XV de France : Que retenir du stage de Tignes ?

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XV de France : Que retenir du stage de Tignes ?
XV de France : Que retenir du stage de Tignes ?

Huit jours après son arrivée à Tignes, le XV de France bénéficie d'une seconde journée de repos ce jeudi. L'occasion de revenir sur cette grosse préparation effectuée dans la station savoyarde.

Du physique et peu de rugby

Philippe Saint-André l'avait clairement annoncé : l'objectif de ce stage à Tignes est avant tout de mettre les organismes à rude épreuve. « Le travail sera encore axé à 70% sur le  physique et 30% sur le rugby, disait-il jeudi dernier lors du premier point presse organisé. On veut continuer avec ce super état d'esprit. C'est un stage important pour la suite. Il y a de l'excitation, l'envie de  continuer à se dépasser ». Certains se régalent à l'image de Rory Kockott, d'autres sont parfois plus en souffrance. Comme Mathieu Bastareaud sur le vélo ou Scott Spedding, pas franchement fan du wattbike. Tous souffrent, sans broncher. « Honnêtement, tout est dur, résume Yannick Nyanga. On a mal partout. Il n’y a pas un endroit qui fait moins mal que les autres mais, en tout cas, c’est quand même bien pensé car on touche toutes les zones de notre corps. Je ne sais pas ce que ça va donner sur le terrain mais on se sent développés d’une séance à l’autre. Il y a vraiment une amélioration à chaque séance qu’on a répétée, c’est bon signe. » Evidemment, les joueurs préféreraient passer leurs journées sur le terrain de rugby plutôt qu'à la salle de musculation de Tignes Espace ou sur les wattbikes, mais tous connaissent les enjeux d'une telle préparation commando. « On nous demande de repousser nos limites et de donner le maximum, résume le capitaine Thierry Dusautoir. On est sur la corde raide. Mais c’est ce qu’il faut pour être prêt pour une compétition telle que la Coupe du monde. »

Une cohésion renforcée

C'est l'autre objectif de ce stage à la montagne : construire un collectif et renforcer la cohésion du groupe. Loin de Marcoussis, les Français ont appris à souffrir ensemble, à s'entraider et même à dormir ensemble sur des lits de camp au pied du glacier mercredi soir. Les deux journées, sans téléphones portables, à en baver ensemble en haute montagne lors de l'ascension de la via ferrata, sur le col de l'Iseran en VTT ou dans la neige du glacier de la Grande Motte, resteront comme l'un des moments forts de cette préparation estivale. Les joueurs sont partis dans l'inconnu pour mieux se resserrer. « En 2011, on était fou sur le moment, quand on a dû porter un bateau qui n’était même pas dans l’eau, aller goudronner chez un agriculteur, se souvient Pascal Papé. Que des choses folles mais qui, maintenant, sont de bons souvenirs. Dans dix ans, quand on se reverra, on aura du plaisir à en reparler. » Mais pas question bien sûr d'évoquer une colonie de vacances selon le capitaine Thierry Dusautoir. « Ce n’est pas trop le terme, dit-il. Bien sûr, il y a de la décontraction, on fait en sorte qu’il y ait une bonne ambiance pour que la difficulté physique passe au second plan. On veut que l’ambiance du groupe nous permette d’avancer, et d’éviter de laisser un joueur dans le fossé. Un effort est fait sur l'investissement de chacun dans l'organisation de la vie de groupe. Ce que je leur ai dit, c'est que ces moments difficiles, intenses, font partie de l'aventure ».

