Yannick Bru : " On a repris un projet à zéro "

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Yannick Bru, l'entraineur des avants de l'équipe de France, s'est confié sur le Tournoi des VI Nations de son équipe. Il dresse avec lucidité un constat sur le parcours des Bleus tout en relativisant la cinquième place finale. Pour lui, il y a une marge de progression, que ce soit pour les joueurs et les entraineurs.

Yannick Bru, suite à cette défaite face à l’Angleterre, quel est votre sentiment ?
C’est un sentiment mitigé. D’abord, c’est la déception d’avoir perdu ici face à l’Angleterre qui prédomine car c’est un moment particulièrement désagréable. Le deuxième point, c’est aussi l’impression d’avoir été proche, d’avoir vraiment progressé sur notre projet collectif. Nous avons réalisé de très bonnes séquences de jeu. En première période, nous avons franchi énormément de fois sans concrétiser. Les Anglais ont marqué des essais beaucoup plus facilement que nous. Il y a donc cette frustration de la défaite. Il ne faut pas employer le mot satisfaction, mais les joueurs ont pris du plaisir à créer des choses sur le terrain. C’est la dure réalité de ce niveau, nous n’avons pas été assez réalistes et un gros point noir sur ce passage où on perd trois ballons successifs en touche qui nous handicapent vraiment sur le match. 

Comment expliquez-vous ces errements en touche ?
C’est un peu paradoxal car la touche était notre gros point fort depuis le début du VI Nations. Nous avons fait quasiment 100% à tous les matchs. La fatigue aidant, nous avons manqué de lucidité. Je pense que les Anglais ont joué une partie de poker menteur, nous arrivions de moins en moins vite dans les alignements et nous étions moins prompts à déclencher nos sauts. Cela explique qu’ils ont très bien réussi à contrer certains lancers. 

Avez-vous manqué un peu d’alternance dans vos lancements de jeu ?
Non. Je ne rentrerai pas dans le détail de la stratégie mais je pense que c’est plus certaines erreurs, certaines mauvaises interprétations, une mauvaise communication qui ont aussi provoqué quelques problèmes. Mais on sait en touche que, lorsqu’on entame une série négative, le démon s’empare des esprits et la communication se fait moins bien. Il faudra travailler d’avantage ces situations. 

Sentez-vous qu’il y a de l’espoir pour l’avenir ?
On a repris un projet à zéro il y a six semaines, avec les problématiques de temps de travail qui sont celles du rugby français. Je pense qu’il y a une vraie progression en termes de contenu sur les matchs. Après, je vous laisse analyser la suite mais c’est sûr qu’au niveau comptable, ce n’est pas satisfaisant. Mais il y a une progression, les joueurs trouvent leurs repères. On voit offensivement des choses abouties. On l’a vu par bribes en Ecosse malgré beaucoup de déchet. On l’a vu de manière plus consistante contre l’Angleterre même si il y a toujours des manques dans certains secteurs. Le niveau international, c’est d’essayer d’atteindre la perfection dans tous les secteurs, chose qu’on n’arrive pas encore à réaliser.  Il ne faut pas oublier que l’Angleterre présentait quasiment l’intégralité du XV qui était présent à la Coupe du Monde. Regardez le nôtre et vous verrez qu’il y a beaucoup de changements. Je pense qu’on est sur un bon chemin, qui est compliqué, mais le niveau international ne pardonne rien. Je pense que le groupe va encore performer. 

« En équipe de France, c’est tout le temps l’urgence » 

Pour la prochaine tournée d’été, vous ne pourrez pas compter sur les demi-finalistes du Top 14...
On sait que la plupart des joueurs, on les retrouvera en novembre et c’est dommage. Je sais qu’en équipe de France, il faut garder l’énergie pour les choses sur lesquels on a du contrôle. On sait que la tournée de juin sera compliquée. 

Guilhem Guirado est la vraie satisfaction de ce Tournoi. Est-ce que construire autour de lui est un élément essentiel de l’avenir du XV de France ?
Oui, peu de gens en interne avait des doutes sur sa capacité à conduire l’équipe. C’est un très bon joueur. Je pense qu’il aurait sa place dans beaucoup de nations. C’est l’un des très bons talonneurs sur l’échiquier mondial et un très bon leader. Il prend de l’épaisseur dans le management de cette équipe. 

Avez-vous l’impression que le travail de reconstruction du XV de France peut prendre plus de temps que prévu ?
Du temps, il en faut, mais on ne peut pas demander le temps que l’on n’a pas. En équipe de France, c’est tout le temps l’urgence. Je pense qu’il y a aussi des joueurs qui ont fait la connaissance avec le niveau international, à l’image de Jefferson Poirot, qui est arrivé sur la pointe des pieds pour remplacer Eddy Ben Arous, blessé.  C’est le cas de Yacouba Camara, Camille Chat ou encore Wenceslas Lauret qui a dû y goûter à nouveau. Et je ne parle pas des trois-quarts qui étaient encore plus renouvelés. Il faut vivre ces émotions la pour progresser mais on a très peu de temps. Je pense que les joueurs adhèrent au plan de jeu. Il y a une progression évidente mais les résultats ne sont pas satisfaisants. Il faudra qu’on fasse une très bonne fin d’année 2016. 

C’est le premier Tournoi de Guy Novès. Un mot sur cette nouvelle collaboration ?
Guy est serein, il est apaisé. Il est bien dans ce costume-la et je pense qu’on va encore s’améliorer dans le staff comme les joueurs. Je trouve que pour un premier fonctionnement sur ce VI Nations, même si les résultats ne sont pas là, il y a eu une réelle complicité à l’intérieur et une progression qui nous parait importante. 

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