L'or, refuge déserté
LE MONDE 03.05.08
Les rats quittent-ils le galion ? Les spéculateurs abandonnent-ils l'or ? Le roi des métaux précieux avait brièvement dépassé, à la mi-mars, le prix jamais vu de 1 000 dollars l'once. Son irrésistible ascension s'était amorcée en septembre 2007 sous l'effet de la panique due à la crise des subprimes, les crédits hypothécaires américains.
On sait que l'aversion au risque a poussé les investisseurs à délaisser tour à tour immobilier et actions, pour se réfugier sur les matières premières avec, en tête, le pétrole et l'or. Ces deux vedettes se sont alors engagées dans un mouvement de balançoire avec le dollar. Quand le billet vert s'enfonçait, baril et once montaient.
Telle était la constante haussière des six derniers mois. Et puis le dollar a donné quelques signes de résistance. Le pétrole n'en a eu cure et a poursuivi son ascension. En revanche, l'or a commencé à redescendre de ses sommets. Très vite, son prix a oscillé autour de 900 dollars.
Depuis une semaine, il a plongé rudement, au point d'enfoncer, en séance, le plancher des 850 dollars, le 2 mai, et de tomber à 847,55 dollars à Londres, au plus bas depuis quatre mois.
Les explications ne sont pas "physiques". Certes, l'Afrique du Sud, deuxième producteur mondial, promet désormais de produire plus d'or qu'on ne pouvait le craindre, en raison des coupures d'électricité qui affectent ses mines.
Eskom, la compagnie publique d'électricité, a annoncé qu'elle suspendait "indéfiniment" son programme de délestage destiné à réduire de 10 % la consommation. Elle aurait, paraît-il, trouvé d'autres moyens pour réaliser l'économie d'électricité voulue.
D'un autre côté, les mines sud-africaines ne sont toujours pas au meilleur de leur forme - quatorze mineurs sont morts cette semaine, victimes du mauvais état des installations.
Les mines chinoises, premières productrices d'or, n'ont pas plus d'électricité et pas plus de vraie sécurité que les sud-africaines. Autant dire que la production stagnera, au mieux. Normalement, cette perspective médiocre aurait dû soutenir les cours.
En fait, "les inquiétudes à propos des remous sur les marchés financiers mais aussi au sujet d'un possible ralentissement économique semblent s'apaiser, constate Tetsu Emori, gérant de fonds à Tokyo chez Astmax, cité par l'agence Bloomberg. Cela explique que les investisseurs se soient mis à revendre leur or". Il ajoute : "Ceux-ci sont en train de faire glisser leur argent des matières premières vers les marchés financiers et c'est pourquoi les prix des produits de base chutent lourdement."
Parions que le "veau d'or" conservera ses affidés et que son prix ne sera pas bradé de sitôt.
Alain Faujas