XV de France : Saint-André en enfer

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XV de France : Saint-André en enfer
XV de France : Saint-André en enfer

Après cette ultime défaite contre la Nouvelle-Zélande, Philippe Saint-André quitte son poste avec le plus mauvais bilan d'un sélectionneur du XV de France. L'ancien capitaine des Bleus, déjà éliminé en quart de finale en tant que joueur en 1991, a donc raté son mandat.

DE NOTRE ENVOYE SPECIAL A CARDIFF,

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Avec 44,4% de victoires, Philippe Saint-André quitte son poste de sélectionneur sur un bilan catastrophique. Le pire de l'histoire des sélectionneurs du XV de France. Avec 20 victoires, 2 matchs nuls et surtout 23 défaites, celui qui a vécu sa dernière contre les Blacks au Millennium Stadium de Cardiff est en effet très loin de ses prédécesseurs. Pierre Berbizier avait connu 68% de succès, 64% pour Jean-Claude Skréla, 57% puis 69% pour Bernard Laporte et enfin 58% pour Marc Lièvremont. La comparaison fait mal. Lorsqu'il a pris les rênes des Bleus, beaucoup imaginaient pourtant un autre destin pour le « Goret ». Certes, il n'était pas le premier choix de Pierre Camou, puisque Guy Novès avait décliné le poste, mais Saint-André semblait avoir les épaules pour réussir. Son parcours en tant qu'entraîneur, surtout durant ses années anglaises à Gloucester et Sale qu'il mena au titre de champion en 2006, plaidait pour lui. Et ce, malgré un passage mitigé à Toulon. Nommé le 23 août 2011, l’ancien ailier de Clermont devait apporter son style. Evidemment plus pragmatique que Lièvremont.

Entouré de deux techniciens reconnus, Yannick Bru, en charge des avants, et Patrice Lagisquet, responsable des lignes arrières, l'ancien international (69 sélections dont 34 en tant que capitaine) avait, sur le papier, toutes les cartes pour réussir. « C’est un grand honneur d’être le neuvième entraîneur-manager de l’équipe de France, lançait-il lors de sa prise de fonction. Je connais aussi l’énorme responsabilité. » Quatre ans ont passé et c'est justement sa responsabilité qui est pointée du doigt. Car s'il a fallu gérer le départ de plusieurs tauliers après la Coupe du monde perdue d'un point en Nouvelle-Zélande et donc lancer une nouvelle génération, jamais l'équipe de PSA n'a réussi à s'affirmer ces dernières saisons. Quatrième des Tournois des VI Nations 2012, 2013 et 2015, et même dernière du Tournoi 2014, la France n'a été que l'ombre d'elle-même. Non seulement d'un point de vue comptable mais aussi dans son projet de jeu. Rares ont été les victoires abouties du XV de France ces quatre dernières années, si ce n'est la tournée d’automne 2012 avec notamment une victoire contre l'Australie. Mais durant son mandat, jamais Saint-André n'aura donc réussi à battre la Nouvelle-Zélande et même l'Irlande. Le « très, très haut niveau », qu'il ambitionnait, aura été fatal à Saint-André

Des choix humains et stratégiques contestables

Ses choix humains (avec l'éviction de François Trinh-Duc et Maxime Mermoz comme symbole) et stratégiques n'y sont évidemment pas pour rien. Et en dehors, sa communication n'a pas franchement non plus été une réussite. Toujours sur la retenue, pas à l'aise devant les caméras et sans charisme, celui qui était pourtant un meneur d'hommes en tant que joueur n'a jamais vraiment réussi à se lâcher. Son équipe non plus malheureusement. Autant le dire clairement, on s'est souvent ennuyé devant le spectacle produit par Thierry Dusautoir et ses partenaires. « Une équipe sans âme, sans appétit, sans grande jovialité », selon Daniel Herrero. Beaucoup regrettent aussi le style de jeu proposé depuis 2011. Ou plutôt le non jeu. « Je crois que les joueurs sont orphelins de ce manque de définition de jeu, expliquait Denis Charvet cette semaine. Quand on voit les Irlandais, c’est simple et propre, mais il faut que les joueurs y adhèrent. Et pour que les joueurs y adhèrent, il faut qu’un système de jeu soit mis en place. Je ne crois pas que ce soit le cas de l’équipe de France. »

Comme tous les quatre ans, et même encore plus cette fois, on attendait pourtant beaucoup de la préparation estivale des Bleus avant cette Coupe du monde. On y a vu un PSA requinqué. Souriant et ambitieux. « Là, on entre dans ce que je sais faire », disait-il à Tignes au mois de juillet avec une certaine maladresse. « C’est à dire être au quotidien avec les joueurs, tout gérer. » Trois mois plus tard, le bilan est d'autant plus décevant. Les séances de musculation et de wattbike n'auront pas suffi à métamorphoser cette équipe à l'animation offensive parfois proche du néant. Philippe Saint-André, hué samedi soir par le Millenium Stadium de Cardiff, quitte, lui, son poste sur un échec cuisant. « Comme entraîneur, ça n’a pas marché, point, résume Vincent Moscato. Mais on ne va pas le pendre, on n’est pas du foot, on l’excuse, ce n’est pas grave. Il a échoué là où plein d’autres auraient échoué. Ce qu’on veut, c’est un mec qui gagne. » Le chantier de Guy Novès, son successeur, est énorme. Tout autant que les attentes autour de ce XV de France jusqu'au prochain Mondial japonais dans quatre ans.

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