Voile: Desjoyeaux et Gabart, "dream team" sur la Jacques Vabre

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MICHEL DESJOYEAUX ET FRANÇOIS GABART AU DÉPART DE LA TRANSAT JACQUES VABRE SUR MACIF
MICHEL DESJOYEAUX ET FRANÇOIS GABART AU DÉPART DE LA TRANSAT JACQUES VABRE SUR MACIF

par Sophie Greuil

PARIS (Reuters) - Michel Desjoyeaux, marin le plus galonné au monde, formera à partir de dimanche, pour la transat' en double Jacques Vabre, une "dream team" avec François Gabart, nouvelle figure de proue de la voile de 18 ans son cadet.

Sur leur monocoque Macif, le loup de mer de 48 ans et son jeune capitaine, époustouflant vainqueur du dernier Vendée Globe, seront opposés à neuf autres équipages dans la classe des 60 pieds.

A deux jours du départ du Havre à destination d'Itajai, au Brésil, Desjoyeaux rejette l'étiquette de favoris collée à son association avec Gabart.

Pourtant, les chiffres parlent : près de trente transatlantiques à eux deux, huit participations à la Jacques Vabre dont un succès en 2007 pour Desjoyeaux et trois succès dans le Vendée.

"Dans d'autres sports, notre association pourrait forcer ce statut de favoris ou de 'Dream Team'. Mais surtout pas en voile", assure Michel Desjoyeaux à Reuters.

"Certes, il y a une forte attente. Certes, notre bateau va vite et bien partout. Mais la vraie vie n'est pas le statut, les statistiques, les pronostics, l'addition de palmarès, de se croire arrivé avant la ligne d'arrivée."

"La vraie vie reste la course, la mer, les hommes qui peuvent se tromper de stratégie, se planter sur les vents", rappelle le plus décoré de tous, en solitaire, en équipage, sur tout type de bateau et dans tout type de course.

"Avec François et Macif, je suis invité à naviguer avec le must du must pour ce que je recherche désormais : un engagement extrême de tous les instants, avec un cerveau frais et d'une réactivité éclair", résume le Breton.

1+1=6

Après leur victoire, en août, dans le Fastnet, suivie d'une cascade de manches d'entraînement remportées haut la main sur leurs futurs rivaux, la paire est confiante.

"Naviguer en double, c'est simple et compliqué à la fois", convient Michel Desjoyeaux. "Simple avec un bateau, deux marins dont un chef qui est le skipper. Et là, le skipper, c'est François, à qui reviendra la décision finale."

"Compliqué parce que naviguer à deux n'est pas, contrairement à ce que pensent les gens, plus simple qu'en solitaire", ajoute-t-il.

"Comme à deux, on fait toujours mieux que seul voire très bien, on lance le bateau sur un potentiel très élevé qui nécessiterait un équipage de six pour le mener sans souci", décrypte le 'Professeur'.

Patron à bord à 30 ans à peine, François Gabart voit cette transat "comme une incroyable occasion d'apprendre et de progresser ensemble, d'augmenter notre niveau de jeu et l'échelle de nos connaissances".

La paire se comprend en un clin d'oeil. Et connait son voilier sur le bout des doigts puisque le Breton Desjoyeaux a participé à sa naissance et le Charentais Gabart l'a mené à la victoire dans le Vendée Globe en 78 jours, un record.

STARSKY ET HUTCH

Au passage, les deux hommes aimeraient effacer le souvenir de leur première course ensemble, un tour du monde en double avorté sur la Barcelona World Race en décembre 2011.

Sur le Foncia du capitaine Desjoyeaux, un démâtage au large de l'Afrique du Sud les avait mis hors-jeu.

"Là, l'idée n'est pas de prendre une revanche mais de continuer notre histoire à deux parce qu'elle s'arrête sur cette casse qui nous laissait un fort désagréable goût d'inachevé", avoue Gabart.

Pour cette transat dont ils sont donc les grands favoris, Macif emportera un stock de nourriture pour vingt jours malgré un routage estimé entre 15 et 18.

"Comme François mange quasiment toutes les heures, il sera en charge de faire la bouffe. Et moi la vaisselle", promet Desjoyeaux, qui se plaît à raconter leur couple un peu plus en détail. "Nous sommes aussi casse-pied l'un que l'autre, toujours à celui qui ira plus vite que l'autre", dit-il. "Grâce à nos tignasses, nous pourrions être comparés à Starsky et Hutch. Quant à Macif, il serait notre 'Huggy les bons tuyaux'."

Son jeune capitaine, lui, est impatient de voir comment son mousse l'étonnera, cette fois. "Dans la foulée du départ de la Barcelona World Race, tellement concentré sur le job, Mich' avait gardé son jean jour et nuit, pendant une semaine, jusqu'aux alizés des Canaries", se souvient-il. "Là, je vais voir jusqu'où il est capable de le traîner."

Edité par Gregory Blachier

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