C/C AGEFI de ce jour
La demande énergétique restera le tuteur du marché céréalier en 2009
Victimes du recul brutal du cours du pétrole, les colzas, maïs et autres sojas ont perdu près de 30% depuis lété de toutes les exagérations.
servan peca
à lausanne
Tout autour du globe, les récoltes céréalières sont achevées. Selon la FAO (Food and Agriculture Organisation), un record mondial a été atteint. Quelque 2,24 milliards de tonnes ont été moissonnées, soit une hausse de 5,4%, par rapport à 2007. En réponse à la poussée généralisée des cours durant lété, les agriculteurs ont semé en abondance. «Limportante utilisation de fertilisants a fourni des rendements spectaculaires», selon le directeur de la branche genevoise dun des principaux acteurs mondial du secteur, qui gère environ 1,2 milliard de boisseaux par année.
Il avoue toutefois que limpact des récoltes sur les prix reste insignifiant. Aujourdhui, le surplus se dessine et, pour linstant, lévolution de la demande guide les cours. Le retournement conjoncturel pèse sur les besoins globaux en matières premières, et les produits agricoles néchappent pas à la phase de correction actuelle. Leur indice de référence a plié de près de 30%, depuis le pic de juin dernier. Notre interlocuteur genevois sattend à une évolution plate des prix céréaliers, «du moins pour le premier quart de 2009». La demande est incompressible
Mais aucun des observateurs ne veut croire à la fin du cycle haussier à long terme. Dan Basse, président du consultant AgResource, à Chicago, estime même que les céréales seront les premières à bénéficier du retour sur les marchés dinvestisseurs aux aguets. «Les besoins restent importants et vont en augmentant, en Asie notamment». Et dévoquer lémergence dune nouvelle classe moyenne qui aspire de plus en plus à se nourrir à «lEuropéenne». En outre, les céréales restent avant tout des denrées alimentaires. Le niveau de la demande est donc incompressible. Dans le même temps, les surplus vont séroder car la croissance de loffre demeure limitée. «Du moins tant que les surfaces arables ne reprennent pas du terrain», ajoute Dan Basse.
Huile de palme, sucre, blé, maïs ou encore colza. Pour toutes ces céréales, lopposition entre alimentation et carburant nourrit toujours le débat. Toujours est-il que lutilisation énergétique des denrées de base se profile comme tuteur de la demande. Aujourdhui, un tiers du maïs américain, soit quelque 100 millions de tonnes, est destiné à la fabrication de biocarburant. Les programmes de soutien sont plus que jamais dactualité, avec lélection de Barack Obama, fervent défenseur du secteur. Quantifier limpact des différentes politiques qui visent à développer le carburant vert reste difficile. Elles ne se limitent pas aux subventions. Les besoins en céréales dépendent surtout des objectifs quantitatifs dincorporation dans lessence ou le diesel. Si des voix sélèvent pour dénoncer leurs effets néfastes sur la sécurité alimentaire, les biocarburants offrent aussi de nouveaux débouchés pour secteur agricole. «A condition que des mesures appropriées soient mises en place», prévient la FAO dans le rapport édité en 2008.
Un marché en pleine mutation
Les récentes décennies de faiblesse des prix nont en effet pas encouragé les pays en développement à investir dans la productivité agricole. Aujourdhui, la donne a changé. Selon Dan Basse, lère de lalimentation bon marché a touché à sa fin en 2008: «Les prix resteront historiquement hauts.» Et la volatilité aussi. Un phénomène nouveau avec lequel il faudra compter: «Aujourdhui, tout investisseur peut sessayer à faire des affaires dans ce marché.» Référence à peine masquée aux fonds spéculatifs. Sur le qui-vive, ces derniers attendent pour se repositionner. Mais un éventuel rebond des prix des céréales exigera avant tout un climat plus favorable en 2009, et, donc, des besoins énergétiques plus importants. Le décor est planté.