Washington étudie des pistes pour répondre à la crise des réfugiés

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par Doina Chiacu WASHINGTON, 8 septembre (Reuters) - L'administration Obama étudie un certain nombre de pistes susceptibles d'apporter des solutions aux questions soulevées par le drame humanitaire que vivent les réfugiés, a dit lundi soir un porte-parole de la Maison blanche. "Nous sommes également en contact étroit avec des pays du Moyen-Orient et d'Europe qui ont été considérablement touchés par la hausse de l'afflux de réfugiés", a déclaré Peter Boogaard dans un communiqué transmis par courriel. Depuis le début de la crise syrienne, en mars 2011, qui s'est progressivement muée en guerre civile, 1.500 Syriens ont obtenu le statut de réfugiés aux Etats-Unis, la plupart cette année. Et le département d'Etat en attend 300 de plus d'ici fin octobre. Dans le même temps, plus de quatre millions de réfugiés syriens se sont fait enregistrer dans des Etats voisins, dont 1,9 million en Turquie, 1,1 million au Liban, 629.000 en Jordanie, 250.000 en Irak, 132.000 en Egypte et 24.000 en Afrique du Nord, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Des voix se sont élevées ce week-end pour presser les Etats-Unis de venir en aide à l'Europe face à la crise des réfugiés déplacés par des guerres dans lesquelles Washington porte une responsabilité. David Miliband, ancien ministre britannique des Affaires étrangères qui dirige aujourd'hui l'International Rescue Committee, a ainsi appelé les Etats-Unis à faire preuve "des qualités de leadership qu'ils sont su montrer dans ce genre de crises". "Les Etats-Unis, a-t-il dit dimanche sur ABC, ont toujours été à la pointe des questions de réinsertion de réfugiés, mais n'accepter que 1.500 personnes ces quatre dernières années est une contribution minuscule à la réponse à l'aspect humain de ce problème." (voir ID:nL5N11C0OW ) "PREMIER PAYS DONATEUR DANS LA CRISE" Une pétition en ligne lancée sur le site MoveOn.org a recueilli près de 1.300 signatures en faveur d'une plus grande ouverture des frontières aux réfugiés fuyant la guerre civile. "Nul n'est mieux équipé que les Etats-Unis pour venir en aide au peuple syrien", écrivent les initiateurs de ce projet. Dans leurs commentaires, certains signataires évoquent un impératif moral face à une crise humanitaire; d'autres rappellent les Etats-Unis à leurs responsabilités dans l'intervention militaire en Irak en 2003 et ses répercussions sur tout le Moyen-Orient. Dans sa déclaration, le porte-parole de la Maison blanche rappelle que les Etats-Unis ont débloqué plus de 4 milliards de dollars d'aide humanitaire depuis le début de la crise en Syrie, dont plus d'un milliard cette année. "Les Etats-Unis sont le premier pays donateur dans la crise syrienne", insiste Peter Boogaard. Mais l'impact sur l'opinion de la photo du petit Aylan, un garçon syrien de trois ans mort noyé et rejeté par la mer sur une plage de Turquie a modifié certaines perceptions. L'appel lancé dimanche par le pape François, qui a demandé à chaque paroisse catholique d'Europe de prendre en charge une famille de réfugiés trouve aussi un écho aux Etats-Unis, où le chef de l'Eglise catholique est attendu dans deux semaines. La Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis estime que le pays pourrait aisément intégrer 100.000 Syriens. PRÉOCCUPATION SÉCURITAIRE OU CONFUSION ? Les précédentes initiatives menées aux Etats-Unis en faveur de l'accueil des réfugiés syriens se sont néanmoins terminées en échec. Au printemps dernier, 14 sénateurs démocrates avaient ainsi écrit à l'administration Obama que 65.000 réfugiés syriens au moins puissent s'installer sur le territoire américain. L'administration fédérale leur oppose une préoccupation sécuritaire: éviter que des djihadistes de l'Etat islamique (EI) ou d'Al Qaïda se mêlent à des réfugiés pour s'implanter sur le sol des Etats-Unis, d'où un lent processus de vérification et de "screening" des dossiers, rappelait ce week-end le département d'Etat. Pour les mêmes raisons, l'opposition républicaine, majoritaire au Congrès, est également vent debout contre toute ouverture supplémentaire. Michael McCaul, président républicain de la commission des Affaires intérieures de la Chambre des représentants, soulignait en juin que "le conflit syrien constitue un cas unique qui nécessite vigilance et surveillance" parce que, ajoutait-il dans une lettre à Barack Obama, "il représente la plus forte convergence de terroristes islamistes de l'Histoire". "Le discours est vraiment épouvantable", estime James Zogby, président de l'Arab American Institute, qui pointe l'islamophobie et la "confusion entre Syriens, Irakiens et terroristes". "Nous espérons que le pape sera en mesure de défier cet état d'esprit et d'attendrir certains coeurs endurcis, mais cela reste à voir", ajoute-t-il. LIEN Pour retrouver LE POINT sur les divisions européennes face à l'arrivée des réfugiés: ID:nL5N11B061 (avec Jeff Mason; Nicolas Delame et Henri-Pierre André pour le service français)

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