Le Ghana : poubelle pour les "e-déchets"
Lactu : le Ghana est devenu ces dernières années lune des principales terres daccueil des déchets électroniques en provenance dEurope et des Etats-Unis. Des milliers dordinateurs hors-dusage y sont désossés et brûlés en plein air par des adolescents, dans des décharges insalubres. Objectif : récupérer le cuivre, revendu ensuite à létranger. Un business illégal mais toléré, aux conséquences dramatiques sur lenvironnement et la santé des ouvriers.
Le contexte
- La Convention de Bâle, entrée en vigueur en 1992, interdit tout échange de déchets contenant des substances toxiques vers les pays en développement.
- En Europe, deux textes règlementent la collecte et le recyclage des déchets. La directive « Déchets Electriques et Equipements Electroniques » (DEEE) impose aux producteurs dappareils électroniques de traiter les déchets de façon aussi écologique que possible lors de leur élimination. La seconde, intitulée « Restriction of Hazardous Substances » (ROHF), restreint les concentrations autorisées de six substances dangereuses (plomb, mercure, cadmium, chrome hexavalent, PBB, PBDE) dans les produits électriques et électroniques.
- Selon le Programme des Nations Unies pour lEnvironnement (PNUE), entre 20 et 50 millions tonnes de DEEE sont produits chaque année dans le monde. Seulement un quart des 8,7 millions de tonnes de déchets électroniques produits annuellement en Europe (dont 1,7 million en France), sont collectés et traités.
Lenjeu
Après avoir longtemps envahi lAsie (Inde, Chine, Russie
), ordinateurs, téléviseurs et frigos venus dEurope et des Etats-Unis débarquent ces dernières années en quantité industrielle dans les ports de pays dAfrique de lOuest comme le Ghana, le Bénin ou le Togo.
Officiellement, ces cargaisons dappareils hors dusage sont destinées à être « réutilisés ». Mais envoyer dans ces régions du matériel électronique en fin de vie permet surtout aux pays développés de sépargner un recyclage ou un retraitement des appareils sur leur territoire, souvent jugé trop coûteux et dangereux pour lenvironnement.
Sur les milliers de PC qui arrivent au port ghanéen de Tema, « seuls un ou deux sont récupérés pour les écoles du pays. Le reste part à la décharge », explique Nyaba Ouedraogo, un photographe franco-burkinabé, qui a enquêté sur place en janvier et novembre 2008.
A Accra, la capitale du Ghana, une véritable chaîne marchande sest ainsi mise en place autour du trafic des « e-déchets » : « Cest un business illégal mais toléré, car il représente une manne financière gigantesque » témoigne Nyaba Ouedraogo. « Les Ghanéens installés en Europe et aux Etats-Unis récupèrent les vieux ordinateurs et les envoient par bateau au port de Tema, où des grossistes rachètent les stocks. Les machines sont ensuite acheminées vers la décharge dAccra, où des acheteurs les récupèrent pour les faire brûler par des enfants. Le cuivre récupéré est alors revendu aux Nigérians ou aux Indiens, qui le transforment notamment pour fabriquer les bijoux bon marché vendus en Europe
»
Des conditions de travail désastreuses
La décharge dAgbogbloshie market sétend sur près de 10 km. Dès laube et jusquau coucher du soleil, des dizaines de jeunes ghanéens, âgés de 10 à 25 ans sy épuisent à la tâche. Sept jours sur sept. Leur mission : démonter les vieux ordinateurs et brûler certains composants en plastique ou en caoutchouc pour récupérer le précieux « copper », le cuivre qui sera ensuite revendu. Le tout à la main ou avec des barres de fer, outils de fortune dénichés au milieu des immondices. Ils nont ni masques, ni paires de gants. Pas même de toilettes aménagées.
Dans les bons jours, les enfants touchent 1 euro maximum. Mais les quelques jeunes adultes qui travaillent pour leur propre compte ne sen sortent guère mieux. « Les gamins sont livrés à eux-mêmes. Ce job est un moyen de survivre
à létat sauvage » constate Nyaba Ouedraogo. « Et ce sont les plus chanceux car ils ont réussi à être cooptés par un cousin ou un ami grossiste. Des centaines dautres jeunes rêveraient dêtre à leur place ».
Une catastrophe sanitaire et environnementale
Les enfants dAgbogbloshie market sont exposés à des substances et des matériaux particulièrement dangereux pour leur santé, que Greenpeace a analysés dans un rapport publié en 2008 :
- le plomb : présent notamment dans les tubes cathodiques des moniteurs, il peut endommager les systèmes nerveux, sanguins et reproductifs ;
- le mercure : présent dans les écrans plats, il peut abîmer le système nerveux et le cerveau, surtout chez les jeunes enfants ;
- le cadmium : présent dans les batteries dordinateur, ce produit toxique est dangereux pour les reins et les os ;
- le PVC : lorsquil est brûlé, ce plastique utilisé pour isoler les fils électriques émet substances chimiques cancérigènes et pouvant entraîner des problèmes dordre respiratoire, cardiovasculaire ou dermatologique.
« Après ma première journée passée à la décharge, jai éternué toute la nuit, mon nez coulait. Des enfants mont raconté quils crachent du sang ou ont des maux de tête violents après avoir aspiré la fumée noire qui flotte au-dessus de la décharge », raconte Nyaba Ouedraogo.
Les substances toxiques libérées lors des incinérations contaminent également le canal et le sol de la décharge, sur lequel vaches et moutons viennent paître, au milieu des carcasses dordinateurs.
Quelles solutions ?
Dans son rapport « Chemical contamination at e-waste recycling and disposal sites in Accra and Korforidua », Greenpeace demande à ce que les entreprises assument la responsabilité financière de la gestion de leurs appareils devenus obsolètes. Le surcoût pourrait alors être intégré dans le prix dachat du produit payé par le consommateur.
Autres pistes envisagées par lONG : concevoir des appareils électroniques sans substances toxiques et inciter lensemble des pays à adopter une législation très contraignante sur la gestion des « e-déchets ».
Certains fabricants ont déjà décidé de prendre eux-mêmes en charge la gestion des déchets de leur marque, comme le japonais Sony qui récupère et recycle lui-même 53% de ses appareils usagés.
..
..
..
http://www.geo.fr/environnement/actualite-durable/le-ghana-poube lle-pour-les-e-dechets-25740