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Matières premières : La Guerre du Riz

06 mai 2008 22:10

http://www.france5.fr/c-dans-l-air/index-fr.php?page=resume&id_article=2831

C dans l'air d'Yves Calvi:

Le prix du riz est à son plus haut niveau depuis vingt ans. Face à l’envolée des prix, les émeutes de la faim et les répercussions du cyclone meurtrier qui a dévasté le sud de la Birmanie, les principaux pays producteurs tentent de protéger leurs populations en limitant, voire arrêtant leurs exportations, et envisagent la mise sur pied d’un cartel au modèle de l’OPEP.

L’incendie couvait depuis plusieurs mois mais c’est à Bangkok, le 27 mars 2008 qu’il s’est déclenché. Ce jour-là, le prix de la tonne de riz thaï a bondi de 31 % en quelques heures, sous l’effet conjugué de l’annonce par l’Inde de la suspension de ses exportations de riz Paddy et de la recherche dans le même temps par les Philippines de 500 000 tonnes de cette denrée.

Symptomatique du déséquilibre de l’offre et de la demande ainsi que d’une certaine spéculation qui fait rage sur le marché du riz depuis quelques mois, cette journée a mis à jour la crise que connaît cet aliment de base de plus de la moitié de l’humanité. Et dont le moindre mouvement de hausse des prix se répercute immédiatement sur une partie des populations les plus pauvres du monde.

En Afrique, où il constitue en bonne partie la base alimentaire, la hausse du court fait des ravages, notamment dans les pays qui consomment plus de riz qu’ils n’en produisent, comme le Cameroun, où plusieurs dizaines de personnes ont été tuées au cours de manifestations, fin février, alors que l’approvisionnement se faisait plus rare.

Se propageant comme une tache d’huile, la flambée des prix qui touche ce continent depuis six mois - + 50 % en Côte-d’Ivoire, + 45 % au Sénégal, + 42 % en Mauritanie, par exemple - a entraîné des émeutes de la faim, tout comme en Egypte, au Maroc et dernièrement en Somalie, où les habitants de Mogadiscio sont descendus dans la rue pour dénoncer leurs difficultés à acheter de la nourriture. Dans ce pays, les prix de la céréale ont augmenté de 400 % en un an et anime une guerre civile du riz dont on ne connaît pas encore le nombre de victimes.

Vital pour l’Afrique, il l’est aussi en Asie. Exporté à 50 % par cette région du monde, cette céréale est à la base de l’alimentation de la population, qui augmente de 56 millions de personnes par an. Une production qui connaît de plus une diminution suite aux inondations et aux attaques d’insectes qui ont endommagé les récoltes au Viêt-nam, et ces derniers jours, le cyclone particulièrement en meurtrier qui a dévasté le sud de la Birmanie, inondant la principale région rizicole du pays.

Avant que le cyclone ne s’abatte sur le pays, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estimait que la Birmanie pourrait exporter jusqu’à 500 000 tonnes de riz cette année. Mais parce que les inondations et les routes impraticables ont rendu plusieurs régions inaccessibles, il est à ce stade impossible d’évaluer l’étendue des dégâts sur la production agricole causés par le cyclone Nargis qui s’est abattu dans la nuit de vendredi à samedi, faisant plus de 22 000 morts et 41 000 disparus, selon un dernier bilan officiel.

Toutefois, toute interruption ou perturbation dans l’offre de riz pourrait être désastreuse, selon le porte-parole du Programme alimentaire mondial, Paul Risley. "Cette année, alors que d’autres pays d’Asie du Sud-Est ont imposé des interdictions d’exportation ou réduit leurs exportations de riz, la Birmanie a commencé à exporter vers le Sri Lanka et le Bangladesh."

Le Sri Lanka, comme le Bangladesh, où une partie de la production rizicole avait elle-même été détruite par un cyclone en novembre, ne produiront pas assez de riz en 2008 pour subvenir à leurs besoins. Les deux pays, qui ont vu les prix respectivement grimper de 55 % et doubler en un an, s’étaient tournés vers la Birmanie, l’un des pays les plus pauvres et isolés du monde, pour résoudre leur problème de pénurie.

Un risque qui pourrait toucher la Thaïlande, premier pays exportateur mondial, et pousse déjà, dans les campagnes, les paysans à garder leur rizière jour et nuit, par peur des pillages, et motive le gouvernement à proposer la formation d’un cartel chargé de contrôler les prix du riz, à la manière dont l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP).

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