Zone euro-Les règles de déficit public à nouveau à l'épreuve

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    BRUXELLES, 4 février (Reuters) - Près de la moitié des pays 
de la zone euro, dont la France, sont menacés d'un affrontement 
avec l'exécutif européen autour des règles de réduction des 
déficits publics, à moins de modifier leurs politiques, si l'on 
en croit les prévisions de la Commission européenne publiées 
jeudi. 
    Ces dernières prévisions mensuelles, gonflées par la crise 
des migrants et la faiblesse de la croissance, remettent en 
question la viabilité des limites imposées en matière de 
dépenses publiques afin de protéger le taux de change de l'euro. 
    Ces règles, qui ont été resserrées à la suite de la crise de 
la dette souveraine qui a menacé la survie de la devise 
européenne, sont aujourd'hui sous pression avec la crise des 
migrants qui pèse sur les finances publiques de plusieurs pays. 
    Les gouvernements font également valoir qu'ils doivent 
dépenser davantage pour assurer la sécurité à la suite des 
attaques du 13 novembre à Paris et beaucoup d'entre eux disent 
qu'ils ont besoin de puiser dans les caisses de l'Etat pour 
stimuler la demande intérieure et soutenir la croissance.  
    Malgré cela, la réglementation européenne oblige les 
gouvernements à maintenir un déficit public sous la barre des 3% 
 du produit intérieur brut (PIB) et à réduire chaque année le 
déficit structurel, hors impact des cycles économiques et des 
événements exceptionnels, jusqu'à l'équilibre structurel. 
    S'ils n'y parviennent pas, ils sont soumis à une procédure 
disciplinaire dans laquelle les ministres des Finances fixent 
des objectifs de réduction du déficit, assortis d'échéances. Le 
processus peut déboucher in fine sur une amende à verser.     
    Pour la France, la Commission européenne prévoit un déficit 
public à 3,4% du PIB cette année, puis à 3,2% en 2017, alors que 
la France a pour objectif 3,3% en 2016 et s'est engagée à la 
ramener sous 3,0% l'an prochain.     
     
    LE SUD DE L'EUROPE PAS SEUL EN CAUSE 
    L'Italie, bien que nettement en-dessous de la barre de 3% du 
PIB, verra son déficit structurel augmenter à 1,7% cette année, 
contre 1,0% en 2015. La réglementation européenne exige une 
réduction d'au moins 0,5 point du PIB par an du déficit 
structurel. 
    Le déficit structurel de Rome devrait être ramené à 1,4% en 
2017, toujours en-dessous de la réduction minimum imposée.      
    L'Espagne, qui n'a toujours pas réussi à constituer son 
gouvernement à la suite des élections serrées de décembre, 
devait ramener son déficit public à 4,2% du PIB en 2015. Mais 
les estimations de la Commission montrent qu'elle n'a pas 
atteint cet objectif, avec un déficit de 4,8% l'an dernier.  
    Pour cette année, Madrid doit ramener son déficit à 2,8% 
mais, à moins d'un changement de politique, il devrait atteindre 
3,6%, selon les chiffres de la Commission. Quant au déficit 
structurel, il est en hausse depuis 2014 plutôt qu'en baisse. 
    Le ministre espagnol de l'Economie, Luis de Guindos, a dit 
qu'il était trop tôt pour dire si l'objectif 2015 serait 
atteint, ajoutant que l'incertitude provenait surtout des 
régions autonomes, qui ont trop dépensé ces dernières années.  
    De même, le Portugal est en difficulté sur ce terrain. Le 
gouvernement socialiste arrivé au pouvoir en novembre a bouclé 
l'année avec un déficit de 4,2%, selon les calculs de la 
Commission, alors que l'objectif fixé était de 2,5%. 
    Sauf changement de politique, Lisbonne ne devrait pas 
arriver non plus à ramener son déficit sous les 3% cette année 
et son déficit structurel a également augmenté contrairement aux 
directives. Le pays est en négociations avec la Commission pour 
éviter que son projet de budget 2016 lui soit renvoyé. 
    Mais les pays du sud de l'Europe ne sont pas seuls à avoir 
du mal à respecter les règles de déficit structurel. La 
Commission prévoit que l'Autriche, qui a réduit son solde 
structurel à 0,3% en 2015, le porte à 1,0% du PIB cette année. 
    De même, le déficit structurel de la Lituanie devrait 
augmenter, à 1,5% cette année contre 1,1% l'an dernier, les 
Pays-Bas devraient le voir porté à 1,7% contre 1,2% et la 
Finlande le laisser inchangé à 1,8% de son PIB cette année.    
 
 (Jan Strupczewski, Juliette Rouillon pour le service français, 
édité par Bertrand Boucey) 
 
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