vous m'en demandez bcp pattou.. je ne lis pas l'avenir dans une boule de crital ;)
Observez ce qui se passe au Japon depuis plus de 10 ans maintenant, on est très loin d'une inflation redoutable.. La BoJ a injecté sans relache depuis des années.
Qu'appelle t'on réellement l'inflation ?
La hausse des prix, avec ou sans hausse des salaires, ou la perte de valeur de la monnaie ?
Vous me direz "c'est pareil"...
Euh.. pas tout à fait.
Au sens classique, théorique on va dire, si le produit est disponible dans les mêmes quantités par rapport à la demande, alors on peut considérer que la baisse de la valeur de la monnaie fait qu'il faut une quantité supérieure de cette monnaie pour acquerir le même bien.
Ainsi allait l'inflation des années 30 en Allemagne qui rend aujourd'hui les allemands viscéralement opposés à la "planche à billets".
Mais le progrès technologique fait également que l'on peut acquerir aujourd'hui pour quelques dizaines d'euros un smartphone dernier cri quand il fallait débourser un 0 de plus pour les 1er "bibop"..
Et par ailleurs, même sans perte de valeur de la monnaie, nous atteignons aujourd'hui des limites de production sur les énergies fossiles et une demande sans cesse croissante qui font exploser les prix du pétrole.
La particularité de l'inflation "actuelle", nettement supérieure aux chiffres officiels ne serait-ce parce que les calculs de l'insee répercutent les prix des smartphones, ordis ou ecrans plats, est que les prix augmentent sans que les salaires ne suivent, et nous sommes donc là dans une situation très différente de la fin des années 70.
A 10 ou 14% d'inflation mais avec des salaires qui augmentaient dans les mêmes proportions, tout en ayant des crédits immos à des taux inférieurs et un livret A à 7 ou 8%, au final pour le français moyen, cette inflation ne détruisait pas grand chose, même si les "avoirs" de ceux qui avaient de l'épargne pouvaient être rognés.
Alors quid de la monétisation, et sous quelle forme ?
Il est intéressant de noter que la fameuse loi de 1973, retranscrite ensuite dans l'article 104 du traité de maastricht, puis dans l'article 123 du traité de lisbonne, n'a nullement empeché les gouvernements de voter des budgets en déficit, et n'a nullement empeché non plus l'inflation à la fin des années 70.
Ceux qui aujourd'hui combattent l'idée de prêts directs par la BCE à taux 0 en affirmant que ce sera la porte ouverte à toutes les dérives dépensières se trompent, le fait d'emprunter sur les "marchés" n'a en effet nullement empêché les dérives.
Plus globalement il n'y a d'ailleurs plus aucun controle sur l'expansion de la masse monétaire, totalement coupée de l'expansion de l'activité.. 10 fois le pib de la planète circule en dérivés..
Impression directe ou LTRO.. le principe de base n'est pas très différent, l'institut d'émission inonde de liquidités sorties de nulle part (oui je sais il y a des contreparties déposées en garanties, laissez moi rire).
Il y a donc de plus en plus d'argent en circulation..
On pourrait se demander d'ailleurs si un véritable assainissement du système ne devrait pas passer par la disparition pure et simple de milliers de milliards virtuels qui ne correspondent à aucun accroissement de l'activité.
Alors au final il y a quand meme une différence essentielle : les 2 LTRO de la BCE sont allés inonder les banques, qui se sont empressées de redéposer immédiatement la quasi totalité de ce qu'elles avaient reçu dans les coffres de la BCE, et presque rien n'est allé dans l'économie réelle, une enquete de la commission européenne est d'ailleurs en cours.
Les traités interdisent à la BCE de prêter directement aux états.
J'entends les arguments de ceux qui y sont opposés.
Mais dans la situation actuelle, est il raisonnable de passer par la case "eurobonds" et de continuer à emprunter à des taux 3, 5 ou 6 fois supérieurs pour les états à ce que la BCE prête aux banques ?
Je suis donc favorable à une monétisation directe par la BCE, le temps au moins de purger un peu le systeme et de revenir à un niveau d'endettement raisonnable, disons autour de 60%.
Imaginons qu'on ne paie plus d'intérets pendant 2 ou 3 ans, que la BCE eponge le surplus de dettes pour plus de la moitié des pays européens, et que les gens se remettent au boulot par le ballon d'oxygene apporté.
Les comptes sociaux sortiraient du rouge (il suffit d'augmenter le nombre de cotisants pour pallier aux déficits, remember 2000 / 2001, la sécu en excédent), on pourrait à terme eventuellement baisser certaines charges, et constituer une "cagnotte" pour d'éventuelle rechute du cycle économique.
Et si dans ce contexte nous avions 5, 6 ou 8% d'inflation.. mais avec des salaires qui suivent, finalement nous épongerions plus vite que prévu les dettes.. Alors effectivement les avoirs en dollars ou en pierre fondraient un peu, ceux en or risqueraient au contraire de croitre.
