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Matières premières : Platine : une pénurie longue se profile

03 mars 2008 09:57


Platine : une pénurie longue se profile à l’horizon
par Emmanuel Gentilhomme
Vendredi 29 février 2008

Comme prévu, je termine mon article sur le platine aujourd’hui. Pourquoi flambe-t-il ? Eléments de réponse...

OPA chinoise sur le platine Zimbabwéen ?
Outre en Afrique du Sud, il existe bien un second gisement important de platine : dans le Zimbabwe voisin. Dans la région du "Grand Dyke" plus précisément, où opère notamment Zimplats, filiale d'Impala. Mais le gouvernement zimbabwéen du peu recommandable Robert Mugabe est en train de nationaliser les minières étrangères. Et une bonne partie de cette "nationalisation" s'apparente à de la confiscation pure et simple, ce que les entreprises cotées supportent plus mal encore que les autres.

Bien sûr, certains n'ont pas le moindre scrupule à profiter du malheur des autres. "Cette semaine", a indiqué Christian Hocquard, "les Chinois ont fait une visite au Zimbabwe et se sont déclarés intéressés par l'exploitation de gisements d'or et de platine". Peu regardante sur les états de services de ses fournisseurs, la Chine s'entend déjà avec le régime islamiste de Khartoum, riche en pétrole...

Bref, en raison d'une succession de goulets d'étranglement, le marché du platine a tendance à être en déficit depuis environ 8 ans. Globalement, les minières peinent à atteindre leurs objectifs de production : en 2003, AngloPlat visait les 3,5 Moz de platine pour 2006. Elle n'en a sorti finalement sorti que 2,8 Moz...

Le désastre électrique sud-africain
Il manquait encore une ombre au tableau. La voilà : afin d'attirer des compagnies minières, l'Etat sud-africain et son EDF local, Eskom, est doté dans les années 60-70 d'un parc de centrales à charbon et de quelques réacteurs nucléaires. L'Etat impose des prix réglementés très bas à l'électricité, indispensable au fonctionnement des raffineries et à l'exploitation des mines souterraines. Mais la faiblesse des tarifs administrés a dissuadé aussi les opérateurs privés de se lancer : tout est entre les mains d'Eskom, qui depuis 20 ans n'a construit aucune centrale.

Des mineurs sur le carreau ?
Cela devait arriver : en janvier dernier, Eskom s'est trouvé incapable de faire face à la demande croissante de ses clients. Et l'Afrique du Sud a dû se résoudre à l'inimaginable : d'abord, la fin de la garantie d'alimentation des mines, ce qui équivaut à un arrêt de mort pour les plus profondes d'entre elles. Le 25 février, pour cette raison, la minière aurifère Gold Fields a envisagé la fermeture de puits et la suppression de 12% de son effectif, soit 6 900 postes. Ensuite, le rationnement pur et simple du courant : Eskom fournira dorénavant aux mines et raffineries 90% de leur consommation de l'année précédente. Ce qui emporte une baisse de la production minière de l'ordre de 20%...

Trois centrales à charbon supplémentaires ont été annoncées, moyennant 14 milliards de dollars d'investissements, mais pas avant... 2013. Christian Hocquard indique que les minières platinoïdes ne pourront que repousser leurs investissements, notamment en matière de raffineries dont les fours fonctionnent à l'électricité. Un bien mauvais coup pour le marché du platine en particulier, et la réputation minière de l'Afrique du Sud en général.

Les ETF participent à la flambée du platine
Cerise sur le gâteau, les ETF sur le platine fleurissent ces derniers temps, à Londres comme à Zurich. Destinés aux investisseurs, ces Exchange Traded Funds (fonds cotés en Bourse) reposent sur un stock de métal assoupi dans une salle forte. Conséquence : l'ETF distrait ainsi une partie du métal disponible de la demande industrielle, alors que le platine est un marché bien moins profond que l'or ou l'argent. Nombreux sont les industriels du secteur qui se sont opposés à la mise sur le marché d'ETF sur le platine : le raffineur britannique Johnson Matthey, et même le numéro un mondial AngloPlat lorsque la banque cantonale suisse ZKB a lancé le sien, l'année dernière. Rien n'y a fait : les financiers l'ont emporté. Cette demande nouvelle arrive au plus mauvais moment, alors que les stocks de platine n'existent pas, que la demande progresse et que l'offre ne suit pas.

