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Faut-il quitter la France ?
On ne sait pas précisément combien de Français quittent chaque année le pays pour sexpatrier, on nen connaît même pas toujours précisément les raisons, mais ce dont on est absolument certain, cest quils sont de plus en plus nombreux, et que cela concerne désormais toutes les catégories de personnes, dans tous les milieux.
Le ministère des Finances annonce un chiffre de trois cents contribuables très fortunés qui sexilent ainsi chaque année pour raisons fiscales, mais il est fort probable que le nombre total de candidats au départ, quels que soient leur niveau de richesse et leurs motivations, dépasse largement plusieurs dizaines de milliers dexpatriés annuellement. Daprès tous les observateurs, la tendance nest ni à la stabilisation ni à la baisse. Au contraire.
Le problème nécessite dêtre pris très sérieux, et nul ne sait réellement limpact quil peut avoir sur la société française, encore moins sur léconomie française.
Ceux qui partent sont généralement des forces vives, des individus potentiellement proactifs, des investisseurs, des entrepreneurs, des ingénieurs, des scientifiques, des étudiants de haut niveau, des chercheurs, des cadres dirigeants, des cadres supérieurs, des créatifs, des inventeurs, des visionnaires. La nouveauté, cest quils ne sont plus seulement issus de la matière grise, de plus en plus de travailleurs, des gens dynamiques et actifs qui nont pas forcément fait de longues études, trouvent des opportunités ailleurs. Tous ces gens sont simplement déçus par la décroissance de la France, et décident de partir chercher ailleurs ce quils ne trouvent pas dans leur pays.
Gardons bien à lesprit que le modèle français est considéré partout à lextérieur comme très qualitatif, il est perçu comme un système sans faille, parfait, idéal, envié même, où tout le monde semble vivre heureux dans le meilleur environnement possible, bref une idée vieille de trente ans.
Par conséquent, le Français sera toujours accueilli de la meilleure manière qui soit partout ailleurs, le capital sympathie est tellement important quon ne voit plus très bien où sont les freins au départ.
Quand on regarde les choses en face, ou de lintérieur, on est bien obligé de constater quil y a un écart absolument énorme entre ce que le pays est censé être, et ce quil est vraiment, ou encore ce quil est censé apporter, et ce quil apporte vraiment. Pendant longtemps, cet écart pouvait être supporté, mais à force de se creuser davantage, il est devenu suffisamment inacceptable pour déclencher chez certains limpulsion du projet de départ.
On ne peut pas reprocher le manque dobjectivité de ceux qui quittent le navire avant quil ne sombre. On ne peut pas non plus critiquer leur manque de patriotisme, ou dhonneur. Dans un monde global, où lindividualisme est un mode de vie largement répandu et même plébiscité, il nest pas anormal de penser quon puisse trouver mieux ailleurs, surtout quand cela devient criant de vérité, et quil suffit de voyager un peu (réellement, ou simplement sur lInternet) pour sen rendre compte.
La France donne des signes incontestables de déchéance. Le pays est techniquement en situation de faillite, et le terme nest pas exagéré. Faillite économique et financière, dabord, et faillite sociale ensuite. Dans tous les domaines, il est devenu très difficile de trouver des raisons valables pour rester vivre en France. Tous les indicateurs sont dans le rouge. Certains affirment même que dans bien des cas, il nest plus possible de faire machine arrière sans une rupture brutale, et forcément toujours dramatique.
On pourrait évoquer quelques domaines où le malaise est fortement présent.
Le système éducatif français nest plus à la hauteur, il est complètement à la dérive, à tous les niveaux. Le corps enseignant est démobilisé et rendu inefficace, les infrastructures sont inadaptées, les résultats sont catastrophiques. Quand le ministère de lÉducation annonce 82% de réussite au baccalauréat, les professeurs, eux, affirment quon ne dépasserait pas 30 ou 40% si lon appliquait les mêmes règles quil y a dix ans. Nos universités sont des dortoirs à étudiants qui nont aucune vocation à y entrer. Pour bénéficier dun environnement éducatif un peu meilleur, il faut pouvoir intégrer des établissement privés, qui ne sont donc pas à la portée de toutes les bourses.
Les nouvelles générations de Français sont des individus formatés pour être systématiquement et lourdement assistés, qui nont aucun goût pour le travail ou laction proactive. Des idées simples, telles que leffort amène la récompense, le travail est un mal nécessaire ou la réjouissance passe par le travail ont disparu de leur système de pensée.
