Zone euro-La planche à billets a tourné bien avant le QE

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    par Francesco Canepa et Frank Siebelt 
    FRANCFORT, 11 décembre (Reuters) - Les banques centrales de 
la zone euro ont discrètement racheté des centaines de milliards 
d'euros d'actifs ces dix dernières années par le biais d'un 
dispositif méconnu qui leur permet de faire tourner la planche à 
billets pour des motifs autres que ceux de la politique 
monétaire, lit-on dans une étude universitaire. 
    La Banque centrale européenne (BCE) a dit jeudi sur son site 
qu'il ne pouvait y avoir de "création monétaire incontrôlée" par 
l'usage de l'Accord sur les actifs financiers net (ANFA) en 
raison d'un plafond qui empêche toute ingérence dans la 
politique monétaire. 
    Toutefois, ce plafond n'est en général jamais publié et si 
les banques centrales nationales ont l'obligation d'informer la 
BCE de la nature de leurs achats elles sont bien loin, toutes, 
de le faire savoir publiquement. 
    Selon l'étude du chercheur Daniel Hoffmann, qui est une 
partie de sa thèse de doctorat, les actifs répertoriés en 
"autres titres" dans le bilan des banques centrales nationales, 
soit ceux rachetés par création monétaire, représentaient 374,9 
milliards d'euros en 2014 contre 122,6 milliards d'euros en 
2005. Ils sont à présent de 358,2 milliards d'euros, selon le 
bilan financier consolidé de l'Eurosystème.  
    "Cette augmentation du volume... est pratiquement passée 
inaperçue", observe Daniel Hoffmann, qui évalue à 623 milliards 
d'euros le total des actifs détenus par les banques centrales 
nationales pour des motifs autres que les opérations normales de 
politique monétaire fin 2014 contre 214 milliards en 2005.  
    Ce type d'achats a particulièrement augmenté durant les 
années de crise, surtout en France, en Italie, en Grèce et en 
Irlande. 
    Selon une source de l'Eurosystème, les actifs des banques 
centrales nationales de la zone euro détenus pour des motifs non 
monétaires totalisaient 575 milliards d'euros fin 2014. 
    Le programme d'assouplissement quantitatif (QE) lancé par la 
BCE en mars représente lui 60 milliards d'euros d'actifs 
rachetés mensuellement. Prévu maintenant pour durer 25 mois, il 
représente un encours total de 1.500 milliards d'euros. 
    L'étude de Daniel Hoffmann soulève la question de savoir si 
ses achats de banques centrales nationales auraient pu 
contribuer à financer des pays de la zone euro lourdement 
endettés ou des établissements financiers en difficulté. 
    La Conseil des gouverneurs de la BCE peut, par une majorité 
des deux tiers, opposer son veto à toute initiative d'une banque 
centrale locale s'il juge qu'elle représente une ingérence dans 
les prérogatives de l'Eurosystème. 
    Le président de la BCE Mario Draghi en exclut la 
possibilité. "J'exclus totalement toute possibilité de 
financement monétaire", a-t-il dit la semaine dernière, lors de 
la traditionnelle conférence de presse de l'institut d'émission. 
"Elles (les banques centrales nationales) n'achètent pas sur le 
marché primaire  et leurs politiques d'investissement touchent 
un peu à tout".     
 
 (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc 
Joanny) 
 
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