 juillet 2008 07:53

    as-tu un lien précis ?


  • 01 juillet 2008 17:25


  • 01 juillet 2008 22:54

    c'est à dire qu'il n'y a pas de vrai marché boursier de l'uranium comme pour le blé ou le pétrole. Sans doute parce que les volumes sont trop faibles, le stockage compliqué, et les contrôles gouvernementaux sur les transferts d'uranium très sevères.

    Il y a un juste pseudo marché spot avec des transactions irrégulières.

    Donc pas de contrats futures, et pas de quoi créer un certificat ou un tracker sur l'uranium.

    La seule alternative, c'est une société canadienne Uranium Participation Co cotée au Canada à Toronto. Son seul actif est délibérement son stock d'uranium, donc le cours fluctue avec celui de l'uranium (avec une décote ou une surcote suivant les périodes).

    http://www.uraniumparticipation.com


  • 01 juillet 2008 23:29

    pour cette explication détaillée.


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