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Futures (Marchés à terme) : LA DICTAT.URE DE L'INSOUCIANCE

05 avr. 2011 23:31

Deux sujets, en apparence sans rapport, ont occupé et occupent encore les esprits : la crise financière mondiale et l'accident nucléaire au Japon. De fait, ils ont d'innombrables points communs. 1. Ce sont des événements dus à l'avidité financière. Les banques américaines dans un cas, l'opérateur nucléaire japonais dans l'autre, ont provoqué des désastres par leur recherche de profits illimités, sans tenir compte des risques. Résultat : aux Etats-Unis, plus de 15 % de la population est en faillite ; au Japon, les dommages coûteront sans doute plus de 5 % du PIB et une zone aujourd'hui habitée par plusieurs millions de personnes sera durablement contaminée. 
2. On n'est pas passé loin d'une catastrophe mondiale. Dans le premier cas, une dépression planétaire a manqué de provoquer l'effondrement du système bancaire et économique international. Dans l'autre, un accident nucléaire majeur aurait pu causer une pollution radioactive irréversible sur une partie importante de la Terre. 
3. La gestion de ces deux crises a entraîné et entraînera d'immenses dépenses publiques, qui ont aggravé et aggraveront les dettes des pays les plus riches, accélérant le déplacement du centre de gravité du monde. 
4. L'humanité n'a pas les moyens de financer les conséquences d'une autre catastrophe de même ampleur. Si une nouvelle crise financière mondiale se déclenchait, il serait impossible de couvrir les pertes des banques, et leur nationalisation s'imposerait. Si un nouvel accident nucléaire majeur se produisait, on serait sans doute amené à fermer, au moins provisoirement, toutes les centrales en service dans le monde. 
5. Et pourtant, on ne tire pas de ces crises les leçons pour éviter les suivantes. En matière financière, rien n'a véritablement changé : aux Etats-Unis, aucune réglementation prudentielle n'a été réellement mise en place et les banques continuent de tirer l'essentiel de leurs profits des activités spéculatives. Au Japon, personne ne se pose la question de ce qui serait arrivé si le tsunami avait submergé Tokyo, ville gagnée sur la mer, que ne protège aucune digue. Dans le monde entier, on continue de commercialiser sans contrôle des centrales nucléaires sommaires et bon marché. 
En fait, tout cela peut se comprendre. L'humanité - c'est le cas de chacun de nous - déteste les mauvais souvenirs, et nul n'aime penser que les malheurs peuvent revenir ; nous préférons vivre sous la dictature de l'insouciance. Cela ne peut conduire qu'à des catastrophes, en particulier à la victoire ultime de ceux qui prétendront protéger l'humanité de ses démons en interdisant le risque, l'inattendu, l'étranger, la liberté : la dictature de l'insouciance prépare la fin de la démocratie. 
En France, c'est à cet aune qu'il faudra juger la prochaine déferlante des programmes présidentiels : en quoi s'attaquent-ils aux problèmes de fond de la société française ? En quoi peuvent-ils doter le pays des moyens de résister aux dangers du monde et de profiter de ses promesses ? En quoi protègent-ils des catastrophes annoncées ? Pour l'instant, on est loin de ces exigences.  

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