Licencié pour avoir respecté le client :
Denis Mendras, conseiller clientèle à la Caisse dépargne dAubenas, vient dêtre licencié après avoir refusé de vendre un placement financier .
« Au vu de lensemble des éléments, je vous licencie pour faute grave », cest en substance la teneur de la lettre de licenciement que Denis Mendras, conseiller clientèle à la Caisse dépargne dAubenas depuis dix ans, a reçu il y a quelques semaines. Son erreur : ne pas avoir tout fait pour vendre un produit financier peu adapté à son client, promu par une agence de consulting. Le 5 mai, Denis Mendras accepte un « rendez-vous en tandem » (avec le consultant) afin de proposer à un de ses clients ce placement - un montage financier indexé sur un panier dactions. Lors du rendez-vous, lintervenant présente son fonds commun de placement, mais, pour Denis Mendras, « il la présenté de façon mensongère. Le client sest rapidement positionné contre ce placement, alors je lui ai proposé un autre moins risqué. Ce quil a accepté. Pendant que je saisissais lordre dachat, le consultant a continué à le harceler. » Le conseiller clientèle rapporte que « ce client a fini par semporter. Lentretien en est resté là. » Dans laprès-midi, Denis Mendras fait part de son mécontentement à son supérieur. Lequel ne réagit pas.
Plus tard dans la soirée, le chargé de clientèle apprend que « dautres collègues avaient, également, rencontré des difficultés, lors de rendez-vous » similaires. Ce qui le pousse à refuser de réaliser dautres rendez-vous en tandem. « Mon chef est venu me voir en me disant : "tu nas pas le choix. Tu nes pas en position de refuser les compétences dun professionnel." Je nai pas cédé », relate-t-il. Lépisode aurait pu en rester là. Sauf que « le directeur dagence et le consultant ont dit à leurs supérieurs que javais saboté la mission », ajoute-il. Après vingt-cinq ans passés chez lÉcureuil, Denis Mendras est « atterré » et refuse quon le taxe de défaut de conseil dans la mesure où il a « trop le respect du client. Aujourdhui, nous ne sommes plus des conseillers bancaires mais des commerciaux qui doivent vendre des produits sur lesquels on dégage le plus de marge. »
Cette recherche du quantitatif à tout prix, Jean-Paul Krieff, délégué central CGT, la combat au quotidien. À lagence dAubenas, une collègue de Denis sest également vue reprocher davoir « respecté son client ». Pour ces deux employés qui approchent de la cinquantaine, leur culture bancaire est « en décalage total, avec ce qui leur est aujourdhui demandé. Tous les jours, leur direction leur soumet une feuille avec des objectifs à atteindre. Si le conseiller clientèle fait entrer de largent, mais ne vend pas les produits du jour, alors son bilan ne sera pas bon », insiste le syndicaliste.
Le dossier de Denis Mendras va passer en conseil de discipline national (CDN), une instance paritaire qui a pour fonction de donner son avis, mais qui reste consultative. « Les témoignages de salariés qui ont vécu un tandem avec ce consultant sont sans appel », commente Jean-Paul Krieff. Et de citer le cas dun conseiller qui affirme que lexpert a menti en surévaluant le rendement du fonds. Mais qui malheureusement renonce à témoigner par peur dêtre sanctionné. Des clients aussi attestent des bonnes relations quils entretenaient avec Denis Mendras. Comme madame B. qui a écrit au directeur de lagence, en apprenant laffaire. « Depuis quelque temps la politique de la Caisse dépargne a changé, privilégiant ses intérêts personnels au détriment de ceux des clients. Or, Denis Mendras a toujours été à notre écoute. Et sil est vrai que depuis un certain temps les placements nont pas été fructueux, les pertes ne sont pas le fait de notre conseiller financier, mais dune mauvaise gestion à très haut niveau (exemple Natixis). Il est par conséquent nécessaire déliminer ceux qui gênent, cest-à-dire des employés comme monsieur Mendras. »
Clotilde Mathieu