 

Pas encore de concurrence

Dans un mois, a priori le 23 août, Philippe Saint-André réduira son groupe à 31 éléments. Un casse-tête pour le sélectionneur-manager des Bleus et une possible prise de tête pour les joueurs. Car à de nombreux postes, beaucoup ne sont pas encore assurés d'aller à la Coupe du monde. A les écouter pourtant, pour le moment, la concurrence ne se ressent pas au quotidien. « Pendant les séances de travail, on s’entraide tous, on se tire les uns les autres vers le haut, on s’encourage, on ne se laissera pas tomber jusqu’à la liste finale, résume le centre Rémi Lamerat. Malheureusement, cinq resteront sur le carreau alors qu’ils ont souffert avec tout le monde pendant deux mois. Ça va être un moment assez difficile. Mais franchement, pour le moment, on ne ressent pas la concurrence entre nous. » PSA, lui, nuance un peu. « Je ne vais pas cacher, quand tu as les trois ouvreurs ensemble ou les trois talonneurs ensemble, je ne vais pas dire qu'ils ne se tirent pas la bourre. Mais heureusement ! » De Tignes, la liste finale parait en effet encore loin. Le climat devrait en revanche évidemment radicalement évoluer début août avant les deux matchs amicaux contre l'Angleterre (15 et 22 août).

Philippe Sait-André se régale

Depuis l'arrivée des Français à Tignes, Philippe Saint-André se régale. Il suffisait d'observer son sourire après l'ascension de la Grande Motte pour en être persuadé ou encore de le voir mener sa troupe la veille sur le col de Tovière. Pour la première fois depuis le début de son mandat, peu convaincant en termes de résultats, PSA peut travailler au quotidien avec ses 36 joueurs sur un aussi long laps de temps. Et retrouver des repères et des automatismes qu'il avait en tant qu'entraîneur de club à Gloucester, Bourgoin, Sale et Toulon. « Je fais des choses que l'ai l'habitude de faire, expliquait-il jeudi dernier. Je suis au quotidien avec les joueurs. Là j'ai plus  l'impression d'avoir un vrai cycle, entre la préparation, la pré-compétition et la compétition. Pour l'instant, ce n'est que du plaisir et que du bonheur. Les joueurs et nous, le staff, nous sommes des privilégiés de préparer une Coupe du monde. On est le club France. On est vraiment rentré dans une logique de préparation de club. Que soit pour Patrice (Lagisquet), Yannick (Bru) et pour moi, on retrouve des choses que l'on a vécues pendant de longues années dans clubs respectifs ». Et comme tous ses prédécesseurs, il entend profiter à fond de cette préparation estivale, qu'il a longuement réfléchie avec Julien Deloire, pour rattraper le retard sur les autres nations, notamment du Sud.

A 36 ou presque

La bonne nouvelle pour Saint-André et son staff est bien sûr qu'aucun joueur ne s'est sérieusement blessé depuis le 6 juillet et qu'aucun forfait n'est donc à déplorer pour la Coupe du monde. C'est évidemment une crainte quotidienne de perdre un joueur durant une préparation aussi intense. « On est toujours à la limite de la blessure sur pas mal de joueurs, selon PSA. Mais après les deux tests amicaux contre l’Angleterre, on rentrera sur un réinvestissement physique et un affûtage sur le plan rugbystique pour arriver en pleine forme pour le premier match face à l’Italie. » Malgré tout, depuis le début de ce stage tignard, rarement l'équipe de France a pu travailler au complet. Plusieurs bobos sont à déplorer, en particulier concernant Sébastien Tillous-Borde. Le demi de mêlée toulonnais s'est blessé à un genou lors de l'entraînement ouvert au public dimanche dernier. Depuis, il a été dispensé de nombreuses activités, dont celles en haute montagne mardi et mercredi. L'international aux 14 sélections n'a pu que contempler l'ascension de la Grande Motte à travers sa longue vue. Pour le moment, son cas ne suscite pas d'inquiétude. D'autres ont également parfois regardé leurs partenaires souffrir, comme Bernard Le Roux. Le troisième ligne du Racing 92, touché aux adducteurs, a monté l'Iserand confortablement installé dans une voiture de la Fédération et non en VTT. Quant à Noa Nakaitaci, c'est la course en radeaux qu'il a ratée, mercredi, tout comme l'entraînement de dimanche dernier ainsi que Wesley Fofana, Loann Goujon et Xavier Chiocci. Tous ont pu profiter d'une seconde journée off à Tignes, ce jeudi pour recharger les batteries avant de se remettre au travail jusqu'à samedi.

De notre envoyé spécial à Tignes

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