Washington au chevet de l'immobilier

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Timothy Geithner, le secrétaire au Trésor américain, a présidé mardi une conférence sur la réforme du marché immobilier.

«Réparer ce système est l'un des problèmes de politique économique les plus importants et les plus compliqués auxquels est confronté notre pays.» Timothy Geithner, le secrétaire au Trésor américain, n'a pas cherché mardi à minimiser l'ampleur de la tâche. Il y a un mois, le gouvernement de Barack Obama s'était engagé à compléter sa réforme de la finance en présentant d'ici à janvier une loi réorganisant le système de financement du crédit immobilier. Le secrétaire du Trésor recevait mardi l'ensemble des acteurs du secteur afin d'établir un premier diagnostic.

Le chantier est titanesque. À l'heure actuelle, Fannie Mae et Freddie Mac, deux institutions nationalisées au c½ur de la crise financière, garantissent environ 90% des prêts bancaires au logement américains. Autant dire que, sans elles, le système ne tourne plus, ou alors à des taux prohibitifs pour la plupart des ménages américains. Mais ce mécanisme déguisé de subvention au marché immobilier a un coût exorbitant: Washington a déjà dépensé près de 150 milliards de dollars pour renflouer «Fannie» et «Freddie». Et l'addition n'est pas près de s'arrêter. Lors de leurs résultats semestriels, les deux institutions ont de nouveau appelé l'État à l'aide. À la fin de l'année dernière, le Trésor avait d'ailleurs supprimé le plafond de 200 milliards d'aides directes de l'État fédéral qu'il leur attribuait.

Taux de défaut de 9,4 %

Timothy Geithner a indiqué mardi que «Fannie et Freddie ne reviendront pas au rôle qu'ils jouaient avant la mise sous tutelle». Mais il n'a pas avancé de solutions alternatives, se contentant d'écouter les suggestions des participants à la conférence. Avant l'éclatement de la bulle immobilière, les deux prêteurs immobiliers bénéficiaient du soutien implicite du Trésor tout en concurrençant des entreprises privées. Cet adossement leur permettait de proposer des taux très bas. Un mécanisme qui a nourri pendant des années la bulle des «subprime», avant qu'elle éclate en 2007 et se propage de la sphère financière vers l'économie réelle.

Politiquement, l'Administration Obama joue gros. Les républicains militaient pour que la réforme du financement immobilier soit un chapitre de celle de Wall Street. Alors que, depuis la Grande Dépression des années 1930, l'idée de l'accession à la propriété est l'un des piliers du «rêve américain», la réalité sur le terrain reste très difficile. En 2009, 2,8 millions de foyers ont vu leur logement saisi par la banque. Et, selon le cabinet RealtyTrac, les saisies devraient cette année s'élever à 4,5 millions. D'après les experts de Deutsche Bank, le taux de défaut des ménages américains a atteint cet été 9,4% contre 3,3% lors de l'élection d'Obama en novembre 2008. Ce pourcentage variant d'un État à l'autre.

L'Amérique est encore profondément enfoncée dans sa crise immobilière. Les prix ont fondu de 30% par rapport au pic d'il y a quatre ans, et encore cela n'est-il qu'une moyenne. Et les derniers chiffres publiés mardi ne sont pas de nature à rassurer les économistes. Les mises en chantier ont certes progressé de 1,7% en juillet par rapport à juin, mais elles restent à un niveau très bas et bien plus faible que prévu.

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