A ce jour, l'ETF Physical Platinum londonien d'ETF Securities rassemble 314 000 oz de platine, contre 140 000 oz fin décembre 2007. En deux mois, la hausse de l'encours de cet ETF équivaut aux deux tiers du déficit de platine 2007 ! Les stocks d'ETF Securities comprennent même des lingots portant l'estampille "URSS", ce qui ne manque pas de sel...

Seul 1 projet sur 3 arrivera à son terme...
N'y a-t-il donc pas d'espoir de rémission ? Non pas. Christian Hocquard incite les analystes à ne pas prendre pour argent comptant les prévisions des "juniors", qui ont souvent tendance à voir grand... sur le papier, 26 projets de mines de platine sont dans les tuyaux en Afrique du Sud, soit une production de 5 Moz de plus. Or le BRGM estime que seul 1 projet sur 3 arrivera à son terme...

Et Christian Hocquard de conclure qu'au vu de ces éléments, le platine pourrait bien être atteint de "pénurie longue". Le déficit risque d'atteindre non pas 250 000 oz cette année, comme la majeure parie des opérateurs semblent l'attendre, mais plutôt 400 000 à 500 000 oz...

7 réponses

  • 03 mars 2008 18:52

    Partie I - Edito Matières premières

    Platine : une pénurie longue se profile à l’horizon (I)
    par Emmanuel Gentilhomme
    Jeudi 28 février 2008

    Saviez-vous que le platine passe de l'état solide à l'état liquide lorsqu'il atteint 1 772°C ? Supposons un instant que chacun de ces degrés soit un dollar US. En l'espace de deux mois, le platine aurait largement franchi son point de fusion : alors qu'il cotait 1 541 $ (1 040 euros) le 2 janvier, le métal blanc-argent atteignait 2 180 $ (1 480 euros) le 21 février suivant, soit une hausse 40%. C'est plus que les 37% qu'il s'était adjugé au cours de toute l'année 2007 ! Voilà qui mérite bien une petite explication. Cela tombe bien : un spécialiste du BRGM passait justement par là...

    Pour ses lecteurs, l'Edito Matières Premières ne recule devant aucune extrémité. Ce 27 février, nous avons une fois encore repoussé les limites de l'information minière en nous aventurant... aux confins du boulevard Haussmann.

    Du BRGM au platine
    L'agence de presse Reuters organisait en ses locaux parisiens un petit déjeuner animé par Christian Hocquard, économiste confirmé du Bureau de recherche géologique et minière (BRGM), un établissement d'Etat dont le nom résume bien l'activité. Par le passé, le BRGM gérait des participations publiques dans des sociétés minières stratégiques. Il en reste quelques traces, comme ses 1,38% au capital du mineur-sidérurgiste Eramet. Un bon placement pour le BRGM, vu le récent parcours de l'action !

    Mais revenons à nos lingots. Le platine est un métal africain : la pointe sud du continent noir a fourni 80% des 6,6 millions d'onces (Moz) produites en 2007, suivie de loin par la Russie avec environ 10%. En face, la demande est des plus vigoureuse : elle a excédé l'offre de 265 000 oz en 2007. La faute aux constructeurs automobiles et au durcissement des normes antipollution : le platine est indispensable à la construction des pots catalytiques diesel, dont raffolent les Européens. Les principaux usages de ce métal précieux sont d'ailleurs industriels.

    Germinal dans le Bushveld
    "Le platine, c'est l'Afrique du Sud, encore l'Afrique du Sud, toujours l'Afrique du Sud", scande Christian Hocquard. Situé au nord du pays, non loin de Pretoria, le massif du Bushveld concentre les gisements exploités par trois "majors sud-af'" : AngloPlatinum, filiale à 70% d'AngloAmerican, Impala Platinum, et Lonmin, ainsi que par une myriade de "juniors".

    Techniquement, explique le géologue du BRGM, les veines de platine "ne dépassent pas les 1 mètre 40 d'épaisseur", ce qui exclut toute extraction mécanisée au profit des bras des mineurs, à l'inverse de ce qu'on peut faire dans les mines de charbon avec les haveuses, ces machines d'abatage qui découpent la roche et qui évitent au mineur de devoir attaquer le filon au marteau-piqueur. Pour un peu, l'exploitation du platine relèverait presque de l'artisanat minier...

