Zone euro-La BCE va doubler sa part du stock de la dette souveraine

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    * La BCE pourrait détenir jusqu'à un quart de la dette 
souveraine 
    * Ecrasement des spreads sur les corporate, hausse des 
émissions 
    * Dégradation de la liquidité du marché obligataire 
 
    par Dhara Ranasinghe 
    LONDRES, 23 mars (Reuters) - La Banque centrale européenne 
(BCE) pourrait détenir jusqu'au quart des 7.000 milliards 
d'euros d'encours de dettes souveraines de la zone euro du fait 
de l'expansion de son programme d'assouplissement quantitatif, 
estiment des analystes qui s'inquiètent des conséquences de ses 
achats sur la liquidité et les conditions du marché obligataire. 
    La BCE pourrait aussi détenir jusqu'à 10% des obligations 
d'entreprise les mieux notées après l'annonce, à l'issue de son 
conseil des gouverneurs du 10 mars, qu'elle allait inclure les 
obligations d'entreprises non financières de la zone euro notées 
en catégorie d'investissement dans son programme d'achats 
d'actifs à compter du deuxième trimestre.  
    La BCE a par ailleurs dit qu'elle porterait le montant 
mensuel de ses achats de 60 à 80 milliards d'euros à compter du 
mois d'avril. 
    Ces mesures, destinées à soutenir la reprise de l'économie 
et l'inflation au sein de la zone euro, accentueront la pression 
sur la liquidité et sur les rendements obligataires. 
    "En faisant l'hypothèse que la BCE détiendra de 22% à 25% de 
la dette souveraine, le flottant résiduel diminue", a dit 
Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire de 
Candriam Investors Group. "C'est un fait que l'assouplissement 
quantitatif a détérioré la liquidité sur le marché obligataire." 
    Les spécialistes du marché obligataire estiment que 
l'essentiel des achats supplémentaires de la BCE seront 
effectués sur les marchés les plus importants alors que les 
déficits publics et les besoins d'émission ont diminué par 
rapport aux niveaux d'avant la crise financière. 
    La BCE détient actuellement environ 10% de l'encours de la 
dette souveraine de la zone euro et cette proportion passera à 
20% l'année prochaine, selon JP Morgan Asset Management.  
     
    MOINDRE LIQUIDITE 
    Pour le stratégiste de Commerzbank, Rainer Guntermann, la 
BCE consacre actuellement 44 milliards d'euros environ par mois 
à l'achat de dettes souveraines et d'agences publiques de la 
zone euro et ce montant passera à 60 milliards environ une fois 
le montant total de ses achats porté à 80 milliards mensuels.  
    La BCE ne devant commencer à acheter des obligations 
d'entreprise qu'à partir de la fin juin, ses interventions se 
porteront principalement sur la dette souveraine dans 
l'intervalle. 
    BNP Paribas s'attend à ce que les émissions nettes de dettes 
souveraines, après prise en compte des achats de la BCE, chutent 
de 132 milliards d'euros supplémentaires à -387 milliards cette 
année, tirant les rendements encore plus bas.  
    La diminution de 10 points de base à -0,40% du taux de dépôt 
de la BCE, seuil de rendement en dessous duquel elle ne peut pas 
acheter de titres de dette, a réduit les tensions en augmentant 
le nombre des lignes éligibles à ses achats. Mais, le papier 
restera rare aussi bien pour la BCE que pour les investisseurs. 
    "L'Allemagne et la question de savoir jusqu'à quand la BCE 
pourra acheter de la dette allemande en respectant le critère de 
la participation du pays dans son capital sont au coeur de ce 
débat", écrit BNP Paribas dans une note en référence au plafond 
de l'encours de la dette d'un pays donné que la BCE peut 
détenir, fixé par la part que ce pays détient dans son capital.  
    La perspective d'achats d'obligation d'entreprises par la 
BCE a tiré les rendements vers le bas et déclenché une vague 
d'émissions. 
    Dans l'attente des détails sur le programme de rachat de 
dettes d'entreprises, les estimations des analystes se fondent 
sur l'hypothèse de l'exclusion des émissions libellées en euro 
des entreprises américaines et diffèrent selon que les filiales 
financières d'entreprises multinationales sont intégrées ou pas. 
    Les analystes s'attendent à ce que la BCE achète de 3 à 10 
milliards d'euros d'obligations d'enteprise par mois. 
    "En supposant que le programme d'assouplissement quantitatif 
s'interrompe en mars 2017, nous estimons qu'elle pourrait 
détenir entre 8% et 10% de l'encours de la dette obligataire des 
entreprises", a dit Martin Van Vliet, stratégiste sur les taux 
chez ING. 
    La banque estime que l'encours de la dette obligataire 
corporate en catégorie d'investissement, hors obligations 
libellées en euro d'entreprises dont le siège n'est pas situé au 
sein de la zone euro, atteindra environ 1.200 milliards d'euros 
en janvier 2018. 
    RBC table sur des achats d'obligations d'entreprises 
d'environ 5 milliards d'euros par mois par la BCE, soit un 
montant cumulé de l'ordre de 50 milliards en mars 2017.  
    "Avec la BCE dans le marché et une liquidité toujours 
évanescente, l'environnement sera celui d'un resserrement 
constant des spreads", a dit Peter Schaffrik, économiste pour 
l'Europe de RBC.  
     
 
 (Marc Joanny pour le service français, édité par Véronique 
Tison) 
 
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