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Marchés émergents : LA CRISE ALIMENTAIRE S’AGGRAVE EN AFRIQ

15 oct. 2009 23:25

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) s’est déclaré mercredi profondément préoccupé par le nombre croissant d’enfants affectés par la faim et la sécheresse dans la Corne de l’Afrique.

Djibouti, en Ethiopie, en Erythrée, au Kenya, en Somalie

Selon les dernières estimations de l’UNICEF, près de cinq millions d’enfants âgés de moins de cinq ans souffrent actuellement des conséquences de l’insécurité alimentaire chronique due à une sécheresse prolongée et à l’impact du conflit en Somalie, qui affecte d’autres zones de la région. Depuis mai 2009, le nombre de jeunes enfants ayant besoin d’une assistance d’urgence dans la Corne de l’Afrique a augmenté de près d’un million.

D’après des données de l’ONU, quelque 24 millions de personnes à Djibouti, en Ethiopie, en Erythrée, au Kenya, en Somalie et dans certaines parties de l’Ouganda ont désormais besoin d’aide alimentaire et d’autres formes d’assistance humanitaire, contre 20 millions au début de cette année. L’UNICEF estime que pour l’ensemble de l’année 2009, quelque 500.000 enfants de moins de cinq ans souffriront de malnutrition sévère.

La sécheresse actuelle est due à des précipitations faibles, qui sont inférieures de plus de 50% par rapport à la normale. Pour des pays comme le Kenya, il s’agit de la quatrième saison des pluies consécutive qui est inférieure à la normale.

L’UNICEF s’inquiète également que l’effet météorologique El Nino lors de la prochaine saison des pluies provoque des inondations dans la région, ce qui pourrait entraîner de nouvelles mauvaises récoltes et une augmentation des maladies liées à l’eau contaminée et à la malnutrition.

« Nous travaillons sur le terrain avec les gouvernements, les agences de l’ONU et les ONG partenaires pour renforcer les capacités sur le terrain pour des opérations humanitaires élargies, dans le cas où El Nino frappe durement la Corne de l’Afrique », a dit Elhadj As Sy, directeur régional de l’UNICEF pour l’Afrique australe et de l’Est.

Il a rappelé que l’UNICEF manquait d’argent pour faire face à ces besoins. « Nous appelons la communauté des bailleurs de fonds à augmenter rapidement leur soutien et à nous aider à renforcer la capacité des gouvernements et des acteurs humanitaires dans la Corne de l’Afrique à assister les enfants et les familles dans le besoin », a-t-il ajouté.

1 réponse

  • 16 octobre 2009 17:19

    Ne plus jouer à la loterie agricole en priant pour qu’il pleuve

    Interview Jacques Diouf, directeur de l’agence de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture

    Par VITTORIO DE FILIPPIS

    Jacques Diouf est directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

    Comment expliquez-vous la progression importante de l’insécurité alimentaire et la multiplication des risques de famine ?
    Nous avons dépassé le milliard de personnes en état d’insécurité alimentaire… contre 830 millions en 1996. Les risques de famines sont aggravés par des phénomènes climatiques extrêmes. Les situations de famines existent au Bangladesh, au Kenya, en Somalie, en Ethiopie, en Erythrée, en Inde ou encore au Guatemala, qui vient de décréter «l’état de calamité nationale». La Somalie fait face à la pire crise qu’elle ait connue depuis dix-huit ans. La moitié de sa population, 3,6 millions de personnes, a besoin d’une aide urgente. Parmi elles, plus d’un million de ruraux sont confrontés à une grave sécheresse.

    Le changement climatique est-il responsable de cette détérioration ?
    Son impact est important. L’Inde, par exemple, vient de subir deux situations climatiques extrêmes : une région frappée par la sécheresse pendant qu’une autre était inondée. Mais d’autres éléments expliquent ces urgences. Si nous regardons la Corne de l’Afrique (Erythrée, Ethiopie, Somalie, Kenya…), seulement 1 % des terres arables sont irriguées. La population dépend de la pluviométrie. Lors de la dernière grande crise alimentaire en Afrique de l’Est, j’avais dit à Kofi Annan [ex-patron de l’ONU, ndlr] : «Nous allons encore envoyer de l’aide, des artistes organiseront de grands concerts pour sensibiliser l’opinion publique. Mais très vite nous aurons une autre crise si nous n’agissons pas sur les causes structurelles du problème et nous constaterons que rien n’a chang酻

    Diriez-vous la même chose aujourd’hui?
    Oui. Nous n’avons pas attaqué ces causes profondes. L’insécurité alimentaire ou pire les famines dépendent d’un élément essentiel : l’investissement. Or, la part de l’agriculture dans l’aide publique au développement est passée de 17 % en 1980 à 3,8 % en 2006. En 1980, la Banque mondiale consacrait 30 % de ses ressources à l’agriculture contre 6 % en 2006. Dans le 9e FED (Fond européen de développement), l’UE n’a consacré que 4,5 % à l’agriculture aux pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique).

