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Matières premières : L'or retrouve son statut de valeur refu

07 mars 2008 21:52

Journal des Finances n° 6275


L'or retrouve son statut de valeur refuge


JDF HEBDO | 08.03.2008 | Mise à jour : 20H46

L'or flambe sur toutes les places boursières mondiales et s'approche aujourd'hui de la barre symbolique des 1.000 dollars l'once, qui n'a jamais été franchie jusqu'à présent. Dans un climat de forte incertitude sur les marchés financiers, il n'est pas trop tard pour s'y intéresser. Tous les ingrédients pour la hausse du métal jaune sont au rendez-vous. Si les tensions inflationnistes persistent, le seuil des 1.500 dollars pourrait être atteint dans les prochains mois. Tous nos conseils pour miser sur l'or dans une optique défensive.

« Jouer l'or à 1.000 dollars », titrions-nous en gros caractères à la une du Journal des Finances le 29 septembre 2007. L'once de métal fin valait alors 743 dollars à Londres. A plus de 980 dollars en début de semaine, il frôle aujourd'hui les 1.000 dollars, seuil que la plupart des experts n'attendaient pas avant le milieu, voire la fin de l'année. La flambée du métal jaune s'accélère, dans le sillage de celle des matières premières, comme le pétrole, qui a franchi cette semaine la barre symbolique de 100 dollars le baril. Elle intervient dans un climat d'instabilité monétaire et d'extrême nervosité sur les marchés financiers.
En recommandant depuis de nombreux mois à nos lecteurs d'acheter de l'or, notre objectif n'est pas de les inciter à spéculer sur la hausse des métaux précieux, mais de mettre en place une stratégie défensive face à la baisse des actions. L'or a longtemps été négligé parce qu'il ne rapporte aucun revenu. Sa fonction est pourtant claire : elle ne consiste pas à augmenter un capital, mais à le protéger contre l'érosion monétaire et la chute de la Bourse. De ce point de vue, il tient aujourd'hui parfaitement bien son rôle de valeur refuge.

Tout concourt à alimenter la hausse de l'or

En dépit de l'envolée récente de l'once, il n'est pas trop tard pour mettre de l'or en portefeuille. Dans un contexte de forte incertitude sur les marchés financiers, tout concourt en effet à alimenter la hausse de l'ensemble des métaux précieux.
Parmi les principaux éléments responsables de la flambée de l'or figure bien sûr la baisse du dollar. Le lien existant entre le billet vert, qui fait toujours office de monnaie de réserve internationale, et l'or est évident : lorsque le premier s'affaiblit, les investisseurs se retournent spontanément vers le second, dont la capacité de résistance en période de crise est connue de tous. La hausse de 130 % de l'once d'or à Londres au cours de ces trois dernières années a ainsi correspondu à une perte de près d'un tiers de la valeur du dollar vis-à-vis de l'euro au cours de la même période. L'or monte d'autant plus volontiers que le dollar ne baisse pas seulement pour des raisons économiques liées aux craintes de récession aux Etats-Unis ou à la crise financière que traversent aujourd'hui les banques américaines. Le billet perd de sa valeur parce que les investisseurs s'interrogent de plus en plus sur la capacité du gouvernement fédéral à rembourser ses dettes, qui représentent plus des deux tiers du produit intérieur brut des Etats-Unis.


La demande s'envole, la production piétine

L'autre moteur de la hausse de l'or, c'est bien entendu le retour de l'inflation. Les prix à la consommation, qui étaient restés sages depuis la fin des années 1980, repartent à la hausse sous l'impulsion du prix du pétrole, des denrées alimentaires et des salaires dans les pays émergents. En Chine, le salaire minimum a par exemple augmenté de 25 % au cours des deux derniers mois. Résultat, l'inflation dépasse 4,3 % aux Etats-Unis en rythme annuel, et elle atteint 3,2 % dans la zone euro à la fin de janvier. Nous sommes loin des taux astronomiques qui ont prévalu tout au long des années 1970, mais la tendance est préoccupante. Les investisseurs sont surtout persuadés qu'en voulant lutter à tout prix contre la récession la Banque centrale américaine a renoncé à son rôle de protection du pouvoir d'achat de la monnaie. Bref, l'inflation a de beaux jours devant elle, et l'or est bien placé pour en profiter.
Mais la flambée des cours tient aussi à l'aggravation de l'écart existant entre l'offre et la demande d'or dans le monde. Après la forte augmentation de la demande de métaux précieux de la part des industriels de la joaillerie (+ 16 % l'an dernier), notamment alimentée par les achats de la population indienne et chinoise, la tension est aujourd'hui essentiellement entretenue par la forte progression des achats d'or à des fins d'investissement. Le retour du placement aurifère s'effectue en effet de plus en plus au travers de produits financiers de type trackers qui répliquent exactement l'évolution du prix de l'once. Leur développement a un impact direct sur les cours, puisque, chaque fois que quelqu'un investit dans l'un de ces produits, l'équivalent en or physique est acheté et déposé dans les coffres d'une banque à Londres, New York ou Singapour. Il existe aujourd'hui près de douze trackers indexés sur l'or, qui ont absorbé à eux seuls 800 tonnes d'or l'an dernier, ce qui représente plus du quart de la production mondiale. Au rythme auquel se développent aujourd'hui les souscriptions, il est fort probable que plus de 1.000 tonnes d'or seront affectées à ces placements cette année. Début janvier, la Bourse chinoise (le Shanghai Futures Exchange) a lancé son premier marché à terme de l'or. Son succès a été si fort que, pour tenter de limiter la spéculation, les autorités boursières chinoises ont fixé le lot minimal d'intervention à un kilo d'or, soit un ticket d'entrée de l'ordre de 30.000 dollars...


En route vers 1.500 dollars l'once

Face à cette fièvre acheteuse, la production stagne autour de 2.500 tonnes par an depuis le début de la décennie. Sous l'effet de la crise énergétique en Afrique du Sud, la production mondiale d'or pourrait même reculer cette année. Cela en dépit de la forte augmentation de la production chinoise, qui vise désormais la première place mondiale.
Toute la question est aujourd'hui de savoir jusqu'où l'once d'or peut encore monter. Des prises de bénéfices ne sont pas exclues aux environs des 1.000 euros, mais tout porte à croire que la hausse n'est pas terminée. Car, au-delà des déséquilibres qui existent entre l'offre et la demande, la flambée de l'once est aussi liée à un phénomène de rattrapage des prix après plus de vingt années de baisse. Corrigé de l'inflation, il ressort en effet que le pic de 850 dollars l'once atteint en 1980 correspond à une valeur actualisée de 2.200 dollars.
La marge d'appréciation théorique du métal jaune est donc considérable. Surtout si les tensions inflationnistes qui se font actuellement sentir se renforcent. Une détérioration du climat géopolitique pourrait aussi favoriser son ascension. Sans jouer les oiseaux de mauvais augure, il paraît tout à fait envisageable d'imaginer l'or atteindre 1.500 dollars l'once dans les prochains mois.
L'or, que le célèbre économiste John Maynard Keynes avait qualifié de « relique barbare » en 1923, a dans ces conditions plus que jamais sa place dans un portefeuille diversifié. Nous recommandons d'y consacrer au moins 15 % de leurs actifs au côté des placements monétaires et des actions dont la part ne doit cependant pas descendre au-dessous de 50 %. Le métal jaune peut être joué de plusieurs manières : sous forme physique (pièces et lingots) ou sous la forme de produits financiers spécifiques, comme les trackers ou les fonds aurifères.

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