    Les mineurs doivent donc se débrouiller pour "piocher" le filon dans un espace exigu. Ce n'est pas tout : dans les mines souterraines -- jusqu'à 2 ou 3 kilomètres de profondeur --, la température atteint rapidement les 50°C, ce qui n'empêche pas des écoulements d'eau qu'il faut évacuer en permanence. Et vous vous sentiez mal à l'aise dans le métro ?

    Fours à chaleur tournante
    Une fois arrivé en surface, le minerai platinoïde cause encore des soucis à la classe laborieuse. Le Bushveld contient, non pas un, mais deux principaux types de gisements de platine. A l'Ouest, indique Christian Hocquard, le "Merensky Reef et sa minéralisation sulfurée. Et à l'Est, l'UG2 Reef et sa minéralisation oxydée dans des chromites". Pardon ? Retenons seulement que le traitement métallurgique du premier type de minerai est relativement simple, alors que le second nécessite un raffinage à très haute température. "Les fours classiques explosent si, à de telles températures -- 1 700 °C --, on ne traite que de l'UG2", indique-t-il. Il faut donc mélanger les deux types de minerais. Ce qui n'est pas si simple qu'il y paraît : si les gisements les plus anciens sont de type Merensky, pour lesquels les fours ont été conçus, la majorité des nouveaux projets sont des "UG2"...

    Pas étonnant que les accidents mortels soient si fréquents ces dernières années, tant dans les mines que dans les smelters (raffineries). A tel point que, pour la première fois en 2007, une grève générale des mineurs de platine a eu lieu en Afrique du Sud. Ce qui a conduit Ralph Havenstein, le patron d'AngloPlat, au départ fin juin 2007 : "AngloPlatinum a besoin d'une nouvelle direction et d'une nouvelle vision pour atteindre ses objectifs de sécurité", a-t-il déclaré à l'époque, selon MiningMX. Quelques mois plus tôt, Simon Thompson, le chef de la division Métaux de base de sa maison-mère AngloAmerican, avait suivi le même chemin "pour poursuivre d'autres opportunités"... En 2007, 25 mineurs et métallos d'AngloPlat ont perdu la vie.

    A terme, il sera nécessaire de construire une nouvelle génération de fours, ce qui mobilise du capital. Actuellement, seules les trois "majors" détiennent des raffineries, dont elles font payer cher la "location" aux juniors. Autant dire que ces dernières vont être réticentes à mettre de nouveaux gisements en exploitation...

    Demain, je vous dirai pourquoi le platine flambe. Nationalisation des mines de platine au Zimbabwe (10% de la production), arrêt de mort de certaines mines suite aux déboires de l’électricien Eskom et explosion des ETF sur le platine qui aggrave de déficit structurel sur ce marché très étroit. Vous allez voir, le platine n’est pas prêt de se rendormir…


  • 04 mars 2008 18:37

    Et pour impala et northam,c'est quoi qui se profile?
    Des infos intéressantes?
    Parce que des rendements à 2 chiffres,ça m'a toujours étonné....


  • 04 mars 2008 19:11

    une question generale. Peut-etre avez-vous une idee. Il m'apparait que les cours du Platine ont trop monté trop rapidement pour ne pas susciter une correction tct. ds ce cas j'entrerai apres sur le certificat de la GLE.....Mais la question se pose. Merci.


  • 05 mars 2008 09:33

    code du certif svp merci


  • 05 mars 2008 10:55

    ETFS Physical Platinum (Platine Physique)
    ISIN : JE00B1VS2W53

    A propos de la valorisation
    La valorisation de PHPT est basée sur le prix au comptant du platine, diminuée des frais de gestion.
    Valorisation quotidienne de PHPT:
    = 0.10 once de platine X prix du platine au comptant
    ― les frais de gestion

    Le détail du calcul de la valorisation peut être consulté sur www.etfsecurities.com/msl.
    Le platine est valorisé suivant les normes de bonne livraison (Good Delivery Rules) du LPPM, qui sont une référence internationalement reconnue et transparente pour la valorisation du platine physique.


  • 09 mars 2008 19:36


  • 10 mars 2008 03:00


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