La France disposerait a priori dun bon réseau de santé et offre une bonne couverture sociale. Malheureusement, laccueil quon nous réserve dans les hôpitaux se dégrade. Le niveau des équipements et des technologies nest plus pertinent. On ne peut pas facilement être pris en charge dans des unités spécialisées pour bénéficier des meilleurs soins, on entend même ici ou là que pour se faire opérer par un spécialiste, il faut pouvoir payer des honoraires supplémentaires... plus ou moins discrétionnaires.
On ne cesse de le répéter, la France est championne du monde de la fiscalité la plus lourde, mais aussi la plus injuste. Cette seule raison pourrait suffire à tous nous faire fuir, parce que partout ailleurs la charge qui pèse sur le fruit de notre travail serait inférieure.
Dans le domaine de lentreprise, créer une société ou se mettre à son compte implique désormais des risques qui peuvent rapidement savérer insurmontables, les gens sont découragés lorsquils observent lexpérience de ceux qui sy sont essayés. Les mauvaises surprises saccumulent quotidiennement, sans compter la dégradation de limage du patron dans le pays. Lentrepreneur devrait être valorisé avec la plus haute distinction, puisquil est lunique maillon de la chaîne économique qui est à lorigine de la création des richesses, et qui uvre surtout pour les autres, en définitive.
La France offre une grande liberté de façade, mais en réalité la complexité de ses règles, et la multiplicité des associations dont le but est daugmenter les droits de certains en diminuant ceux des autres font quil devient de plus en plus difficile dévoluer librement, ou dentreprendre librement.
En France, la Justice est à deux vitesses, voire à trois vitesses (on observe un traitement différent pour les riches, pour les pauvres, et pour les affaires médiatisées). Quand on interroge les Français au sujet de la Justice, ils sont 75% à penser quelle est injuste dans leur pays.
On pourrait passer des heures à lister tous les problèmes qui saccumulent en France, on pourrait parler du pouvoir dachat qui baisse du fait de laugmentation des prix, de limpact de leuro, de laugmentation des charges directes et indirectes inévitables sur les individus, de la situation des entreprises qui étouffent et se retrouvent souvent au bord du gouffre, et de tout ce qui est soutenu artificiellement, on pourrait encore parler dinjustice, de criminalité en hausse, dinsécurité, et de la dégradation de la qualité de vie en général.
Certains se demandent sil ne faudrait pas tout recommencer à zéro, en mettant tout à plat une fois pour toute, en tapant du poing sur la table. Politiquement, le pays ne devrait-il pas être dirigé par un dictateur visionnaire et sage plutôt que par des alternances de droite et de gauche qui lont mené où il est aujourdhui, et qui continueront dans une voie similaire, probablement dans un cadre démocratique qui nen porte plus que le nom ?
Pourquoi reste-t-on en France aujourdhui ? Pour une majorité dentre nous, il est encore difficile dadmettre quon puisse laisser derrière soi lendroit où on a toujours vécu, son travail, sa famille, sa maison, ses projets, son pays, ne serait-ce que par principe. Le véritable frein aujourdhui, ce nest pas le patriotisme, mais plutôt un facteur psychologique lié à la peur de linconnu, qui sestompe néanmoins.
Par ailleurs, je ne suis pas persuadé que ceux qui quittent la France le font exclusivement pour des questions financières, la majorité des expatriés que je rencontre partout dans le monde (en Amérique du Nord, en Asie, au Moyen-Orient ou un peu partout en Europe) certifient quils ont surtout cherché une meilleure qualité de vie, plus de tranquillité, plus de liberté, moins de criminalité, plus de visibilité à long terme, plus de sécurité, moins de pressions diverses, plus de joie de vivre. Largent vient souvent après toutes ces considérations naturelles et humaines.
Un autre élément troublant est que la plupart de ces gens qui partent ne souhaitent pas revenir en France si la situation saméliore, certains garantissent même quils ne reviendraient pour rien au monde.
Jai bien peur que par la force des choses, de plus en plus de gens vont trouver évident de quitter la France pour trouver mieux ailleurs, ils découvrent que ce projet personnel est finalement assez réaliste et plutôt facile à faire aboutir.
Nous sommes à un seuil où les Français les plus actifs, vivant seuls, et ils sont nombreux, nauront plus aucun complexe à quitter la France, et pourquoi pas lEurope. Ce mécanisme me paraît inéluctable et hautement dangereux, et je ne vois pas bien ce qui pourrait le limiter ou linverser ; il résulte naturellement dune politique nationale et européenne déplorable dans bien des domaines.
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