Wall Street n'a plus la cote auprès des techs chinoises

le , mis à jour à 14:12
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par Pete Sweeney et David Lin SHANGHAI, 5 juin (Reuters) - Wall Street ne fait plus rêver les entrepreneurs chinois du secteur des technologies et ils sont de plus en plus nombreux à envisager de se faire radier de la cote américaine pour rentrer au bercail. Beaucoup de dirigeants de techs chinoises parient sur des valorisations plus élevées en Chine où les marchés se sont envolés. Ils sont aussi soucieux de se prémunir de tout risque juridique résultant du projet des autorités chinoises d'interdire le contrôle d'entreprises de secteurs sensibles par des étrangers. Un exode des techs chinoises marquerait la fin d'une période faste pour les banquiers d'investissement américains qui ont engrangé de juteuses commissions d'introduction. L'introduction en Bourse à 25 milliards de dollars d'Alibaba BABA.N , le géant chinois du commerce en ligne, la plus importante jamais réalisée, avait rapporté plus de 300 millions de dollars de commissions aux banques introductrices. Mais les performances boursières ne plaident pas pour Wall Street. L'indice composite des technologiques chinoises ChiNext .CHINEXTC a bondi de près de 180% depuis le début de l'année éclipsant la progression de 30% de l'indice Chine Technologie du Nasdaq OMX .CHXN9000 qui retrace l'évolution des firmes technologiques chinoises cotées à l'étranger. MANQUE D'INTÉRÊT Le ratio de capitalisation des bénéfices des entreprises cotées sur le Nasdaq est en moyenne de 11 fois quand il atteint 133 fois sur ChiNext. La pertinence relative de ces valorisations peut faire débat mais les dirigeants des technologiques chinoises se plaignent du manque d'intérêt des investisseurs américains. "Les investisseurs américains ne comprennent pas le modèle d'affaires des entreprises chinoises de paris en ligne" a dit le directeur général de l'un d'entre elles qui a requis l'anonymat et qui envisage de quitter Wall Street pour se faire coter à nouveau en Chine. Les entreprises de jeux en ligne Shanda Games GAME.O et Perfect World PWRD.O , cotées à Wall Street, ont déjà annoncé leur intention de se retirer la cote et le site de rencontres en ligne Jianyuan.com DATE.O ou le fournisseur de services de recherche médicale Wuxi Pharmatech WX.N ont dit qu'ils y réfléchissaient. Des dizaines d'autres techs chinoises moins connues sont prêtes à leur emboîter le pas si elles le peuvent, disent des analystes qui s'attendent à voir le courant des candidats chinois à une cotation aux Etats-Unis se tarir. "Les possibilités de susciter l'intérêt des investisseurs américains sont faibles", a dit Shu Yi, directeur général de Limei Technology, un spécialiste de la publicité sur mobile basé à Pékin, qui a récemment renoncé à ses projets de cotation à New York et qui envisage une introduction sur la Bourse de Shanghai ou sur celle de Shenzhen. CHANGEMENT RÉGLEMENTAIRE Le Premier ministre chinois Li Keqiang a encouragé les techs cotées à l'étranger à revenir au pays, en particulier celles qui se sont dotées de "structures de contrôle spécial" destinées à contourner la réglementation chinoise limitant les participations étrangères. La Chine se dote de capacités financières pour faciliter ces rapatriements. La banque d'investissement China Renaissance s'est associée au courtier Citic Securities 600030.SS 6030.HK pour lever des fonds afin de financer des retraits de la cote à l'étranger et la souscription de nouvelles introductions en Chine. De son côté Shengjing Management Consulting a lancé un fonds de fonds qui vise à rapatrier environ 100 firmes chinoises cotées à l'étranger. L'attrait de Wall Street pour les techs chinoises a longtemps résulté de l'interdiction imposée par les autorités boursières chinoises aux entreprises ne pouvant faire état de plusieurs exercices bénéficiaires de s'introduire en Bourse localement. Une disposition qui excluait de fait d'une cotation la plupart des entreprises internet chinoises. La volonté de Pékin de faire de Shanghai un centre financier de stature internationale à même de rivaliser avec Londres, Hong Kong ou New York à l'horizon 2020 implique de donner toute leur place aux entreprises les plus innovantes. Les exigences en matière de rentabilité ont été abaissées et la possibilité de fusionner avec une entreprise chinoise disposant d'une coquille cotée peut permettre d'accélérer le processus de rapatriement. Le géant chinois de l'affichage publicitaire Focus Media, qui s'est retiré de la cote américaine en 2013, a ainsi annoncé cette semaine qu'il allait se faire coter à nouveau en Chine grâce à une OPA inversée de 7 milliards de dollars sur le fabricant de caoutchouc coté Jiangsu Hongda 002211.SZ , un exemple appelé à faire des émules parmi les candidats au retour, estiment des analystes. En dehors de l'assouplissement des règles de cotation, les retours sur les Bourses chinoises sont aussi motivés par la perspective d'un durcissement de la réglementation sur la détention du capital par les investisseurs étrangers, en particulier pour les entreprises des secteurs considérés comme sensibles. La Chine interdit les participations étrangères dans des entreprises internet chinoises. Les investisseurs étrangers contournent cette interdiction en achetant des parts d'entités à détenteurs de droits variables (EEDV), qui permettent de détenir des actifs et d'en assurer le contrôle autrement que par l'exercice de droits de vote, et que certaines sociétés internet chinoises comme Alibaba ont créés. Les régulateurs chinois envisagent de revoir la législation sur l'investissement étranger et un projet de texte publié par le gouvernement chinois interdit explicitement "le contrôle effectif" par des étrangers d'entreprises chinoises dans des secteurs prohibés. Paul Gillis, professeur de comptabilité à l'Université de Pékin, a dit qu'il y aurait sans doute une exception pour les EEDV comme dans le cas d'Alibaba, qui est contrôlé par ses dirigeants chinois, mais cela n'offre qu'une protection très relative pour les investisseurs étrangers. (Marc Joanny pour le service français, édité par Patrick Vignal)


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  • talobre le vendredi 5 juin 2015 à 14:32

    ils devraient venir a paris, là au moins ils ne vaudraient rien