Wall Street pourrait pâtir de la politique commerciale de Trump

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    par Rodrigo Campos 
    NEW YORK, 26 décembre (Reuters) - Wall Street a été soutenue 
en fin d'année par l'élection de Donald Trump dans 
l'anticipation de mesures de déréglementation, de baisses 
d'impôts et de dépenses d'infrastructures, mais la lune de miel 
pourrait prendre dès le mois de janvier. 
    Des signes de mise en place par le président élu républicain 
d'une ligne dure sur les traités commerciaux menacent de 
compromettre l'élan haussier constaté depuis le 8 novembre.  
    Donald Trump, dont l'entrée en fonction est prévue le 20 
janvier, a désigné l'économiste Peter Navarro, qui préconise une 
attitude bien plus agressive des Etats-Unis face à l'expansion 
de la Chine à la tête du Conseil du commerce national, une 
structure nouvellement créée dépendant de la Maison blanche.  
    Parmi les mesures favorisées par Navarro et l'homme 
d'affaires Wilbur Ross, choisi comme secrétaire au Commerce, 
figure une réforme fiscale favorisant les exportations 
américaines et freinant les importations, qui est aussi dans le 
programme en six points "A Better Way" (une voie meilleure) du 
président républicain de la Chambre des représentants Paul Ryan. 
Les menaces de Trump de revoir les accords commerciaux et 
d'imposer des barrières douanières semblent donc bien réelles.  
    Selon les économistes de Deutsche Bank, si cette politique 
était mise en oeuvre, l'inflation pourrait s'envoler bien 
au-dessus de l'objectif de 2% de la Réserve fédérale américaine 
et entraîner une hausse de 15% du dollar. 
    D'après les calculs des analystes, toutes choses égales par 
ailleurs, une hausse de 5% du dollar se traduit par une révision 
à la baisse de 3% des bénéfices pour les sociétés du S&P-500 
 .SPX  et une réduction d'un demi-point de la croissance du PIB. 
L'indice du dollar par rapport à un panier de devises  .DXY  a 
déjà gagné plus de 5% depuis l'élection de Trump. 
    Une politique protectionniste ne provoquerait sans doute pas 
un ralentissement économique global mais elle pourrait déboucher 
sur une récession localisée dans le secteur manufacturier et des 
gains plus faibles au niveau des emplois dans l'industrie, selon 
Brian Jacobsen de Wells Fargo Funds Management. 
    Il estime que la "taxe frontalière" pourrait déclencher des 
représailles et créer un climat d'incertitude sur le marché. 
    "Même si les législateurs ont des intentions nobles, 
certains pays pourraient utiliser cela comme prétexte pour 
soutenir ou subventionner leurs propres industries", dit-il. 
     
    PRINCIPAL RISQUE ÉCONOMIQUE  
    Depuis l'élection de Donald Trump, le S&P-500 a gagné 5,7% 
et le Dow Jones a bondi de 9%, se rapprochant de la barre des 
20.000 points. Certains secteurs se sont littéralement envolés, 
notamment les banques  .SPXBK  qui ont pris près de 25%.  
    Le ratio cours/bénéfice (PER) sur les 12 mois à venir du 
S&P-500 a augmenté d'un point depuis le 8 novembre, passant de 
16,6 à 17,6, selon des données de Thomson Reuters. 
    Les petites capitalisations ont également tiré profit de ce 
rally. Le PER à 12 mois sur l'indice Russell 2000  .RUT  est 
passé de 22 à 26 depuis le jour de l'élection, soit une hausse 
de 18% tandis que l'indice a bondi de 14%. 
    Les bénéfices du S&P-500 sont attendus en hausse de 12,5% 
l'an prochain, selon les estimations de Thomson Reuters 
Proprietary Research. Mais tout frein aux résultats des 
entreprises, tel qu'un conflit commercial ou un renchérissement 
du dollar lié à la mise en place de nouvelles barrières 
douanières, pourrait peser sur les valorisations boursières. 
    D'après les économistes des grandes banques de Wall Street, 
le principal risque qui pèse sur les perspectives économiques à 
court terme est la politique commerciale que mènera de Trump. 
    L'idée d'une taxe sur les importations "devrait alarmer les 
investisseurs", prévient Michael O'Rourke, stratégiste marché 
chez Jones Trading, dans le Connecticut. 
    "Une guerre commerciale serait extrêmement négative" pour 
les actions, dit-il, ajoutant que le rally boursier et la 
faiblesse des échanges en raison des fêtes de fin d'année ont 
jusqu'ici empêché une correction qui pourrait très bien se 
matérialiser rapidement. 
    Pour Michael O'Rourke, le secteur technologique, qui profite 
tout particulièrement de la mondialisation, serait 
particulièrement exposé à une hausse des droits de douane. 
    Les analystes du secteur automobile chez Deutsche Bank 
estiment pour leur part que la "taxe frontalière" pourrait 
affecter d'autres secteurs dépendant de chaînes 
d'approvisionnement mondiales, se traduisant par exemple par un 
surcoût pouvant atteindre 10% pour une nouvelle voiture. 
 
 (Claude Chendjou pour le service français, édité par Juliette 
Rouillon) 
  
 
 

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