XV de France : Accusés, levez-vous !

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XV de France : Accusés, levez-vous !
XV de France : Accusés, levez-vous !

Les Bleus éliminés de la Coupe du monde dès les quarts de finale, l'heure est au bilan. Alors qui sont les responsables de ce Mondial raté, et plus largement, de ces quatre années laborieuses ? Cibler Philippe Saint-André est facile, sans doute trop même.

C’est le constat de la facilité. Jamais un sélectionneur n’avait présenté un si mauvais bilan à l’issue de son mandat à la tête du XV de France : 45% de victoires. Débarqué en 2011 pour prendre la succession de Marc Lièvremont, Philippe Saint-André devait apporter un peu de son pragmatisme, fort d’expériences réussies en Angleterre. Mais l’échec est total. Aucune victoire dans le Tournoi, un pourcentage de victoires ridicule, et une Coupe du monde laborieuse de bout en bout. Seule la victoire contre le… Canada a satisfait. Pendant quatre ans, PSA a pataugé. 82 joueurs testés en 45 matchs, 17 charnières différentes, des choix humains (Mermoz, Trinh-Duc) et techniques (Grosso plutôt que Médard) contestables. Sa communication n’a jamais été réussie, sa voix chevrotante étant moquée dès ses premières conférences de presse. 

L’échec d’une Fédération

Mais c’est surtout son projet de jeu qui cristallise toutes les rancœurs du monde du rugby. Un schéma basé sur la puissance et le physique, qui a volontairement laissé de côté le « french flair » ou le jeu au large. Résultat : une moyenne de 1,6 essai par match… Triste. « Je crois qu’il a un peu renié sa mémoire et notre mémoire. Il les a un peu oubliées, regrettait Daniel Herrero cette semaine. Cela débouche sur une équipe sans âme, sans appétit, sans grande jovialité et sans aucun doute aussi sans ce qui fait l’âme du rugby de France. » Pourtant, l’échec du XV de France est davantage celui de toute une Fédération que celui d’un sélectionneur. Très discrète pendant la Coupe du monde, la Fédération française de rugby, à l'image de son président muet Pierre Camou, cherche-t-elle à se faire toute petite pour éviter de centraliser toutes les critiques ? Car si le mandat de Saint-André s’est soldé sur un cuisant échec, elle y est aussi pour beaucoup. C’est elle qui a confié la mission au « Goret » il y a quatre ans en remplacement de Marc Lièvremont. 

Les élections de 2016 s’annoncent tendues

Certes, l’ancien coach de Toulon n’était pas le premier choix, Guy Novès, son successeur, ayant à l’époque décliné le poste, mais la FFR l’a maintenu contre vents et marées pendant quatre ans. Même quand les Bleus étaient humiliés contre l’Italie, pendant le Tournoi des VI Nations. La théorie selon laquelle changer de sélectionneur à un ou deux ans d’une Coupe du monde est suicidaire ne tient pas. Joe Schmidt, sélectionneur reconnu de l’Irlande, a été nommé en 2013 ! Et le Trèfle s’est qualifié pour les quarts en donnant une leçon aux coéquipiers de Thierry Dusautoir. Seule décision de la FFR ? Installer Serge Blanco dans les pattes de PSA. Un pare-feu, un gilet pare-balles, une caution morale. Qui n’a eu aucun des effets escomptés… « Cela fait un an que je suis là. Je ne fais rien et je ne veux surtout rien faire », a même balancé l’ancien boss de Biarritz la semaine dernière ! Presque effrayant. Le rugby français va devoir changer. En profondeur. Et les élections présidentielles, prévues en décembre 2016, devraient faire parler. Bernard Laporte se servira sans doute de ce fiasco pour imposer ses idées. 

Le Top 14 et ses stars dans le viseur

Car le Top 14 porte également une part de responsabilité dans l’échec du rugby tricolore au niveau international. Sur l’échiquier européen, le Championnat de France est sans conteste ce qui se fait de mieux. En Coupe d’Europe, cette année encore, ce sont deux clubs français qui se sont disputés la couronne continentale. Une réussite que le Top 14 a bâtie sur le recrutement de nombreuses stars internationales depuis plusieurs années. Une pléiade de cadors qui relègue bien souvent les jeunes espoirs français sur le banc. Et même certains leaders français, à l’instar de Frédéric Michalak, longtemps dans l’ombre de Wilkinson à Toulon, ou bientôt de Scott Spedding, appelé à devenir la doublure de Nick Abendanon à Clermont. « Il y a beaucoup trop d’étrangers dans notre Top 14, le Championnat ne produit pas assez de jeu, le temps de jeu effectif est très en dessous de celui du niveau international », rappelait Yannick Bru, l’entraîneur des avants, auprès de L’Equipe il y a un an. Et un peu à l’image de l’Angleterre en football, le rugby français s’est appauvri au niveau international à mesure qu’il s’est enrichi au niveau des clubs. Les responsabilités sont donc multiples et partagées, sans compter celle des joueurs évidemment, et la plaie est visiblement profonde.

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