Voile: Michel Desjoyeaux fait le Vendée en surfant

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par Sophie Greuil

PARIS (Reuters) - Double vainqueur du Vendée Globe en 2001 et 2009, Michel Desjoyeaux ne sera pas au départ de la septième édition de ce tour du monde en solitaire et sans escale, mais n'exclut plus de disputer la prochaine.

En attendant, le plus titré des skippers français, 47 ans et actuellement à la recherche d'un sponsor pour poursuivre son aventure en multicoques MOD70, explique dans un entretien à Reuters qu'il sera en lice sur internet, où il espère bien l'emporter.

Reuters : Pourquoi n'êtes-vous pas au départ ?

Michel Desjoyeaux : Si j'en avais eu envie, j'y serais. Raisonnablement, j'aurais pu. Mais aucune envie d'y retourner trois fois d'affilée. Comme j'avais encore envie de naviguer, je cherche un autre sponsor pour un autre challenge sur un autre bateau, sur un autre circuit.

Reuters : Vous pensez tout de même refaire un jour le Vendée Globe ?

M.D. : Y retourner dans quatre ans, avec un beau plateau, pourquoi pas ? Alors, si mon corps a la patate, l'envie suivra. Elle représente 95% de la réussite sur le Vendée. Mais en ce moment je me prends surtout à rêver d'être le premier double vainqueur à le gagner sur la course virtuelle lancée sur internet.

Reuters : Vous allez engager un bateau à votre nom ? Mais tout le monde va vous coller au train...

M.D. : Ah, je m'en doute bien... Donc j'engagerai un bateau à mon nom et l'autre sous un pseudo. Je suivrai minutieusement toute la course, notamment François Gabart, préparé par ma société (Mer agitée-NDLR). Mon portable sera ouvert 24 heures sur 24.

Reuters : Vous recherchez donc un sponsor en ce moment. Comment rédigeriez-vous une petite annonce pour vous vendre ?

M D. : Après vingt ans à faire du bateau à voile, à faire plein de belles choses, à gagner quelques courses, skipper cherche sponsor pour un circuit MOD70, des courses côtières en équipage sur multicoque de 21 mètres.

Reuters : Ça n'est pas très vendeur ni pour vous-même, ni pour circuit....

M.D. : Côtières, les courses offrent un grand spectacle pour le public, les bateaux naviguant presque bord à bord. Ensuite, notre engin est un très bel outil. Enfin, en course, nous avons le droit d'emmener quatre invités. Au coeur de l'action, leurs yeux tournent dans tous les sens.

Reuters : En quoi ce multicoque est-il plus intéressant que les bateaux sur lesquels vous avez déjà brillé ?

M.D. : Puissant, amusant, impressionnant, il file à des vitesses dingues, au-dessus de trente noeuds, va vite, s'arrête vite. Péchu et pointu, il est facile à manoeuvrer. Mais difficile à mener donc requiert une précision extrême tant la part de risques omniprésente vous colle, non-stop, sur le fil du rasoir. Une fois cette précision atteinte, grandes sensations de glisse et adrénaline sont au rendez-vous. Bref, il vous oblige à être le meilleur partout.

Reuters : Et le skipper Desjoyeaux, comment se vendrait-il ?

M.D. : Un compétiteur redoutable. Un être humain tout à fait normal que d'aucuns disent attachant.

Reuters : Avez-vous des contacts ?

M.D. : Je suis résolument optimiste et confiant, avec un beau projet en main, un beau bateau, une belle équipe et un bel équipage avec lequel je viens de gagner la première édition. Ma deadline ? Fin février 2013.

Reuters : Ce "compétiteur redoutable" a gagné deux fois le Vendée. Quel mot définirait votre premier Vendée, victorieux ?

M.D. : Fastidieux, laborieux. Je suis vraiment allé le chercher.

Reuters : Et le second, où vous cassez, rebroussez chemin avant de repartir une semaine après tout le monde, doubler tous vos adversaires et gagner avec le record en 84 jours ?

M.D. : L'envie... l'envie de repartir, la sensation de ne pas être atteint par cette casse donc par ce retard. Quand je suis reparti, j'ai senti que rien ne pourrait m'arrêter. Pendant trois mois, je n'étais pas loin de l'état de grâce. Dans le feu de l'action, je ne me suis rendu compte de rien. Là, je commence, seulement, à finir par le comprendre.

Reuters : Comprendre quoi ?

M.D. : Quelque part, je me regardais faire, tout se déroulait dans une fluidité insolente. Le travail en amont, l'envie au départ et la confiance totale en moi furent le socle de cet état où vous savez que rien ne peut plus vous arriver. Que la machine est lancée, inexorablement, que rien ni personne ne l'arrêtera.

Edité par Grégory Blachier

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