Zone euro: l'austérité à nouveau sanctionnée dans les urnes

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Zone euro: l'austérité à nouveau sanctionnée dans les urnes
Zone euro: l'austérité à nouveau sanctionnée dans les urnes

PARIS (Reuters) - La série d'élections test de dimanche pour les politiques d'austérité au sein la zone euro ouvre une nouvelle période d'incertitudes politiques et risque de raviver la crise des dettes souveraines, confortant le besoin d'une initiative de croissance dont le principe s'est progressivement imposé.

La victoire du candidat socialiste à l'élection présidentielle française fait de Nicolas Sarkozy le onzième dirigeant de la zone euro chassé du pouvoir depuis l'éclatement de la crise et la mise en oeuvre de politiques de rigueur imposées par l'Allemagne et destinées à la juguler.

"Je suis sûr que dans bien des pays européens ça a été un soulagement, un espoir, l'idée qu'enfin l'austérité ne pouvait plus être une fatalité", a déclaré François Hollande, dans un discours au soir de son élection.

"C'est ce que je dirai le plus tôt possible à nos partenaires européens et d'abord à l'Allemagne", a-t-il dit.

François Hollande a fait de la négociation d'un pacte de croissance destiné à compléter le pacte budgétaire, signé début mars par 25 des 27 pays de l'Union européenne, un de ses thèmes de campagne.

Son élection de François Hollande avec 51,6% des voix contre 48,4% au président sortant Nicolas Sarkozy, que soutenait la chancelière allemande Angela Merkel, ne lève pas toutes les incertitudes politiques qui dureront au moins jusqu'aux législatives des 10 et 17 juin.

En Grèce, les résultats du scrutin législatif confirment le scénario attendu d'un net recul des deux principales formations.

Les conservateurs de Nouvelle Démocratie et les socialistes du Pasok, qui dirigent alternativement le pays depuis des décennies, payent leur soutien à la cure d'austérité draconienne suivie depuis début 2010 en échange d'une aide financière internationale.

REVERS POUR MERKEL

La percée de la Coalition de la gauche radicale hostile à l'austérité et l'entrée au Parlement de petits partis, dont la formation d'extrême droite "Aube dorée", va rendre très difficile la recherche d'une majorité et risque de nourrir les spéculations sur une renégociation du dernier plan de renflouement voire sur une sortie de la Grèce de la zone euro.

Des craintes jugées excessives par les économistes de la banque d'investissement Barclays Capital qui soulignent que les Grecs demeurent en grande majorité favorables à l'euro mais qui n'excluent pas une instabilité politique qui nécessiterait la convocation de nouvelles élections dans le courant de l'année.

"Le risque, c'est que les investisseurs non européens retrouvent une méfiance vis-à-vis de la zone euro assez marquée", prévient toutefois Philippe Waechter, économiste de la société de gestion Natixis Asset Management.

En Allemagne, les chrétiens-démocrates (CDU) ont subi un nouveau revers électoral en perdant l'Etat-région de Schleswig-Holstein où la formation d'Angela Merkel a enregistré son plus mauvais score depuis 1950.

Le scrutin de la semaine prochaine dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le plus peuplé d'Allemagne, sera aussi très suivi pour apprécier la popularité de la politique conduite par la chancelière et l'adhésion des électeurs allemands à la solidarité européenne.

Les municipales partielles en Italie, qui se poursuivront lundi, constituent un test sur plus de neuf millions d'électeurs, soit 20% du corps électoral, pour le gouvernement d'experts de Mario Monti, là encore en pleine cure d'austérité.

Ce premier scrutin de l'après-Berlusconi donnera la mesure de la défiance des Italiens à l'encontre de leurs dirigeants politiques à un an d'élections législatives prévues en mai 2013.

Le cycle électoral du mois de mai s'achèvera avec le référendum irlandais sur le nouveau pacte budgétaire européen, d'ores et déjà ratifié par trois pays de l'UE, dont la Grèce.

