Les prix sont au sommet mais la confiance décline
Article de l'AGEFI sur le MARCHÉ DE L'ART (1)
le 25/07/2008
"Les uvres lart apparaissent à ce jour lun des rares actifs encore porteurs. Elles semblent ne pas subir les effets de la crise financière grâce au soutien de quelques milliardaires Les récentes ventes londoniennes de juin ont encore permis détablir de nouveaux records. Mais alors que les prix sont au plus haut, le moral des collectionneurs tend à seffriter
Le baril de pétrole atteint les 140 dollars, la note de la crise du subprime ne cesse de salourdir, limmobilier plie un peu partout dans le monde, les marchés financiers plongent inlassablement, linflation devient préoccupante, les prévisions de croissance sont de plus en plus ternes
Dans un tel contexte, les résultats des ventes les plus prestigieuses enregistrés chez Christies et Sothebys à coups de millions de livres semblent hors norme.
Des ventes londoniennes spectaculaires. A Londres, capitale européenne du marché de lart, Sothebys et Christies ont confirmé la solide tenue des enchères disputées à coups de millions de livres. Ces ventes étaient très attendues compte tenu du climat économique général. Pourtant, la vacation « Impressionist and Modern Art Evening Sale » du 24 juin a rapporté 144 millions de livres à Christies, un volume daffaires jamais atteint jusquà présent en Europe. Le lendemain, sa concurrente a réalisé un produit de vente de 102 millions de livres, soit 7 millions au-delà de ses prévisions hautes.
La multitude de prix records est à lorigine de ces succès : huit ont été enregistrés sous le marteau de Christies. Le plus médiatisé revient à Claude Monet : « Le bassin aux nymphéas », un immense format de 1919, a été adjugé 36,5 millions de livres (73,1 millions de dollars) à Arts and Management International, enchérissant pour le compte dun client anonyme. Ce nouveau record de Claude Monet est aussi celui de limpressionnisme, devant les 71 millions de dollars pour le fameux « Au Moulin de la Galette » dAuguste Renoir, atteints en mai 1990. A ce jour, lindice des prix de limpressionnisme est supérieur de 13 % au niveau atteint en 1990, au pic de la bulle spéculative.
Acheteurs européens. Au total, 20 lots sur les 136 présentés nont pas trouvé preneur, soit un taux dinvendus inférieur à 15 %, une proportion particulièrement faible même pour des ventes aussi prestigieuses. A New York, en mai, lors des sessions « Impressionist and Modern Art Evening Sale », le pourcentage duvres ravalées était proche de 23 %. En grande majorité, les lots ont été adjugés à des acheteurs européens. Chez Sothebys, ils se sont emparés de 70 % des lots. Chez Christies, pour répondre à la demande des nouvelles niches de collectionneurs, plusieurs uvres majeures dartistes russes avaient été présentées. Celles de Vladimir Baranoof-Rossiné, Vera Rockline et de Natalia Goncharova ont toutes battu des records denchères. Avec une adjudication de 4,6 millions de livres (9,2 millions de dollars) pour « Les fleurs », Natalia Goncharova est sacrée femme peintre la plus cotée du marché.
Même lart contemporain, plus spéculatif et volatil, dispersé une semaine plus tard, a été lobjet de résultats exceptionnels. Le plus important est sans conteste celui décroché par Jeff Koons, en date du 30 juin 2008 pour « Ballon flower (Magenta) ». La pièce, issue de la collection de Howard et Cindy Rachofsky, aurait été acquise pour 1,1 million de dollars en 2001. Chez Christies London, elle sest arrachée 11,5 millions de livres (23 millions de dollars), établissant un nouveau record pour un artiste de moins de 60 ans.
Hausse des prix généralisée en juin. Les uvres de Claude Monet, Francis Bacon ou Lucian Freud dispersées ces derniers mois sont autant de trophées enlevés par Tania Buckrell Pos ou le milliardaire russe Roman Abramovich, qui servent de baromètres à lensemble du marché, tout comme le furent les uvres dAuguste Renoir et de Vincent Van Gogh lors de la bulle spéculative de 1990. Une fois de plus, les plus médiatiques ventes de Christies et Sothebys, qui représentent à peine 1/1.000e des transactions mondiales, semblent donner le « la » pour le secteur dans son ensemble.
Leuphorie sest étendue à lensemble du marché de lart. A linternational, sur une base 100 en juillet 1990, lArtprice Global Index au 1er juillet 2008 a atteint 128 points en euros et 175 points en dollars. Toutes gammes et toutes époques de production confondues, lart na jamais été aussi cher.
Perte de confiance progressive des acteurs. En parallèle de ces ventes dexception, voilà près dun mois que lindicateur sur la confiance des acteurs du marché de lart (Art Market Confidence Index dArtprice - AMCI) ne cesse de baisser. Cet indicateur danticipation du marché, à horizon de trois mois, est de même nature que lindice de sentiment du consommateur du Survey Research Center de luniversité du Michigan.
Après avoir atteint un pic de +31 points à la fin mai, à lissue des excellents résultats des ventes new-yorkaises de mai, il sest infléchi progressivement, suivant le spectre dune récession économique mondiale. Malgré les bons résultats de Londres, linquiétude des acteurs du marché de lart ne cesse de grandir.
En janvier, lindice en temps réel de la confiance des acteurs du marché de l'art avait atteint -14,4 points sur une échelle de -100 à +100, révélant alors une nette inquiétude. Cette perte de confiance soudaine sétait alors matérialisée par une baisse de plus de 7 % de lindice des prix du marché de lart européen, corrigé des variations saisonnières. Jamais une telle variation à la baisse navait été enregistrée depuis 1991-1992.
Ce climat morose a été de courte durée. Dès mars, lAMCI sest élevé à un niveau supérieur à +20 points. Le nombre de personnes interrogées estimant que les prix de lart augmenteraient dans les trois mois était alors deux fois supérieur à ceux qui anticipaient une baisse. Cet optimisme fut immédiatement suivi deffets concrets
En mai et juin, les prix des uvres ont encore augmenté.
Mais voilà près dun mois que lindicateur prévisionnel tend à se retourner : de +24,3 au 9 juin, il est passé sous 0 le 15 juillet 2008. Devant lenlisement des marchés dans la crise, le moral des acteurs du secteur seffrite. Leurs intentions dachat ne cessent de chuter et leur opinion sur leur situation financière semble chaque jour plus pessimiste, tout comme leur vision sur lévolution des prix."
(1)lien:
http://www.agefi.fr/articles/Les-prix-sont-au-sommet-mais-la-confiance-decline-1048413.html