    Quelle doit être l’urgence prioritaire ?
    Lever la contrainte de l’eau. En Afrique, 7 % des terres arables y sont irriguées, contre près de 40 % en Asie. Nous ne pouvons plus jouer à la loterie agricole : mettre des semences, des engrais, des financements en priant pour qu’il pleuve. Nous devons aussi nous concentrer sur l’amélioration des moyens de stockage et des infrastructures routières. Mais dans cette chaîne de production, c’est l’achat des productions des agriculteurs à des prix rémunérateurs qui reste l’un des enjeux les plus cruciaux. Et le plus compliqué.

    Vous pensez aux politiques de libéralisation de l’agriculture qui mettent en concurrence de manière inégale les paysans du monde entier ?
    Les institutions internationales n’ont cessé de marteler aux pays du Sud : «Il n’est pas rentable de produire localement ce que vous pourriez acheter sur les marchés mondiaux agricoles où les prix sont relativement faibles…» En outre, nous sommes passés de monopoles publics qui permettaient de stabiliser les cours des denrées agricoles à des entreprises privées monopolistiques au plan national.

    Ces firmes font une véritable razzia en achetant les terres…
    Il faut encourager l’investissement étranger direct dans l’agriculture, mais il faut mettre fin aux acquisitions abusives de terres par des multinationales. Ce problème n’existe pas seulement en Afrique, mais aussi en Amérique latine, en Europe centrale et de l’Est. Par exemple, c’est le cas de la multinationale sud-coréenne Daewoo, qui avait annoncé la signature d’un accord portant sur l’exploitation de 1,3 million d’hectares avec le gouvernement malgache pour produire du maïs et de l’huile de palme.

    A destination du marché malgache ?
    Absolument pas. Il s’agissait d’exporter ces productions vers les pays d’origine et les marchés des multinationales. Il est temps d’établir un code de bonne conduite de ces investissements pour, notamment, moraliser l’acquisition de l’eau et des terres.

    Chaque sommet, on annonce des aides pour éradiquer la faim. Où en est-on?
    Les pays en développement devraient pouvoir compter sur près de 21 milliards de dollars pour les trois ans à venir. A la FAO, nous avons mobilisé, sur ressources propres et fonds fiduciaires ainsi que sur financement de la facilité de l’UE, 400 millions de dollars pour réaliser des projets de fourniture de semences d’engrais, d’aliments pour le bétail et de petit matériel à des petits agriculteurs pauvres.

    Comment va évoluer cette situation ?
    Il y a une prise de conscience.

    Mais vous dites ça à chaque fois…
    Pour la première fois, au G8 en Italie, les plus riches ont décidé de donner la priorité au renforcement de la capacité de production agricole des petits producteurs. Pour nourrir la planète, il faut produire là où les gens ont faim… Cette évidence a été acceptée grâce à Obama. Il a organisé un tour de table auprès de ses pairs du G8 et a présenté le résultat de ses consultations : «Nous avons des promesses de contribution de 21 milliards de dollars.» Puis d’ajouter : «Mais nous avons la réputation au G8 de ne jamais respecter nos engagements. J’espère que cette fois-ci nous allons mettre en place les mécanismes de suivi pour que les engagements soient respectés…»..

    21 milliards sur trois ans, c’est assez ?
    Il faut 42 milliards de dollars par an d’aide publique au développement en plus des financements des budgets nationaux et du secteur privé pour éradiquer la faim dans le monde d’ici à 2025. C’est peu, comparé aux 1340 milliards de dollars dépensés annuellement pour l’armement.

    Bureaucratique, peu réactive, la FAO a été pointée du doigt…
    Un audit externe a confirmé que la FAO avait diminué de 30 % son personnel depuis 1994 alors que le nombre de ses Etats membres passait de 169 à 193… Notre budget s’élève à 500 millions de dollars par an pour 3000 personnes. Voilà la vérité.

    Vous êtes depuis quinze ans à la tête de la FAO… Ne faudrait-il pas changer ?
    J’ai été élu trois fois à bulletins secrets par des gouvernements souverains. La troisième fois, aucun des 191 pays membres n’a présenté de candidat contre moi.


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