Global Gestion : "la Banque de Chine met le feu aux poudres sur le marché de l'or"
Comment les fonds sélectionnés, à fin 2005 par Capital.fr, se sont comportés au cours de lannée 2006 ? Le point avec Jean-Bernard Guyon, gérant de Global Gold & Precious, un fonds or et métaux précieux qui affichait, au 16 novembre, une performance de +31,82% depuis le 1er décembre 2005.
Capital.fr : Votre fonds est depuis 5 ans toujours très bien classé dans la catégorie or et métaux précieux, lannée 2006 a-t-elle été plus difficile ?
Jean-Bernard Guyon : La performance est satisfaisante dans notre catégorie, mais elle est un peu en retrait si on la compare aux fonds de matières premières plus généralistes qui eux ont explosé. Les raisons du décalage sont d'ordre techniques : lencours du fonds a été multiplié par trois au premier semestre pendant que la spéculation battait son plein : en six mois, lonce dor est passé de 520 à 720 dollars. Nous n'en avons pas pleinement profité. Puis, le marché s'est retourné à partir du mois de mai, alors que la spéculation a pris fin avec la crainte dune poursuite de la remontée des taux dintérêts.
Capital.fr : Le coup d'arrêt marqué par votre fonds lorsqu'on regarde la performance sur les six derniers mois (-9,11%) sexplique-t-il uniquement par des raisons techniques ?
Jean-Bernard Guyon : Non, bien sûr. Les mines dor ont aussi pâti de la hausse du prix du pétrole et de la surchauffe du secteur minier. Dans le secteur, les investissements sélèvent désormais à 7 milliards de dollars, contre seulement 2 milliards en 2002. Résultat, il ny a pas assez de main duvre ni de matériel de forage et les coûts explosent. Enfin, le rendement de certaines mines diminue avec lâge, surtout après vingt ans dexploitation.
Capital.fr : Le fonds s'est finalement bien rattrapé, notamment sur le dernier mois (+10,09%), avec dans le même temps une reprise des cours de l'once d'or. Lors de notre dernier entretien, en septembre, vous ne voyiez pas une poursuite de la baisse sous les 580 dollars, mais plutôt un retour vers les 650/675 dollars à moyen terme. Jusqu'ici, votre scénario semble bien se réaliser.
Jean-Bernard Guyon : Oui. Les déclarations de la Banque centrale de Chine, dont les réserves de change sélèvent à 1.000 milliards de dollars, ont mis le feu aux poudres : lonce dor est remontée à 630 dollars lorsquelle a annoncé sa volonté de diversifier ses actifs : or, elle a peu dor ! Dailleurs, si vous observez lencours des trackers indexés sur l'or, il progresse. Les investisseurs pensent que les autres banques centrales asiatiques, qui croulent elles aussi sous les réserves de changes, pourraient suivre son exemple.
Capital.fr : Quelle est votre stratégie pour vous distinguer sur le marché des métaux précieux ?
Jean-Bernard Guyon : Global Gold & Precious est composé dactions de sociétés possédant des mines de métaux précieux, essentiellement de lor et aussi parfois de largent ou du platine. Le fonds comprend également des titres de valeurs "mixtes" : leurs gisements comprennent à la fois de lor et des filons de cuivre ou de zinc. Je ne sélectionne pas les actions qui évoluent uniquement en fonction du cours de la matière première. Leur valeur dactifs doit aussi augmenter grâce à leur croissance organique ou à leurs acquisitions.
En termes de capitalisation, le fonds est moins investi dans les grandes valeurs que l'indice des métaux précieux. Barrick gold (ABX) et Newmont Mining représentent au total moins de 10% du portefeuille, contre 35% dans lindice. Idem pour GoldCorp qui ne pèse que 8 à 9% du fonds, contre 15%. Je me concentre plus sur les valeurs intermédiaires comme la canadienne Agnico-Eagle, lafricaine RandGold, ou laustralienne Lihir. Leur croissance est plus forte et certaines d'entre-elles sont susceptibles dêtre rachetées.
Propos recueillis par Olivier Vilain.
Capital.fr 17/11/2006