Voile: le trio de tête du Vendée Globe fond sur les glaces

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par Sophie Greuil

PARIS (Reuters) - A l'aube du vingt-quatrième jour de course, un inséparable trio se tient dans un mouchoir de poche en tête du Vendée Globe et file pied au plancher vers le cap de Bonne-Espérance, entrée des dantesques mers du Sud.

Entre les Sables d'Olonne et la pointe sud de l'Afrique, premier cap de ce tour du monde, le record de la course est détenu par Vincent Riou, lors de sa victoire en 2004-2005, en 24 jours, 2 heures et 18 minutes.

Au classement de lundi matin (08h00 GMT), Armel Le Cléac'h sur Banque Populaire avait chipé la tête de course à Jean-Pierre Dick sur "Virbac-Paprec 3", pour seulement 2,8 milles.

Le skipper de "Banque Populaire" était en orbite vers un bout du monde hostile, brassé par des tempêtes puissantes réduisant la lumière du jour sans détourner les albatros.

Troisième, au contact, François Gabart sur Macif pointait à 19 milles de Le Cléac'h lancé comme lui à 17 noeuds.

En même temps qu'ils enfilaient bonnet, ciré et polaire sous onze degrés, les hommes de tête affolaient les compteurs, à l'image de Jean-Pierre Dick, auteur d'un record du monde samedi après avoir avalé 502,53 milles à 20,9 noeuds de moyenne, en 24 heures.

"Ça envoie du bois ! La régate est belle", a claqué le Niçois, heureux sur son bateau bleu.

Le trio, qui se livre depuis plusieurs jours à un incessant chassé-croisé en tête de course, enchante aussi François Gabart qui a, lui, fait 483 milles d'une traite jeudi dernier.

"Plus on est de fous, plus on rit : quelle belle bataille navale", se réjouit le skipper de "Macif".

"Nous entrons dans des endroits un peu plus extrêmes que l'Atlantique. Il ne faut pas s'en faire une montagne, cela reste de la mer et des vagues", démystifie le Charentais de 29 ans.

Lundi matin, la flotte des treize solitaires - sur vingt partants il y a trois semaines - était divisée en trois groupes faisant l'élastique sur 2.130 milles. Le Franco-Italien Alessandro Di Benedetto fermait la marche sur "Team Plastique".

"POPAUL" ET "GROS PÉPÈRE"

Septième du classement sur "SynerCiel", Jean Le Cam, lancé à 53 ans dans sa troisième édition après une seconde place en 2004-2005, croque, en connaisseur, les prochains vents.

"Maintenant, il faut bien se mettre dans le rythme parce qu'on va en prendre plein la gueule pendant un mois. Dans le Sud, il faut savoir bien prendre du recul, bien positionner le curseur de son bateau", disait-il.

"Sans voir les jours passer" et après un plongeon en homme-grenouille sous son bateau pour le libérer, au couteau, d'un filet de pêche le ralentissant, ce pince-sans-rire racontait ses trois premières semaines seul à bord.

"Pour l'instant, je m'entends bien avec moi-même. Mais, je ne pourrais pas vous dire si je me parle ou pas", disait celui qui a baptisé son bateau Bijou, son pilote automatique Popaul et son gennaker Gros Pépère.

Onzième sur "Initiatives-Coeur", à 1.680 milles de la tête, Tanguy de Lamotte, 34 ans, s'apprêtait à aborder en bizuth mais avec sérénité les 40e rugissants.

"J'ai vraiment une envie forte de découvrir cet endroit étranger où la nature reprend une grande part de ses droits", s'impatientait-il en grignotant des orangettes.

"Même si je sais que le passage va être intense, difficile et spectaculaire, (il y a) l'envie, aussi, de mettre des paysages sur ces noms mythiques."

Comme les glaces dérivantes, repérées par les satellites, sont actuellement assez basses en latitude (45° Sud), la direction de la course a remonté la position de la première porte des glaces.

Placée à 41° Sud, cette porte dite "des Aiguilles", franchie par le trio de tête, rallonge le parcours de 300 milles.

Grâce à ce point de passage obligatoire, les solitaires ne joueront pas à la roulette russe au milieu de blocs de glace détachés de la banquise, appelés "growlers", qui affleurent sur l'océan Indien.

Edité par Gregory Blachier

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