Mais ne serait-ce pas la moins pire des solutions dans l'état actuel de l'europe ?
Cela implique que l'Allemagne consente à un transfert massif vers les "pays pauvres de l'europe".. Ok, mais l'allemagne ne réalise t'elle pas 60% de son excédent commercial avec ses voisins européens ? et l'allemagne n'a t'elle pas 86% de ratio dette / pib ?
Ces sujets sont tabous, il vaut mieux continuer à presser lentement mais surement le citron..
Je me faisais une réflexion récemment :
11 000 milliards d'euros d'épargne pour les français, 1700 milliards de dette, et 2000 milliards de pib.
Ramenez tout ça à un ménage qui a 20 000 euros de revenus sur l'année (je sais, il ne faudrait prendre que les impots prélevés sur les 2000 milliards de pib), donc ok, prenons un ménage à 10 000 euros de revenus, qui fait un emprunt pour se payer une voiture à 17000 euros, mais qui dispose par ailleurs d'un patrimoine de 110 000 euros.
Il n'échappe à personne que les 17000 euros d'emprunt dépasse la capacité de remboursement, mais qui a dit qu'il fallait tout rembourser tout de suite ? et en cas de coup dur, les 110 000 de patrimoine offrent une bonne garantie, non ?
Vous me répondrez que ce patrimoine de 11 000 milliards n'appartient pas à l'état qui est endetté.. oui mais dans ces 11 000 milliards d'épargne, on ne compte ni la valeur de la tour eiffel, ni le patrimoine immobilier de l'état, ni..
Autre remarque plus personnelle..
On nous dit que nous avons 1300 milliards d'euros dans les "fonds euros".
Si à titre personnel je dispose de 150 k euros dans un fonds euros, cela va me rapporter environ 5550 euros d'intérets sur l'année.
Par ailleurs je vais payer une somme à peu près équivalente en IR.
L'état va collecter cette année une somme insuffisante d'IR pour payer les intérêts sur la dette..
Donc en ce qui me concerne directement, l'état me reverse en intérets ce que je lui paye en IR..
Je sais, c'est également simpliste, car dans mon fonds euros il y a environ 50% d'obligs d'état, 50% d'obligs privées, et 10% d'annexe (immo, action, etc..)
Et sur les 50% d'oblig d'état, il y a de la dette française, allemande, italienne, néerlandaise, autrichienne, belge, etc..
N'empeche que si on vient m'expliquer que sur les 2 ou 3 ans qui viennent on ne me rémunère plus cette épargne, alors qu'on subit 2 ou 3 ou 5% d'inflation, j'achèterai donc en euros moins de pétrole ou moins d'or, je ne suis pas certain par contre d'acheter un écran plus petit (bien que très conservateur sur mes écrans, clin d'oeil à chimien ;)).
Et alors, si au final la dette globale diminue, redevient supportable, et si je n'ai pas l'impression que ce sont toujours les memes qui trinquent et les memes qui se gavent.. n'est ce pas vraiment la meilleure solution dans notre situation actuelle ?
Stolzing me répondait un jour que les prêteurs ont "un peu le droit de revoir leur capital"..
Un peu effectivement.. bien que par ailleurs on nous explique que les taux exhorbitants demandés à la grece, l'espagne ou le portugal sont le reflet du risque pris..
Donc s'il y a risque, on l'accepte, car si on veut un systeme dans lequel on fait payer le risque mais qu'au final on ne prend pas vraiment le risque en le faisant payer par les contribuables, ça ne tourne plus rond.
Alors justement pour revenir sur ce "droit à revoir son capital", vaut il mieux effectivement le revoir quitte à ce qu'il n'ait rien rapporté, ou vaut il mieux le perdre à terme en etranglant davantage l'emprunteur ?
Il est curieux par exemple de voir qu'en cas de souscription d'un pret immobilier, la banque vous explique qu'elle prend un risque.. mais au final c'est vous qui souscrivez l'assurance, pas la banque !
Voilà, c'est un peu en vrac et pas très ordonné..
Et je vais juste ajouter une autre réflexion :
oui à des prets à 0% de la BCE aux états surendettés le temps de revenir à la normale, et oui à une hausse massive de certains taux pour freiner l'apparition de bulles et faire chuter les prix : l'explosion des prix immobilier depuis 15 ans est en grande partie le résultat de ces taux bas, mais les revenus des acheteurs n'ont pas suivi.
Ce n'est pas une remarque personnelle pour me permettre d'acheter.. ça permettrait de réorienter les "investissements" vers les technologies, l'éducation scientifique, l'avenir.. et même s'il faut construire, n'oublions pas qu'il y a aussi 2 millions de logements vacants.
Le sujet "immobilier" est différent je vous l'accorde, j'ai dérapé ;)