Volkswagen mise sur l'électrique, les services et les économies

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VOLKSWAGEN PARIE SUR L'ÉLECTRIQUE ET LES SERVICES
VOLKSWAGEN PARIE SUR L'ÉLECTRIQUE ET LES SERVICES

par Andreas Cremer

WOLFSBURG (Reuters) - Volkswagen a annoncé jeudi son intention d'investir plus de 10 milliards d'euros d'ici 2025 dans des domaines comme la voiture électrique et les services d'autopartage pour tenter de se transformer après le scandale du "Dieselgate".

Parlant du "plus important changement de l'histoire de l'entreprise", le numéro un européen du secteur a expliqué qu'il financerait ce programme par le biais d'économies et de gains d'efficacité qui incluront l'intégration de ses activités de composants, pour l'instant réparties sur 26 sites différents dans le monde et qui emploient 67.000 personnes.

"Le groupe Volkswagen sera plus concentré, plus efficace, plus innovant, plus axé sur le client et plus durable, et systématiquement tourné vers une croissance rentable", a déclaré le président du directoire, Matthias Müller, en présentant le plan à l'horizon 2025, dénommé "TOGETHER".

Le constructeur est plongé depuis septembre dans la crise la plus grave de ses 79 ans d'histoire après avoir avoué avoir truqué plusieurs de ses modèles pour fausser les résultats des tests d'émissions polluantes.

Il a inscrit depuis dans ses comptes plus de 16 milliards d'euros de provisions pour couvrir les coûts de la modification de millions de véhicules et ceux de l'accord amiable conclu avec les autorités américaines. Mais les analystes s'attendent à ce que la facture du scandale augmente encore.

L'affaire fait peser une menace sur l'ensemble du marché du diesel, une technologie qui représente près de la moitié des ventes de voitures neuves en Europe. Et elle accroît la pression financière sur Volkswagen, dont la principale marque, VW, est moins rentable que ses principales concurrentes.

HUIT MILLIARDS D'EUROS D'ÉCONOMIES

Présentant sa nouvelle stratégie à l'horizon 2025 à une semaine d'une assemblée générale qui risque d'être houleuse, le groupe a précisé prévoir de lancer d'ici dix ans 30 nouveaux modèles électriques d'ici dix ans, pour lesquels il table sur des ventes de deux à trois millions d'unités à l'horizon 2025.

Il se fixe aussi pour objectif de se développer dans les services, comme l'autopartage et les véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC), des activités qu'il espère voir réaliser plusieurs milliards d'euros de chiffre d'affaires à l'horizon 2025. Il prévoit en outre de développer ses propres technologies de voiture autonome et de batteries.

Matthias Müller a reconnu que cette transformation nécessiterait "un montant à deux chiffres en milliards" en terme d'investissements, qu'il entend financer par des économies et une amélioration de la rentabilité d'exploitation dans l'ensemble du groupe, avec pour objectif environ huit milliards d'euros d'économies annuelles.

Il n'a donné que peu d'autres détails, expliquant qu'ils seraient fournies par les différentes marques du groupe en temps voulu mais il a dit que la marque VW comptait conclure d'ici l'automne un "pacte pour l'avenir" avec ses syndicats afin d'améliorer la compétitivité tout en préservant l'emploi.

Certains investisseurs, comme le fonds activiste TCI, ont appelé ces dernières semaines la direction à prendre des mesures plus radicales pour réduire les coûts en faisant fi des protestations syndicales, notamment pour la marque VW.

L'ACTION BAISSE

Le groupe a aussi été mis en cause sur la complexité de sa structure capitalistique, qui accorde un rôle prépondérant aux familles fondatrices et au Land de Basse-Saxe, tout en assurant une représentation importante aux syndicats.

Le marché attend par ailleurs les conclusions des enquêtes en cours sur le scandale des émissions, censées établir les responsabilités collectives et individuelles.

"Pour moi, ce n'est pas un titre dans lequel on peut investir. Cela s'explique par les problèmes de gouvernance d'entreprise, qui ne sont toujours pas réglés", a déclaré Kevin Lilley, gérant actions Europe d'Old Mutual Global Investors, avant la présentation du plan stratégique.

A ses yeux, les "relations étroites" entre les principaux actionnaires empêche l'entreprise d'atteindre "une rentabilité correcte".

Arndt Ellinghorst, analyste d'Evercore ISI, a lui déclaré jeudi que la stratégie était encourageante. "Est-ce que VW a changé ? Il faudra du temps pour répondre mais certains éléments tendent à prouver que c'est bien le cas", a-t-il dit.

Matthias Müller a précisé vouloir ramener ses coûts commerciaux et administratifs à moins de 12% du chiffre d'affaires et viser une rentabilité d'exploitation hors exceptionnels de 7% à 8% d'ici 2025, contre 6% en 2015.

Il a réaffirmé la volonté du groupe de se développer en Amérique du Nord et en Chine, ajoutant que le marché chinois devrait devenir le premier débouché des futurs modèles électriques.

Il a également dit que Volkswagen discutait avec plusieurs partenaires potentiels dans le but de renforcer sa position sur le segment des véhicules d'entrée de gamme en Chine, un point faible du groupe pour l'instant.

A la Bourse de Francfort, l'action Volkswagen perdait 3,33% à 116,15 euros à 14h00 GMT alors que l'indice Stoxx du secteur automobile reculait de 1,86%.

(Marc Angrand pour le service français)

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