Voilà une analyse solidement argumentée et qui devrait faire réfléchir les politiciens de tous bords. Mais savent-ils réfléchir ?
On entend dire de plus en plus, et notamment à gauche, que, pour trouver de nouvelles ressources fiscales, il « ny a quà » taxer davantage les revenus du capital. Certains économistes comme Natixis vont jusquà affrmer quil y aurait à ce titre un matelas inutilisé de 40 milliards de taxation supplémentaire du patrimoine des Français. Il faudrait donc imposer ces revenus comme ceux du travail, soit au total à environ 40%, alors quà lheure actuelle les revenus du capital ne sont globalement taxés quà 15,1% selon le Conseil des Prélèvements Obligatoires (CPO), qui a calculé pour 2007 un rendement de limpôt de 24,2 milliards sur une assiette de 160 milliards. Eh bien non !
1. Les revenus du capital sont maintenant taxés à 31,3% et lassiette de 160 milliards est théorique.
En quelques années le taux dimposition sur les revenus du capital est passé de 27% à 31,3%, notamment pour financer des dépenses sociales comme le RSA. Quant au dénominateur du calcul aboutissant à une imposition globale de 15,1% daprès le CPO, cest-à-dire lassiette de limpôt, cette assiette comprend notamment 17 milliards qui sont les revenus de lépargne populaire (livret A et autres livrets, épargne dentreprise, assurance-vie en unités de compte) dont personne ne prétend quil faudrait les imposer. Cela change beaucoup les données du calcul, dautant que les 160 milliards dassiette comprennent aussi 9 milliards correspondant à la déduction des charges locatives, quil ne serait pas juste de remettre en question, et enfin 36,5 milliards qui sont les intérêts payés pour lacquisition du capital immobilier.
2. Il faut tenir compte de limposition du capital lui-même.
Les statistiques comparatives dEurostat tiennent à juste titre compte de limposition sur le « stock » (ISF, taxes foncières, droits de mutation) et de limposition sur le « flux » (les revenus). Pourtant, ce sont bien, du point de vue économique, les revenus qui permettent de payer limposition sur le stock, et en particulier lISF [1]. Pour le dire autrement, le revenu est ce qui reste à dépenser sans avoir à prélever sur le patrimoine. Si le patrimoine est déjà entamé par limposition sur le « stock », cest le revenu qui est imputé dautant. Cest une différence essentielle avec les revenus du travail, le capital humain nétant pas taxé en sus des revenus comme ce qui se passe pour les revenus du capital.
Limposition totale du « stock » et du « flux » ressort alors à 65 milliards et non plus à 24,2. Même en prenant comme base 160 milliards de revenus du capital, le taux dimposition devient 40,6%, identique à celui de limposition des revenus du travail.
3. La fiscalité ne tient pas compte de lérosion monétaire.
Cest la principale injustice fiscale du système français, et celle qui résulte en une imposition en vérité à 100% des plus-values, celles précisément que Natixis par exemple voudrait imposer davantage.
Le fisc français pratique le nominalisme monétaire en raisonnant en euros courants à la différence des instituts de statistiques qui raisonnent en euros constants. Les plus-values ne sont que la capitalisation des revenus acquis pendant la période de détention du bien. Il faut donc tenir compte de lérosion monétaire qui atteint ces revenus.
Si par exemple mon revenu annuel dun capital de 1.000 est de 3% (chiffre moyen), et que linflation est égale à 2%, mon revenu réel nest égal quà 1%, soit 100 au lieu de 300 nominal. Mais jaurai été imposé sur 300 à 31,3%, donc à 93,3%, ce qui signifie que mon revenu final après impôt sur le revenu est quasiment nul.
En outre, ce calcul ninclut aucune imposition sur le « stock ». A la fin du compte, mon revenu est devenu négatif et jaurai dû prélever sur mon patrimoine.
Ce raisonnement est bien entendu valable pour toutes les plus-values, que le capital soit investi en valeurs mobilières, assurances-vie ou immeubles.
En résumé, taxer les revenus du capital encore davantage nest pas la solution. En dix ans, de 1997 à 2007, les prélèvements obligatoires sur les revenus du patrimoine ont fait bien plus que doubler, de 10,2 à 24,2 milliards, et, imposition du capital compris, la France se situe dans le peloton de tête de lEurope, et 12 points (soit 42%) au-dessus de la moyenne de lEurope à 27.
Plus prosaïquement, limposition sur le capital représente 65 milliards alors que lassiette de cette imposition rapporte au mieux 160 milliards de revenus, dont 17 ne peuvent que continuer à échapper à limpôt. On peut reprendre ces chiffres de toutes les façons possibles, il ny a pas grand-chose à espérer de plus pour les finances publiques, et notamment pour combler le déficit des retraites. Sauf bien entendu à
supprimer le capital dont la France a tant besoin, et tuer la poule en même temps que lon consomme ses ufs. Avec lISF et les impôts sur les plus-values non corrigées de linflation, on aboutit à une spécificité française dont le résultat est bien entendu la fuite des détenteurs de capitaux.
Bertrand Nouel
Ifrap