Washington autoriserait la fusion entre EADS et BAE

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UNE ÉVENTUELLE FUSION ENTRE EADS ET BAE PROBABLEMENT AUTORISÉE AUX ETATS-UNIS
UNE ÉVENTUELLE FUSION ENTRE EADS ET BAE PROBABLEMENT AUTORISÉE AUX ETATS-UNIS

par Andrea Shalal-Esa

WASHINGTON (Reuters) - Il est vraisemblable qu'une fusion entre EADS et BAE Systems serait autorisée aux Etats-Unis, selon plusieurs sources proches du dossier et pourrait inspirer d'autres rapprochements dans le secteur de la défense.

Les deux groupes de défense devraient cependant modifier divers accords de sécurité passés chacun de leur côté pour éviter tout problème sur certains programmes de défense américains jugés sensibles.

La fusion ne poserait pas de gros problèmes de concurrence aux USA, qui n'est pas pour l'heure un gros marché militaire pour EADS, selon les sources.

EADS et BAE Systems n'ont pas beaucoup d'activités redondantes outre-Atlantique, ajoutent-elles. En outre, BAE Systems jouit d'une réputation avérée sur certains des programmes militaires américains les plus sensibles.

Le Pentagone a dit mercredi que les deux groupes n'avaient pas encore soumis de projet détaillé mais selon des personnes au fait du dossier, ils ont déjà eu des conversations avec des responsables américains.

"Nous n'avons pas encore été informés officiellement d'une fusion mais nous l'examinerons si elle nous est soumise", a déclaré le lieutenant colonel Elizabeth Robbins, porte-parole du Pentagone.

EADS, la maison mère d'Airbus, et le groupe britannique BAE Systems ont annoncé mercredi discuter d'un rapprochement qui créerait un nouveau géant européen de l'aéronautique et de la défense, un projet motivé notamment par la baisse des dépenses de défense en Europe et aux Etats-Unis.

BAE emploie près de 40.000 personnes dans 42 Etats américains et EADS 3.000 dans 15 Etats. Le chiffre d'affaires de BAE aux Etats-Unis a été de 14,4 milliards de dollars en 2011 et celui d'EADS de 1,4 milliard de dollars environ.

EADS construit de petits hélicoptères pour l'armée américaine mais en dehors de cela est peu représenté, d'autant qu'il a perdu l'an passé le marché des avions ravitailleurs de l'US Air Force au profit de Boeing au terme de bien des péripéties.

Un haut fonctionnaire du Pentagone avait dit la semaine dernière à Reuters que de nouvelles coupes dans le budget de la défense pourraient amener le Pentagone a être moins regardant en matière de fusion entre grands acteurs du secteur.

Il ajoutait que toute proposition, même impliquant de gros groupes, serait examinée au cas par cas.

"Si les budgets sont suffisamment serrés, il y aura de la consolidation à tous les niveaux", avait dit à Reuters ce mois-ci Linda Hudson, qui dirige les activités américaines de BAE.

BOEING ÉTUDIE LA SITUATION

Jim McNerney, le directeur général de Boeing, a dit mercredi qu'il n'avait pas encore envisagé toutes les implications de cette nouvelle. Pour autant, il ne considère pas que la nouvelle entité qui naîtrait de la fusion représente une réelle menace.

"Je ne pense pas que cela nous menace fondamentalement", a-t-il répondu, interrogé à ce sujet.

"C'est le témoin d'une consolidation mondiale qui s'amorce", a-t-il ajouté, estimant qu'une fusion EADS-BAE produirait une société qui saurait mieux équilibrer ses activités entre le militaire et le civil, un modèle que, selon lui, Boeing suit depuis quelque temps.

Chez Lockheed Martin, personne n'a fait de commentaires.

Un porte-parole de BAE aux Etats-Unis a signalé que les deux sociétés avaient passé avec les autorités américaines des accords de sécurité particuliers leur permettant de travailler sur des contrats publics sensibles.

EADS, beaucoup moins présent aux Etats-Unis, serait sans doute englobé dans cette procédure maintenant bien établie avec BAE, selon une source au fait du dossier.

Pour ce qui est de l'aval du département de la Justice, il semble être acquis, selon un expert américain.

"Je ne vois rien qui pose problème", dit Darren Bush, un ancien du département de la Justice qui enseigne le droit à l'université de Houston. "Toutes les sociétés basées aux Etats-Unis vont en faire des gorges chaudes mais, pour ce qui du point de vue antitrust, je ne vois pas bien ce qu'elles peuvent y faire."

"On peut douter que les arguments légaux existent pour bloquer le mariage BAE-EADS, d'autant qu'aucun des deux n'est un acteur majeur et qu'ils ont peu d'activité redondantes", renchérit William O'Neill, un ancien du Pentagone devenu consultant pour l'Institute for Defense Analyses.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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