Xavier Pommereau, un psy spécialiste des ados en vrille

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Spécialiste des adolescents suicidaires, le psychiatre français Xavier Pommereau accompagne depuis 20 ans un âge en souffrance qui déroute et inquiète, en tentant de les "poser", et en même temps de les "bousculer".

Hyperalcoolisation, scarifications, tentatives de suicide de plus en plus jeunes -15 ans en moyenne au lieu de 17 il y a vingt ans- "mises en danger" diverses: les adolescents affolent des parents désorientés.

"Nos ados d'aujourd'hui sont des enfants du zapping, de l'image, du numérique. Ils peuvent se dire par la parole, mais à condition qu'il y ait des supports puisqu'eux-mêmeS ont tout le temps un support: leur messagerie, leur portable, leur page Facebook, leur look..." explique le praticien de 50 ans au physique de 2e ligne de rugby.

Xavier Pommereau a fondé à Bordeaux (sud-ouest) le centre Jean Abadie, le premier en France dédié aux adolescents suicidaires.

L'idée du centre -qui accueille 15 lits d'internes et des "externes"- germa après son internat de psychiatrie.

Il manquait, dit-il, un espace "de décantation" pour ces ados "en vrille": ils ne sont pas voués à l'hôpital psychiatrique, mais pas non plus à revenir chez eux comme si de rien n'était, après avoir tenté de se tuer.

Le grand hôpital CHU de Bordeaux -où le Dr Pommereau dirige le Pôle adolescence- reçoit 900 mineurs par an pour tentatives de suicide, rappelle cet auteur d'ouvrages sur l'adolescence (dernièrement "Nos ados.com"), souvent sollicité dans les médias.

"Ni un enfant ni un adulte, parfois un peu de chacun. Le plus souvent, il est tout autre chose", décrivait Victor Courtecuisse, pédiatre parisien décédé en 2010, qui dans un service au Kremlin-Bicêtre ouvrit la voie dans les années 80 et fut un "grand soutien" au pionnier Pommereau, se souvient celui-ci.

"Lâchez-leur la grappe!"

Au centre Abadie, "les ados ne sont pas en pyjama, on leur met pas des couverts en plastique. Ils sont entre ados qui ne vont pas bien, ne sont pas coupés du monde, peuvent se maquiller, garder leur portable, aller, venir. Ils sont dans leur jus, et on travaille avec ça"

Ateliers de "parole", ateliers "live" -avec le docteur à la guitare Fender- usage des réseaux sociaux, mais aussi entretiens "classiques" avec psychiatres, psychologues, le centre fonctionne un peu comme une "décantation", mais "où on les agite, on les met en ébullition. Et on voit qu'ainsi ils parlent de leurs problématiques".

"On est en collectivité. Et on est liés, proches, car on sait qu'on est tous ici pour la même raison", raconte Anastasia (pas son vrai nom, ndlr), 15 ans, revenue de "plusieurs T.S" (tentatives de suicide), patiente interne puis a présent externe. Elle mesure "à quel point (sa) perception à changé en 10 mois, alors qu'avant (elle avait) l'impression d'être morte".

A la fois direct et rassurant avec les jeunes, mais aussi avec les parents en général -"Lâchez-leur la grappe!" mais "N'ayez pas des peurs à la c...", Xavier Pommereau est conscient que l'approche d'une psychiatrie souple, dans une structure pour ados ouverte, a encore du chemin à faire.

"On n'est que cinq-six centres comme ça en France" dit-il d'Abadie, qui s'est enrichi au fil des ans d'une unité pour troubles du comportement alimentaire (anorexies), et d'un service psychiatrie de l'enfant-adolescent.

Avec deux fabricants de jeux vidéo, il réalise actuellement un "serious game", un jeu à vocation "sérieuse", pour simuler et traiter, via des avatars, des situations de crise à l'adolescence: le bureau du principal, le conflit avec un parent, etc.. Les jeunes eux-mêmes, encadrés de soignants, aident a remplir les dialogues du jeu, qui sera opérationnel fin 2013.

"Aaah ça, la tête des directeurs quand on leur a dit qu'on allait faire un +serious game+ dans le service !", s'amuse le psychiatre, qui adolescent rêvait de devenir guitariste rock. Pas évident dans une famille bourgeoise truffée de médecins : "au final je me suis conformé, tout en aménageant à l'intérieur de ma conformation un secteur dans lequel je me retrouve".

"Donc moi, les ados un peu rebelles, ça me plaît bien", conclut-il. "Je n'ai pas envie de les pacifier, de les rendre moutons sages, j'aime qu'ils restent un peu décalés. Et ça a aidé à ce qu'ils me parlent".

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