Les matières premières devraient protéger le Canada de la récession
Signe des temps : on ne spécule plus désormais sur l'arrivée ou pas d'une récession, mais sur sa durée ou son ampleur, tout en tentant d'examiner quels pourraient être les "miraculés" d'une telle situation, en essayant de comprendre les raisons qui pourraient les préserver de ce nouveau "fléau".
Le Canada va échapper à la récession annoncée aux Etats-Unis, en raison de la flambée des prix de l'énergie et des matières premières, dont il dispose en abondance, affirme ainsi la banque canadienne CIBC. Espérons que cela soit en toute objectivité.
Dans ses plus récentes prévisions économiques, la CIBC constate que "les prix mondiaux des matières premières et de l'énergie se maintiennent à des niveaux record, malgré le ralentissement américain, et favorisent la croissance fulgurante des revenus au Canada, tant pour les particuliers que pour les entreprises".
"Les dépenses des ménages, qui affichent une hausse notable, et les coffres bien garnis de l'Etat illustrent ces gains", note la banque.
"Le secteur des matières premières jouit toujours de conditions économiques très favorables et cela demeurera le cas au cours des quatre prochains trimestres », affirme ainsi le responsable du secteur économique de la banque, pour lequel le moment ou le rythme de la reprise américaine n'aurait pas d'influence sur la teneur de ses estimations.
La banque envisage une croissance de 1,6% de l'économie canadienne en 2008 et de 3% en 2009. Ces prévisions sont nettement plus optimistes que celles du Fonds monétaire international, qui table plutôt sur une croissance de 1,3% et 1,9% au Canada pour ces mêmes années.
En janvier 2008, le FMI évaluait quun "choc" de 1 point de croissance aux Etats-Unis aurait un impact de 0,5 à 0,75% sur le PIB canadien (à travers les échanges commerciaux, les services financiers ou le prix des matières premières). Certaines provinces canadiennes, dont le Québec et lOntario qui représentent 57% du PIB canadien et 63% des exportations canadiennes vers les Etats-Unis en 2006, seraient plus touchées que dautres, si l'on en croit le Fonds.
La Banque centrale (PIB +1,8% en 2008) et les banques (Royal Bank of Canada : PIB +1,5% au premier semestre 2008 et +2,5% au second semestre 2008 ; Merrill Lynch : +1,2% en 2008) tablent elles aussi sur un fléchissement de la croissance du Canada qui serait dû principalement au ralentissement économique aux Etats-Unis, à la faible productivité canadienne et à la perte de compétitivité de secteurs structurants (bois, automobile) victimes de la hausse du CAD par rapport à lUSD.
Mais il demeure quasi certain que le prix élevé des matières premières (pétrole, uranium) et une gestion budgétaire saine permettent à la fois de décaler dans le temps et de limiter limpact sur léconomie canadienne des difficultés annoncées.
La CIBC estime par ailleurs que l'économie américaine est entrée en récession au premier trimestre, mais que celle-ci sera de "courte durée", puisqu'elle ne se prolongera pas au-delà du second trimestre.
La Banque prévoit que la croissance américaine atteindra 0,9% en 2008 et 2,3% en 2009.
Selon l'établissement, la demande internationale en pétrole et en matières premières a créé des emplois dans ce secteur au Canada, offrant parallèlement des entrées d'argent supplémentaires pour l'Etat, via une augmentation importante des redevances et des impôts perçus.
Les sommes ainsi collectées auraient permis de financer l'embauche de personnel dans le secteur public, d'énormes dépenses dans les infrastructures.
Seule ombre à ce tableau idyllique : le secteur manufacturier principalement l'industrie automobile d'Ontario - resterait vulnérable face à la récession aux Etats-Unis, et ce d'autant que le cours du dollar canadien ne faiblit pas.
Sources : AFP, CIBC, Mission Economique Ambassade de France