Affaire Belvédère: article du 6 février
Auj. à 09:44
Encore un article ce matin qui rapporte le scandale de cette affaire (appelons-là l'affaire Belvédère, ça sera plus porteur). Il faut que ça sorte dans les médias nationaux : à vos blogs, forums,
mails!...
http://cdurable.info/Vers-un-label-investissement-socialement-irr es ponsable-ISR,3240.html
Vers un label "investissement socialement irresponsable" ?
dimanche 6 février 2011
Posté par Lewis A.
Les investisseurs aiment parler de leur politique dinvestissement socialement responsable, ou ISR, particulièrement valorisante auprès du grand public et des médias. Il sagit de la prise en compte, dans tout investissement, dautres critères que ceux financiers. Ainsi, des critères dits « extra-financiers » viennent sajouter aux critères traditionnels. Ce sont des critères éthiques, sociaux, environnementaux ou de gouvernance qui viennent peser dans la décision dinvestissement (appelés également critères ESG). Pour autant, lISR ne doit pas cacher une autre réalité, bien présente elle aussi dans le paysage économique français, celle de « linvestissement socialement irresponsable ».
Du développement durable appliqué à la finance
Partant du principe que de bonnes pratiques sociales, environnementales et de gouvernance pouvaient avoir un impact positif sur les résultats financiers dune entreprise et sur sa valeur boursière, lISR a pris son essor dès les années 80, dabord aux Etats-Unis, puis en Europe. Aujourdhui les placements ISR sont plutôt bien identifiés, grâce à des critères objectifs et aux agences de notation. Le site Novethic, par exemple, présente les 305 fonds ISR distribués en France au 30 septembre 2010. Et ces fonds ISR jouissent dun certain succès destime : « les encours ISR détenus par la clientèle française à fin 2009 passent un cap et sétablissent à 50,7 milliards deuros, avec un taux de croissance de +70% bien supérieur à celui de 2008 (+37%) » nous apprend une étude publiée par Novethic en mai 2010. A noter quand même que le poids de ces encours dépasse rarement les 10% des encours totaux des sociétés de gestion. Ainsi, si les Français sont globalement plus vigilants et sensibles aux critères ESG, de nombreux fonds dinvestissement restent très en retrait de la responsabilité sociale dans leurs investissements. Pas encore assez rentable, peut-être ?
Investissement productif contre investissement spéculatif
Peut-on, inversement, qualifier les fonds de capital-investissement (private equity funds) et les fonds spéculatifs (hedge funds) de socialement irresponsables ? Il est vrai que ces fonds appartiennent à une sphère du marché financier qui nest soumise quà peu de règles de transparence et de divulgation dinformations contrairement aux règles qui sappliquent aux banques ou aux fonds de placement. Dautre part, ils jouent aujourdhui un rôle très important sur les marchés financiers, leurs actifs sélevant à environ 1000 milliards de dollars à la fin 2010. Compte tenu des volumes échangés, ils peuvent donc générer une véritable instabilité financière. Or les fonds de capital-investissement et les fonds spéculatifs sont souvent impliqués dans des opérations dacquisitions par emprunt (ou LBO pour leveraged buy-outs) dont sont « victimes » chaque année de nombreuses entreprises françaises. Selon le déroulement classique dune telle opération, une société est achetée avec de largent emprunté, se retrouve avec cette dette et le remboursement des intérêts sur les bras, les employés sont alors licenciés et les actifs revendus. Ainsi, une société autrefois saine et dégageant des bénéfices et recherchant initialement à financer un investissement productif de long terme, se retrouve contrainte par une pression financière de très court terme.
Picard nen est plus à son premier LBO
Le spécialiste du surgelé Picard est le parfait exemple dune société qui a changé plusieurs fois de propriétaires par le biais de LBO menées par des fonds dinvestissement. En juillet 2010, Picard a encore changé de propriétaire, en passant pour la troisième fois en dix ans sous le contrôle dun fonds dinvestissement, cette fois-ci Lion Capital, alléché par lexpansion continue du distributeur français de surgelés. Ainsi, chaque acquisition successive a été financée en empruntant aux banques, la dette étant ensuite remboursée sur les ressources de lentreprise acquise. Picard est ainsi condamné à réaliser toujours plus de profit à court terme et les salariés commencent à sinquiéter de leurs conditions de travail, de plus en plus stressantes.
Affaire Belvédère : tous les moyens sont bons
Autre exemple récent dune entreprise actuellement malmenée par les marchés financiers spéculatifs, est celui du groupe Belvédère (plus de 4000 emplois), qui possède notamment la marque Marie Brizard. Voilà trois ans que cette entreprise de Beaune se débat contre un fonds dinvestissement spéculatif qui la menace
Récemment, le groupe Belvédère a envoyé une lettre ouverte aux pouvoirs publics dans laquelle il dénonce nommément lactivisme malsain dun fonds spéculatif étranger, par ailleurs principal actionnaire dun concurrent direct de Belvédère. Actuellement sous plan de sauvegarde, la société Belvédère est aculée par ce créancier obligataire qui considère que le plan nest pas respecté. Le fonds dinvestissement a donc saisi les juges du tribunal de commerce de Dijon qui devront se prononcer dans les semaines à venir. Une situation dautant plus aberrante que le groupe Belvédère a récemment annoncé le règlement de la première échéance de la créance, en bonne et due forme. Mais ce que visent les « fonds prédateurs » à travers cette procédure, ce nest pas tant le respect du calendrier que la prise en étau de Belvédère : sils parviennent à imposer auprès du tribunal de commerce leur stratégie judiciaire, lentreprise risque dêtre placée en redressement. Et ainsi être rachetée à bas prix. Un hebdomadaire dénonçait à ce titre les attaques répétées qua subi Belvédère depuis des années : manipulation du cours boursier à la baisse, harcèlement juridique, campagne de désinformation qui aboutira à une chute brutale de 36% du cours
Voici un bel exemple dinvestissement spéculatif qui met en péril les 4000 salariés de Belvédère, sans que les autorités ne daignent y poser un regard attentif. Le système financier est donc ainsi fait, que nimporte quel spéculateur mal intentionné peut sengouffrer dans les brèches de notre droit (finalement pas si protecteur !), confortablement installé dans un bureau des Iles Caïman.
LISR peine à entrer dans les murs, et on ne peut quencourager une pratique qui contribue à replacer la finance dans une logique plus durable : celle de linvestissement productif, créateur demplois. Au même titre quil serait judicieux de songer à la création dun label « ISI » (pour « investissement socialement irresponsable »).