Zagreb songe à convertir les prêts immobiliers en kuna

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par Marcin Goclowski et Igor Ilic VARSOVIE/ZAGREB, 21 janvier (Reuters) - La Croatie a fait savoir mercredi qu'elle pourrait convertir des crédits immobiliers libellés en franc suisse dans la monnaie nationale, la kuna, la flambée de la devise helvétique étranglant des centaines de milliers de propriétaires dans le pays, comme ailleurs en Europe centrale et orientale. En Pologne, le pays le plus affecté par la décision inattendue de la Banque nationale suisse (BNS) de décrocher le franc suisse de l'euro, certaines banques laissent entendre qu'elles réduiront les taux d'intérêt de ces crédits, contractés par 550.000 citoyens. Une solution à plus long terme risque toutefois de devoir attendre la fin de la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi, au terme de laquelle elle pourrait bien annoncer un programme de rachat de dette souveraine, susceptible de propulser le franc suisse encore plus haut. "Tous les regards sont sur la BCE. Si le franc suisse monte encore, il faudra reprendre à zéro le débat sur les moyens d'aider ceux qui ont emprunté en devises", dit Kamil Stolarski, analyste d'Espirito Santo. Les gouvernements polonais et croate sont soucieux de parer à toute menace pour leur système bancaire qui émanerait d'une multiplication des défauts de paiement. Les élections qui doivent avoir lieu dans ces deux pays cette année ne peuvent que les y encourager. Les futurs propriétaires ont contracté des emprunts libellés en franc suisse au début des années 2000, attirés par des taux d'intérêt à un chiffre, bien moins élevés que ceux pratiqués en monnaie locale. La facture s'était déjà alourdie pour eux lorsque le franc suisse avait monté avec le déclenchement de la crise financière mondiale en 2008. Mais elle s'est envolée depuis la semaine dernière, lorsque le franc a bondi de 20% contre le zloty CHFPLN= . L'encours des emprunts immobiliers en franc de la Pologne et de la Croatie représentait respectivement 36 milliards de dollars et 3,5 milliards avant l'abandon du plancher du franc, soit de 7% à 8% de leur PIB. "IL FAUT PARTAGER LES RISQUES" En Croatie, où 60.000 propriétaires environ ont emprunté en franc, le Premier ministre Zoran Milanovic a dit qu'il envisageait de suivre l'exemple de la Hongrie, c'est à dire de convertir les prêts en monnaie locale. Milanovic, à la traîne dans les sondages avant les élections, a déjà sollicité l'autorisation du Parlement de fixer la parité franc suisse-kuna à 6,39 pour un an. "Nous envisagerons une éventuelle conversion des prêts en kuna et verrons si c'est faisable; il est important que les banques restent rentables mais il faut partager les risques", a-t-il déclaré. La Pologne, première économie d'Europe centrale, n'a rien dit qui laisse supposer qu'elle suivra la même voie; Andrzej Raczko, membre du conseil de la banque centrale, a souligné qu'une conversion des prêts pourrait être illégale. La plupart des Polonais qui ont emprunté en franc sont soumis à une clause qui stipule qu'ils versent un intérêt dont le taux est égal au taux interbancaire Libor en franc suisse augmenté de la marge de la banque prêteuse, habituellement de l'ordre de 200 points de base. Le ministre des Finances polonais, Mateusz Szczurek, a appelé mardi les banques locales à amender rapidement les contrats de prêt en appliquant le taux Libor suisse négatif désormais en vigueur en Suisse. Plusieurs banques ont fait savoir qu'elles appliqueraient ce principe, tandis que d'autres ont expliqué qu'elles avaient besoin de temps pour réétudier les contrats de leur clientèle. (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand)

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