Wall Street pourrait bien résister à la Fed

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WALL STREET POURRAIT BIEN RÉSISTER À LA FED
WALL STREET POURRAIT BIEN RÉSISTER À LA FED

NEW YORK (Reuters) - La décision attendue cette semaine concernant le ralentissement du programme massif de soutien à la croissance de la Réserve fédérale américaine, qui a injecté environ 2.750 milliards de dollars (2.070 milliards d'euros) dans les marchés financiers en cinq ans, devrait mettre fin à des mois d'incertitudes.

Malgré les craintes initiales que ce début de ralentissement du rythme des rachats d'actifs de la banque centrale n'ait un impact catastrophique, il semble que les marchés d'actions et d'obligations soient finalement disposés à accueillir la décision de la Fed avec calme, pourvu qu'elle ne crée pas la surprise par l'ampleur de la réduction ou tout une autre mesure.

Le Fed a laissé entendre qu'elle limiterait ses rachats d'obligations, actuellement à 85 milliards de dollars par mois, dès sa réunion de deux jours qui se termine mercredi. Le rythme du ralentissement et les déclarations du président de la Fed, Ben Bernanke, seront au centre de l'attention, mais la communication régulière faite à ce sujet depuis quelques mois laisse penser qu'il n'y aura pas de carnage sur les marchés.

Les investisseurs ont déjà largement pris en compte le message de la Fed. Les rendements des obligations du Trésor oscillent près de leurs plus hauts de deux ans et les actions sont retombées par rapport à leurs pics atteints début août.

"La Fed a déjà réussi le ralentissement (de son programme de rachats d'actifs) sans l'avoir effectivement acté", souligne Daniel Heckman, stratège sur le marché obligataire chez U.S. Bank Wealth Management à Kansas City dans le Missouri.

Les indices clé de volatilité et de positionnement sur les marchés à terme prouvent que l'inquiétude est limitée. L'indice de volatilité du CBOE, indice de la peur à Wall Street, était autour de 14 vendredi, reflétant une situation calme.

La Fed a fait savoir qu'elle engagerait un démantèlement progressif de son programme massif d'injections de liquidités si l'économie se redressait et si le taux de chômage baissait.

Si, a contrario, elle repoussait une telle décision, cela pourrait déclencher la crainte que la croissance économique américaine ne soit trop faible sans soutien de la Fed.

RISQUE DE REPLI

Les récents indicateurs économiques américains ont été mitigés, avec des créations d'emplois et des ventes au détail inférieures aux attentes. La confiance des consommateurs s'est effritée en partie à cause de la hausse des taux d'intérêt.

Ces chiffres ont incité les investisseurs à abaisser leurs prévisions concernant l'ampleur de la réduction des rachats, à 10 milliards de dollars par mois.

Toujours est-il qu'une décision surprise de la Fed pourrait entraîner un repli des investisseurs vers les actifs défensifs.

"La Fed doit passer d'une politique de soutien très offensive à une politique tout simplement offensive," dit Leo Grohowski, responsable de la gestion chez BNY Mellon Wealth Management à New York. "Les marchés sont moins bien préparés à ce qu'elle fasse davantage et si elle le faisait, on pourrait assister à un retour vers les segments de marchés défensifs."

Les secteurs cycliques ont été les premiers à profiter de la politique ultra-accommodante de la Fed, les indices financier et des biens de consommation ont pris plus de 20% depuis le début de l'année, surperformant l'indice S&P 500 qui a progressé de 18%. Toute décision surprise de la Fed pourrait avoir un impact particulièrement fort sur ces secteurs.

"Les segments sensibles à la conjoncture seraient les plus affectés et l'immobilier est en tête des secteurs les plus vulnérables", note Leo Grohowski de BNY qui supervise la gestion d'environ 175 milliards d'actifs pour les clients de la banque.

Le secteur du logement a bien performé récemment en Bourse, en hausse de 6,3% depuis début septembre, tout en restant en retrait de 16% par rapport à son pic du mois de mai. Le secteur pourrait baisser encore si la Fed prenait des mesures susceptibles de déboucher sur une hausse des taux d'intérêt.

"Tant les marchés d'actions que d'obligations accueilleraient favorablement une baisse de 10 milliards de dollars des rachats de la Fed, uniquement en obligations du Trésor. En revanche, si elle limitait ses rachats de créances hypothécaires, nous serions très inquiets quant à l'impact sur le marché du logement", dit Michael Mullaney, chez Fiduciary Trust Co à Boston.

Les marchés s'attendent à ce que la Fed maintienne son niveau actuel de rachats de créances immobilières pour se concentrer sur la réduction du montant de ses rachats de titres du Trésor, actuellement à 45 milliards de dollars par mois.

La forte demande dans le cadre de l'émission record de 49 milliards de dollars d'obligations de Verizon la semaine dernière et le bon accueil réservé à l'offre de 65 milliards de dette souveraine sont une preuve qu'un ralentissement des injections de liquidités inquiète moins les investisseurs.

Ryan Vlastelica, Juliette Rouillon pour le service français

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