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Huit étapes pour comprendre la manuvre de la BNS et ses risques
10. septembre 2011, 20h16
Jean-Claude Péclet | Le Matin Dimanche
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Après les mesures infructueuses prises en 2010 et cet été, linstitut démission a recouru cette semaine aux grands moyens. Voici comment fonctionne le mécanisme de lutte contre le franc fort annoncé mardi, et les dangers quil recèle. Ils sont élevés, estiment les spécialistes.
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Key stone
Mardi 6 septembre, la Banque nationale suisse (BNS) a sorti le grand jeu pour contrer la surévaluation du franc suisse, jugée «extrême». La BNS ne «tolérera plus» de cours inférieur à 1 fr. 20 pour un euro sur le marché des changes, dit le communiqué de neuf lignes annonçant la mesure. la BNS est prête à acheter des devises «en quantités illimitées» pour soutenir ce cours plancher.
Afin de mieux comprendre ce que cela signifie, voici les montants en jeu, les mécanismes à luvre et les risques de la manuvre. Philipp Hildebrand, président du directoire, ne cache pas quils sont importants: «La Banque nationale sengage sur une voie exigeante, a-t-il déclaré. Nous devons accepter que le prix à payer puisse être très élevé. Nous en assumons la responsabilité. Car ne pas agir entraînerait pour notre économie des dommages énormes à long terme.»
1. LEURO PLONGE
Alors quil résistait encore aux alentours de 1 fr. 50 à fin 2009, le cours de la monnaie unique est tombé pratiquement à la parité avec le franc suisse cet été. Ce cours est fixé chaque jour sur un marché des changes dont le volume est gigantesque. La Banque des règlements internationaux lestimait en avril 2010 à 4000 milliards de dollars par jour, en moyenne. En 2001, il nétait encore «que» de 1000 milliards de dollars par jour. Le développement fulgurant du négoce électronique à haute fréquence explique cette forte progression. Il est intéressant de relever que deux tiers des transactions ont une maturité inférieure à sept jours. Sur ce montant colossal, 6,4% des transactions concernent le franc suisse. Cela fait 250 milliards de dollars, quil faut diviser par deux car les échanges sont comptabilisés dans les deux sens, soit environ 120 milliards de francs par jour. Ce chiffre doit être pris comme une estimation; il peut être sujet à de très fortes variations, en particulier pendant les périodes dinstabilité.
2. LA BNS FIXE UN COURS PLANCHER
Après plusieurs tentatives infructueuses pour freiner la baisse de leuro (achats de devises, baisse des taux, injection de liquidités), la BNS a décidé de soutenir à tout prix un cours plancher de 1 fr. 20, ce qui revient à sarrimer à leuro dans un des deux sens (sil remonte, il ny a bien sûr pas de cours à tenir). Cest une mesure exceptionnelle, qui avait été prise la dernière fois en 1978 face au Deutsche Mark. Le premier effet espéré est psychologique: si les spéculateurs savent que la BNS empêchera par tous les moyens le franc de sapprécier, ils se rabattront sur dautres monnaies refuge (nordiques, par exemple), ou lor. Cest le scénario idéal; dans ce cas la BNS na pas à intervenir, la menace suffit.
3. LES SPÉCULATEURS TESTENT LA LIMITE
Il est néanmoins probable que, passé le premier choc, les investisseurs reviendront vers le franc suisse. Des fonds spéculatifs américains ont déjà annoncé quils le feront dici quelques semaines. Ils seront dautant plus tentés que les nouvelles de la zone euro resteront mauvaises cest lhypothèse la plus vraisemblable. Les achats de francs suisses pèseront ainsi à court ou moyen terme sur le cours plancher fixé par la BNS. Dans ce cas, pour garder sa crédibilité, celle-ci devra acheter les euros. Comment saura-t-on quand elle en achète, et combien? «Sur ces questions nous ne donnons pas dinformations», dit la BNS. Ses statistiques montrent un peu les mouvements dans le niveau des devises, mais avec retard et de façon sommaire.
4. LA BNS CRÉE DES FRANCS
En contrepartie des achats deuros, la BNS crée des francs, ce qui relève de son monopole de la monnaie. Elle ne fait pas «tourner la planche à billets», car les quelque 48 milliards de francs que totalisent les billets de banque déjà en circulation suffisent aux besoins de léconomie suisse. La BNS investit les euros achetés dans des obligations dEtat, dautres obligations ou des actions. Ceci apparaîtra à lactif de son bilan. Les francs émis en contrepartie sont comptabilisés, eux, au passif du bilan.
5. LE BILAN GONFLE
Plus la BNS est amenée à intervenir pour soutenir le cours plancher, plus son bilan gonfle. Il était à fin juillet 2011 de 249,5 milliards de francs, soit à peu près la moitié du produit intérieur brut (PIB) suisse. Théoriquement, vu les montants en jeu sur le marché des changes, ce bilan pourrait enfler très fortement en cas de pression sur leuro et dépasser le PIB de la Suisse.
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LES FONDS PROPRES DIMINUENT
Les précédentes mesures prises par la BNS en 2010 et 2011 ont fait fondre les provisions et fonds propres de 65 milliards de francs à 16 milliards à fin juillet. Lannonce de mardi, qui a fait remonter leuro à 1 fr.20, regonfle les réserves. Pour la suite, il y a plusieurs scénarios. Optimiste: leuro tient bon, la BNS revend ses devises avec profit et reconstitue ses fonds propres. Pessimiste: leuro repart à la baisse et, au final, la BNS est contrainte de déboucler ses positions. Elle y perd des dizaines de milliards de francs et doit être recapitalisée. Entre les deux, il y a une gamme de scénarios intermédiaires. «La BNS a pris un énorme pari, disent en substance trois spécialistes interrogés. Elle a arrimé le franc suisse à une zone monétaire quelle ne contrôle pas et dont létat de santé inquiète.»
7. DES BANQUES REGORGENT DARGENT
Il y a un autre risque. En créant des francs pour acheter les euros, la BNS augmente la masse monétaire par le canal des comptes de virement des banques suisses. Ces dernières disposent ainsi sur le marché interbancaire dun argent extrêmement abondant qui ne leur coûte pratiquement rien. Les banques commerciales nont pas besoin demprunter ailleurs et prêtent à leur tour à des taux extrêmement attractifs aux clients particuliers.
8. LES PRIX AUGMENTENT
Or les biens disponibles sur le marché suisse, notamment immobiliers, sont limités. Dans ce cas de figure, les prix ne tardent généralement pas à prendre lascenseur. On la vu entre 1978 et 1982, quand le marché immobilier a connu une inflation de 32% à 52% selon les objets, et que les prix à la consommation ont grimpé de 23% en quatre ans. Actuellement, Hongkong et Israël font la même expérience inflationniste pour avoir voulu soutenir le cours du dollar. En conclusion, disent les experts interrogés, la BNS satisfait à court terme les exportateurs menacés en fixant un cours plancher pour leuro. A moyen terme, elle crée un risque élevé dinflation dont les épargnants seront les victimes et la Suisse est un pays dépargnants. Ce risque sera moins élevé si léconomie suisse connaît un fort ralentissement, rendant du coup le franc moins attractif et accentuant la pression déflationniste. Cest ce que semble penser la BNS.