Yannick Noah : " Si un joueur sort du cadre... "

le , mis à jour à 16:30
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Yannick Noah : " Si un joueur sort du cadre... "
Yannick Noah : " Si un joueur sort du cadre... "

Au lendemain de sa nomination au poste de capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis, Yannick Noah a exposé son projet pendant 45 minutes en conférence de presse à Roland-Garros. Avec le soutien des joueurs, auxquels il ne fera aucun cadeau, il espère ramener le Saladier d'Argent en France en 2016.

Yannick Noah, comment s’est déroulé votre retour à la tête de l’équipe de France de Coupe Davis ?
J'ai l'impression de n'être jamais vraiment parti. J'ai des contacts avec le monde du tennis depuis toujours. J'ai été contacté comme souvent depuis dix ans. Cette année, on m'a demandé si j'étais prêt à reprendre l'équipe de France de Coupe Davis. Ma réponse a été claire : je voulais parler aux joueurs avant. Ma réponse a donc été assez tardive, il était clair après avoir parlé aux joueurs que tout était en place pour revenir.

Que ressentez-vous ?
Je suis très honoré. Il s'agit de faire jouer de très bons joueurs ensemble. Il faut les mettre dans les meilleures conditions possibles. Cela fait des années que ce n'est pas le cas. J'ai cet espoir fou de recadrer et réorganiser tout cela, avec les joueurs. Je suis très confiant.

Comment ont réagi les joueurs avec qui vous avez discuté ?
Je ne suis pas juste accepté dans l'équipe. Il y a un cadre défini, que j'ai expliqué aux joueurs. C'est autour de cela qu'on s'est mis d'accord. Cette unanimité était essentielle pour moi. L'équipe de France, pour moi, concerne dix joueurs. Il faut faire attention aux certitudes, toujours se remettre en question. J’ai remis mes certitudes et convictions au service de l’équipe de France féminine (en 1997, ndlr), alors que je n’avais jamais vu un match féminin. Une fois de plus, on m’a dit que j’allais me planter. Ça a été pareil quand j’ai commencé à jouer, quand j’ai été capitaine pour la première fois, pour la deuxième fois, que j’ai entraîné les filles, quand j’ai commencé à chanter. Je connais vraiment le tennis. Mais je vais devoir apprendre à connaître le mode de fonctionnement des joueurs, pas à travers les entourages, la presse. J’ai commencé le travail. C’est vraiment possible. Je n’ai pas le sentiment que certains joueurs ne seraient pas partants pour cette aventure. Nous avons eu des discussions riches et intéressantes. Le but à la fin c’est de donner du bonheur. Il va falloir travailler, changer certains fonctionnements, il va falloir faire des efforts, peut-être des sacrifices. J’ai un plan, il est clair. Si on donne le meilleur de nous-mêmes à tous les matchs pendant quatre rencontres, on a une chance de gagner.

« Il faut travailler dans l’urgence, toujours »

Comment allez-vous rétablir une certaine autorité dans ce groupe ?
Il faut mettre ses égos au service de notre objectif. Si un joueur sort du cadre, il sort de l’équipe. I n’y aura pas un, deux ou trois avertissements. On s’est regardé dans les yeux, on est des champions. Lors de la dernière finale en décembre, il n’y a pas même eu de recadrage… Parfois il faut prendre des décisions douloureuses, mettre de côté quelqu’un qui est ton leader, ton ami. On est tous potes, on a tous grandi ici (à Roland-Garros, ndlr), on est tous très proches. Il faut prendre une décision pour l’intérêt commun.

Avez-vous l’impression que le processus a bien été géré par la FFT ?
Ce n’est pas simple de dire à quelqu’un d’irréprochable, qui incarne l’esprit de la Coupe David « tu es remercié ». Depuis quinze jours, j’ai lu tout ce que se disait, mais on se détourne un peu de l’essentiel : redonner le sourire aux gens, faire pleurer de joie les gens qu’on aime. J’imagine qu’Arnaud est blessé, j’aurais été pareil à sa place. Tout le monde est d’accord pour dire qu’Arnaud est quelqu’un de très valable. Il y a urgence, car il y a eu beaucoup d’espoirs avec des joueurs, et une génération est en train de passer. Il faut travailler dans l’urgence, toujours. C’est aujourd’hui que le message doit être compris. On dit souvent que si ce n’est pas pour cette année, ce sera pour la prochaine. Je ne suis pas d’accord.

Comment se sont déroulées les discussions ?
J’ai été contacté fin août. Arnaud (Clément), je parle avec lui tout le temps. Pendant Roland... On se voit dans les restos. Si je vois Guy (Forget) dix fois par an, on va parler à chaque fois de la Coupe Davis. Il faut que les joueurs adhèrent à mon discours. Je sens que j’ai derrière moi une équipe motivée. C’est très bien que ce soit la Fédération qui décide, c’est bien qu’il y ait une hiérarchie. Aujourd’hui ça flotte un peu, car une génération de joueurs a pensé que c’était eux qui décidaient, mais ce n’est pas le cas. Ça se passe comme ça dans tous les sports. Je n’ai pas besoin d’être à Lille pour savoir ce qui se passe sur le terrain, juste à voir comment se comporte le box, comment rentrent les joueurs sur le terrain, comment se passe la communication trois jours avant, je sais comme ça marche. Je ne vais pas dire à Gilles : « sur la balle de break, plie tes jambes » Je n’ai pas peur de faire face, j’ai l’habitude, je connais. Allez les Bleus !

« Je n’ai pas besoin de voir tous les matchs »

Vous avez signé pour la saison 2016, et après ?
Je ne veux pas de contrat, je ne veux rien signer, ça ne m’intéresse pas.

Quel sera votre discours lors du 1er tour en mars prochain ?
Nous avons quatre joueurs qui se tiennent, c’est rare. D’habitude il y a  un ou deux très bons joueurs dans une équipe. On ne parle pas pareil à Gilles qu’à Gaël. Je veux  vraiment être sûr qu’ils comprennent ce que j’attends d’eux. Passer du temps avec eux, avec leur entourage, créer un lien avec leur staff, les coachs, apprendre à connaître les joueurs mais aussi les êtres humains, savoir comment ils réagissent face au stress.

Allez-vous suivre les joueurs aux quatre coins du monde au quotidien ?
L’Australie, j’y vais plutôt en vacances. Paris et New York, j’y suis tout le temps. Wimbledon, on verra si j’y vais ou pas. Je préfère garder mon discours pour la semaine de la Coupe Davis, pas à la fin des matchs quand les joueurs sortent du massage. Je n’ai pas besoin de voir tous les matchs. J’aurai dans mon staff, que je dévoilerai dans une à deux semaines, des gens qui me rendront compte des états physiques et techniques des joueurs et des résultats. Ça ne m’empêchera pas de me déplacer pour voir un match de temps en temps.

Allez-vous continuer en même temps votre carrière de chanteur ?
Faire un album, assurer la promotion, ça prend six mois. Ensuite, la tournée dure un an, un et demi. J’ai terminé ce cycle avant-hier. J’entre dans une nouvelle phase, qui peut durer deux, trois, quatre ans. C’est moi qui décide des dates, je suis mon propre patron. Je suis à 100% joueur de tennis, capitaine de Coupe Davis.

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