Voile - Vendée Globe - Paul Meilhat : « La vie d'un marin est bercée par la peur »

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Voile - Vendée Globe - Paul Meilhat : « La vie d'un marin est bercée par la peur »
Voile - Vendée Globe - Paul Meilhat : « La vie d'un marin est bercée par la peur »

A 34 ans, Paul Meilhat va disputer son premier Vendée Globe, sur le bateau avec lequel François Gabart s’était imposé il y a quatre ans. Le skipper de SMA ne cache pas qu’il se pose beaucoup de questions au moment de prendre part à son premier tour du monde en solitaire et sans escale.

Paul Meilhat, quels sont les sentiments qui vous passent par la tête à quelques jours du départ du Vendée Globe ? Vous avez hâte d’y être ? Je crois que maintenant, l’essentiel du travail a été fait, enfin pour nous. On a beaucoup navigué depuis un an et demi et maintenant ce sont les derniers détails qu’on règle. Il y a beaucoup d’excitation, un peu d’impatience mais en même temps il nous quelques trucs importants à faire donc on n’a pas envie d’être trop proche. On va essayer de profiter de tous ces moments-là et rester concentré pour ne rien oublier au départ. Il y a plus de bateaux qu’il y a quatre ans, la compétition risque d’être plus relevée... Je crois que cette course, il n’y a pas forcément besoin du plateau pour qu’elle soit dure (rires). C’est ce qui est ressorti du discours des anciens. On essaye vraiment de s’imprégner de ce qu’ont vécu les anciens coureurs du Vendée Globe et, a priori, finir la course, ça n’arrive qu’à la moitié de la flotte. Alors quand la flotte est plus nombreuse, c’est forcément un peu plus intéressant. Je pense que sportivement, il y a une dizaine de bateaux qui peuvent être sur le podium et même, en fonction des avaries, peut-être même gagner la course. J’espère que SMA fera partie de ces dix bateaux-là et que je pourrai me mêler à cette belle bagarre.

Meilhat : « La vie d’un marin est bercée par la peur et l’appréhension »

Y a-t-il un discours entre les nouveaux et les anciens ? En fait, je suis membre du Pôle Finistère course au large où il y a huit Imoca qui s’entraînent avec des projets plutôt gagnants, c’est assez intéressant. Ce sont des skippers d’expérience comme Vincent Riou ou Jérémy Beyou. J’ai eu la chance de les connaître avant, quand je faisais du Figaro Bénéteau, mais il y a quand même un côté transmission entre les générations. C’est vrai qu’au début ils nous regardent un peu d’un coin de l’œil parce qu’on est le petit jeune qui arrive avec son bateau, et il faut le mériter. Mais maintenant, au bout d’un an, on fait les stages ensemble, on commence à se livrer un peu. Même quand on fait les séances de sport, on discute un peu de tout ça. La transmission se passe bien. Quelles sont les plus grosses interrogations qu’on peut avoir ? Les interrogations au départ d’un Vendée Globe, il y en a tellement, en tout cas pour moi. Ça ne va être que des nouvelles expériences. Aujourd’hui le maximum de temps que j’ai passé sur un bateau c’est 23 jours, là ça va être quatre fois plus. Ça va être mon premier Pot au Noir, mon premier Equateur, mon premier Cap de Bonne-Espérance. Tout va être un peu premier, quoi (sourires). Ce sera aussi la première fois que je navigue dans les quarantièmes sur un aussi gros bateau. Ce qui me rassure c’est qu’on est beaucoup dans ce cas-là, et que l’histoire du Vendée Globe est vraiment bercée par ces histoires-là aussi, puisqu’il y a beaucoup de « bizuts » qui ont très bien performé. Il y a beaucoup de « premières » comme vous l’avez dit. Est-ce qu’il y a de l’appréhension quelque part, voire même de la peur ? Je pense que la vie d’un marin est bercée par la peur et l’appréhension. Maintenant, il faut arriver à avoir le degré de peur qui ne nous tétanise pas. Mais on vit dans un milieu qui est difficile, le milieu maritime est vraiment fait d’histoires difficiles. On en est conscient, tous. Aujourd’hui on se forme, on essaye de faire les choses le plus raisonnablement possible. On a forcément peur, mais je pense que d’avoir peur, c’est une sécurité car ça permet de faire attention. Propos recueillis par Nicolas Berté
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