COURT RÉPIT

Après un court répit permis par l'injection de plus de 1.000 milliards d'euros de liquidités entre fin décembre et début mars par la Banque centrale européenne, les tensions sur les dettes souveraines sont très vite réapparues.

Les investisseurs s'inquiètent en effet de la pression politique et sociale croissante à l'encontre de plans d'austérité dont ils redoutent surtout qu'ils ne favorisent la rechute en récession des économies les plus fragilisées par la crise et avec elles de l'ensemble de la zone euro.

Si l'Espagne, officiellement retombée en récession au premier trimestre, est en ligne de mire, l'écart entre la rémunération offerte par la dette souveraine de l'Allemagne et celle de la quasi totalité des autres pays européens s'est accru au cours des dernières semaines.

Les décideurs européens ont toutefois commencé à reconnaître et accepter officiellement une leçon de l'histoire économique qui veut qu'aucun pays ne soit sorti d'une crise de la dette en se concentrant uniquement sur l'austérité, cette stratégie ayant toujours conduit soit à une dépression, soit à un défaut.

Dès le Conseil européen de janvier et plus encore lors de celui de mars, les responsables de l'UE avaient souligné la nécessité de compléter l'assainissement budgétaire par "des mesures déterminées pour stimuler la croissance et l'emploi".

Ils avaient alors évoqué plusieurs pistes, comme une meilleure mobilisation des fonds structurels, un renforcement des moyens de la Banque européenne d'investissement ou la possibilité d'emprunts obligataires à l'échelle européenne afin de faciliter le financement privé de grands projets, renvoyant à juin la définition des modalités de ce soutien à la croissance.

La volonté affichée par le nouveau président français tout au long de sa campagne électorale de promouvoir une initiative européenne de croissance avait rencontré dans ce contexte des échos favorables aussi bien dans certains pays fragilisés comme l'Italie qu'à la Commission européenne mais aussi en Allemagne et même à la Banque centrale européenne (BCE).

Son intention de renégocier le pacte budgétaire a en revanche suscité une vive opposition, en particulier de l'Allemagne qui n'entend pas revenir sur la priorité donnée à l'assainissement des finances publiques.

Son appel à un rôle plus actif de la BCE pour soutenir l'activité par une baisse des taux directeurs voire des prêts directs aux Etats en difficulté se heurte aussi à l'hostilité de l'Allemagne.

POSSIBLE COMPROMIS

Avant même son élection, François Hollande a toutefois infléchi son discours laissant entendre que la renégociation du pacte budgétaire ferait partie de la négociation avec ses partenaires européens.

Le président élu a aussi pris soin d'éviter de faire référence à d'éventuelles euro-obligations, dont l'Allemagne ne veut pas entendre parler car elles constitueraient un premier pas vers une mutualisation des dettes publiques européennes que Berlin rejette.

François Hollande préfère désormais évoquer des obligations de projet, une expression en phase avec celle employée par les autres chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE.

Un compromis apparaît donc possible mais l'ampleur et le financement d'une éventuelle stratégie de croissance restent encore imprécis.

Une accentuation des tensions sur les dettes souveraines laisserait dans l'immédiat la BCE en première ligne mais accentuerait aussi les pressions en faveur d'un engagement plus fort de sa part pour alléger les coûts de financement de tous les Etats de la zone euro et favoriser la croissance.

S'il a estimé que la zone euro avait besoin d'un "pacte de croissance", le président de la BCE a aussi souligné que le soutien à l'activité ne devait pas se faire au détriment de la discipline budgétaire.

"Les récents commentaires de Mario Draghi, défendant l'idée d'une stratégie de croissance mise en place par les gouvernements européens est surtout un moyen d'éviter un débat sur le mandat de la BCE qui pourrait être recentré sur la croissance", estiment ainsi les économistes d'Exane BNP Paribas.

Marc Joanny, édité par Yves Clarisse

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