La BCE va baisser ses taux d'intérêt di 17:57 31/05/08
LE REVENU Semaine du 30 mai au 5 juin 2008 N° 972.
«La BCE va baisser ses taux d'intérêt directeurs»
L'analyse de Mathilde Lemoine, directrice des études économiques et de la stratégie de HSBC France
Son parcours
Docteur en sciences économiques et diplômée de l'université de Paris-Dauphine, Mathilde Lemoine a débuté sa carrière en 19% en qualité d'enseignant-chercheur. Avant de rejoindre HSBC en 2007, elle a été conseiller auprès du Premier ministre Dominique deVillepin, de 2005 à fin 2006. Elle est membre du Conseil d'analyse économique.
«Le ralentissement outre-Atlantique se prolongera jusqu'à la fin de l'année 2009», prévient Mathilde Lemoine en évoquant les perspectives de croissance de la première économie mondiale. La directrice des études économiques de HSBC France n'est guère optimiste au sujet des États-Unis, même si les récentes statistiques relatives à la consommation des ménages et au marché du travail ont été supérieures aux attentes. En avril, les ventes au détail, hors automobiles, ont progressé de 0,5% tandis que les économistes prévoyaient 0,2% seulement. Et le paquet fiscal de 150 milliards de dollars, mis en place par l'administration Bush avec l'appui du Congrès, ne parviendra pas à redresser durablement la situation. Les chèques envoyés depuis le début du mois de mai par le Trésor à 130 millions de ménages américains soutiendront les dépenses de consommation. Mais l'effet de ce stimulus ne devrait pas se prolonger au-delà du second semestre 2008 : «II stoppera momentanément la décélération de la croissance qui retrouvera sa tendance des le début de l'année 2009.» Ainsi, la stratège de HSBC anticipe 1,5% de croissance du produit intérieur brut en 2008 aux États-Unis puis 1,2% en 2009.
«Le point bas de la crise immobilière américaine n'a probablement pas encore été atteint»,constate Mathilde Lemoine. Elle considère qu'il s'agit d'un élément important de l'analyse de l'évolution de l'économie mondiale. Car, du point de retournement de cette crise immobilière dépendra l'amélioration de la compréhension de l'évolution des marchés financiers. En se démarquant d'un certain nombre de ses homologues plus optimistes qu'elle l'économiste n'anticipe pas d'amélioration du marché immobilier avant la fin de l'année, ou, au mieux, au troisième trimestre. Par ailleurs, la stratège reste très sereine face à la flambée des prix à la consommation. Elle n'anticipe qu'une légère accélération de l'inflation au niveau mondial. Aux États-Unis, le ralentissement de l'activité entraînera assez rapidement celui de linflation intérieure.
«Même si l'inflation importée reste élevée, elle se tassera davantage que dans d'autres pays, et notamment en zone euro», précise Mathilde Lemoine. Ainsi, après une pause, la Fed poursuivrait son mouvement de baisse des taux directeurs jusqu'à 1% au début de l'année 2009.
«La Banque centrale européenne baissera ses taux d'intérêt directeurs en fin d'année», anticipe la stratège de HSBC. Elle fonde sa prévision sur la poursuite de la décélération du rythme de croissance dans la zone euro. Le fort rebond de l'économie allemande au premier trimestre était lié à des facteurs très conjoncturels. Mathilde Lemoine pense qu'une forte correction est à prévoir dès le prochain trimestre. Ainsi, la zone euro pâtirait d'un moindre dynamisme des investissements des entreprises et de l'investissement résidentiel. En outre, les exportations ralentiront, non seulement vers les États-Unis, mais également vers le Royaume-Uni, premier client de la zone euro. Si l'économiste de la banque HSBC ne prévoit pas de nouvelle appréciation de l'euro contre le dollar, en revanche le niveau élevé de la monnaie unique pèsera aussi sur les exportations.
«L'euro pourrait se tasser dès que les anticipations de baisse des taux d'intérêt directeurs seront intégrées par les marchés», indique Mathilde Lemoine. Le ralentissement assez fort de la croissance, à 1% en rythme annuel au quatrième trimestre 2008 et au premier trimestre 2009, devrait ouvrir la voie à une baisse de 25 points de pourcentage des taux directeurs de la banque centrale européenne. Le principal taux revenant ainsi à 3,75%. Ce coup de pouce de la politique monétaire serait favorisé par un reflux de l'inflation. L'indice des prix pourrait se replier vers 2,7% en décembre.
Hubert Couëdic