Yellen-Une économie "à haute pression" pour sortir de crise

le , mis à jour à 21:43
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 (Actualisé avec des citations, commentaires) 
    par Howard Schneider et Svea Herbst-Bayliss 
    BOSTON, 14 octobre (Reuters) - La Réserve fédérale des 
Etats-Unis devra peut-être mener une politique adaptée à une 
économie "à haute pression" pour réparer les dégâts que la crise 
lui a causés et juguler des risques prenant un caractère 
permanent, a déclaré la présidente Janet Yellen vendredi. 
    Sans faire référence directement aux taux d'intérêt ou aux 
préoccupations immédiates de la politique monétaire, la 
présidente de la Fed a mis en avant, devant un parterre de 
responsables monétaires et d'universitaires, la crainte 
croissante de la banque centrale de voir l'économie perdre de 
son potentiel, ce qui nécessiterait des mesures énergiques pour 
le reconstituer. 
    La question, a expliqué Yellen, est de savoir si on peut 
réparer les dégâts "en gérant pour un temps donné une 'économie 
à haute pression', caractérisée par une forte demande cumulée et 
un marché du travail tendu; on peut certainement déceler dans 
quelle mesure du possible et du plausible cela pourrait se 
produire". 
    Poursuivre des politiques qui réduiraient encore plus le 
chômage et doperaient la consommation, même au risque d'une 
poussée de l'inflation, serait susceptible de convaincre les 
entreprises d'investir, d'étayer la confiance et de ramener  
dans le marché de l'emploi des personnes qui étaient jusque là 
sur la touche. 
    Les propos de la présidente de la Fed, qui ouvrent des 
perspectives dépendant largement toutefois de recherches et 
d'études qui, à son sens, restent à faire, sont symptomatiques 
d'un débat qui agite la Fed et qui consiste à savoir si la 
situation économique est à présent suffisamment proche de la 
normale pour enclencher de nouvelles hausses des taux ou au 
contraire si l'économie, affligée de séquelles profondes, se 
traîne.        
    Wall Street a accru ses gains après ces déclarations, tandis 
que le dollar a fléchi et que les Treasuries ont monté.  
    "Elle prépare peut-être à une hausse des taux en décembre 
mais elle ne veut pas être devancée par le marché", dit David 
Keeble (Credit Agricole Corporate & Investment Bank). "Plus 
d'inflation, ça ne la gêne pas".  
    "C'est une réfutation claire des arguments des 'faucons'" 
qui veulent relever les taux bientôt, ce que l'on retrouve chez 
certains présidents d'antennes régionales, observe Christopher 
Low (Ftn Financial). 
     
    ÉCONOMIE "NON CONFORMISTE" 
    Eric Rosengren, le président de la Fed de Boston, hôte de la 
conférence durant laquelle Yellen s'est exprimée, était 
partisan, lors de la réunion de politique monétaire de 
septembre, d'un resserrement monétaire immédiat.  
    Il a toutefois admis vendredi que l'économie était "non 
conformiste" en raison de sa croissance molle et l'opinion 
générale est qu'elle évolue surtout en fonction de paramètres 
démographiques qui ne sont guère susceptibles d'évoluer. 
    "Il se peut qu'on doive se faire à la réalité d'une 
croissance basse", constate John Fernald, un chercheur de la Fed 
de San Francisco. "Le potentiel est réellement bas". 
    Un tel constat pourrait figurer très haut dans l'ordre du 
jour des prochaines réunions de politique monétaire, lors 
desquelles se constituera peut-être ou peut-être pas un courant 
favorable à un dépassement de l'objectif d'inflation de la Fed, 
actuellement de 2%, pour favoriser et l'emploi et 
l'investissement. 
    Pour Janet Yellen, la crise a pu causer des dommages 
permanents, au point qu'il faudra éventuellement repenser les 
politiques monétaire et budgétaire. Cela pourrait passer, par 
exemple, par une gamme d'outils non conventionnels plus étendue 
et plus rapidement mobilisable lors d'une récession, afin 
d'éviter de nouvelles séquelles.  
    "Cette expérience post-crise suggère que les changements de 
la demande cumulée peuvent avoir un effet appréciable et 
persistant sur l'offre cumulée, soit sur la production 
potentielle", a poursuivi Yellen. 
    "Si une conjoncture économique solide peut en partie réparer 
les dégâts de l'offre, une fois ceux-si survenus, alors les 
autorités monétaires pourraient tendre à être plus accommodantes 
en phase de reprise que cela ne serait nécessaire suivant 
l'opinion habituelle voulant que l'offre dépend dans une grande 
mesure de la demande".  
    Il serait "encore plus important pour les autorités 
monétaires d'agir rapidement et énergiquement en réplique à une 
récession parce que cela reviendrait à réduire l'intensité et la 
durée du passage à vide".      
    Les anticipations d'inflation du public étant à ce point 
figées, Yellen estime également qu'un procédé tel que le 
pilotage (forward guidance) desdites anticipations "pourrait à 
nouveau s'avérer nécessaire à l'avenir car il est vraisemblable 
que l'économie mondiale continuera de connaître des taux 
d'intérêt historiquement bas; en conséquence réduire les taux 
d'intérêt à court terme ne serait sans doute pas la réponse la 
plus adaptée à une future récession". 
     
 
 (Wilfrid Exbrayat pour le service français) 
 
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