Vladimir Poutine laisse l'Ukraine dans l'expectative

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AMNISTIE CONDITIONNELLE EN UKRAINE POUR LES MANIFESTANTS INTERPELLÉS
AMNISTIE CONDITIONNELLE EN UKRAINE POUR LES MANIFESTANTS INTERPELLÉS

par Steve Gutterman et Richard Balmforth

MOSCOU/KIEV (Reuters) - La Russie attendra la formation d'un nouveau gouvernement ukrainien pour poursuivre le versement de l'aide financière de 15 milliards de dollars promise à Kiev, a annoncé mercredi Vladimir Poutine.

Comme la veille à Bruxelles, lors du sommet Union-Russie, le président russe a assuré que cette aide serait versée même si l'opposition pro-européenne arrive aux affaires. Le calendrier reste en revanche incertain.

"Je vais demander au gouvernement d'appliquer pleinement tous nos accords financiers", a-t-il déclaré, selon l'agence de presse Interfax.

"Attendons la formation d'un gouvernement ukrainien. Mais je vous demande, y compris dans la situation actuelle, de ne pas perdre le contact avec nos collègues" ukrainiens, a-t-il ajouté par la suite.

A Kiev, le Premier ministre par intérim Serhiy Arbouzov s'est engagé à tout faire pour limiter les conséquences économiques de la crise qui dure depuis novembre et a dit s'attendre à un deuxième versement rapide, de deux milliards de dollars, de la part de la Russie. Une première tranche de trois milliards a été versée fin décembre sous la forme d'un emprunt obligataire.

Dans la soirée, le Parlement ukrainien, dominé par les partisans du président Viktor Ianoukovitch, a voté une amnistie pour les manifestants arrêtés lors des manifestations des dernières semaines, à condition que les protestataires évacuent les bâtiments publics qu'ils occupent à Kiev et dans les régions.

ASHTON À KIEV

Les élus de l'opposition à la Rada se sont abstenus lors du vote, acquis par 232 voix, six de plus que le nombre requis. Iouri Mirochnitchenko, partisan de Viktor Ianoukovitch à l'origine de ce texte destiné à apaiser les tensions, a précisé que l'amnistie n'entrerait en vigueur que si les bâtiments occupés sont évacués.

Vladimir Poutine a décidé en décembre de se porter au secours d'une Ukraine au bord de la faillite. L'opposition locale et les puissances occidentales y ont vu l'expression du satisfecit de Moscou après la volte-face du président ukrainien Viktor Ianoukovitch, qui a renoncé in extremis à un accord d'association et de libre-échange avec l'Union européenne pour se tourner vers la Russie.

Sa décision est également à l'origine du vaste mouvement de contestation qui a entraîné mardi la démission du Premier ministre Mikola Azarov. Le vice-Premier ministre Serhiy Arbouzov assure l'intérim mais on ignore quand sera formé le nouveau gouvernement.

La chancelière allemande Angela Merkel s'est entretenue mercredi par téléphone avec Vladimir Poutine et Viktor Ianoukovitch, auprès desquels elle a plaidé pour le dialogue. "On ne doit pas laisser la situation sombrer à nouveau dans la violence", a-t-elle déclaré, selon un porte-parole.

Catherine Ashton, haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a transmis le même message après un entretien avec le président ukrainien.

BÂTIMENTS OCCUPÉS

"Le dialogue qui a eu lieu par intermittences doit devenir un véritable dialogue. Nous espérons assister à de vrais progrès dans les jours qui viennent", a-t-elle souhaité.

"Le pays est au bord de la guerre civile", a jugé mercredi Léonid Kravtchouk, qui fut le premier président de l'Ukraine indépendante.

"Nous devons appeler ce qui se passe par son nom. Il s'agit d'une révolution parce qu'il est question d'une tentative pour changer de pouvoir", a-t-il déclaré à la Rada.

Les concessions que le chef de l'Etat et la majorité parlementaire semblent désormais décidés à faire à l'opposition, ajoutées au départ de Mikola Azarov, natif de Russie et partisan de la fermeté, ont semé le doute sur la poursuite de l'aide financière de Moscou.

"Nous avons déjà reçu une première tranche d'aide de trois milliards de dollars (2,2 milliards d'euros) et nous espérons recevoir une seconde tranche de deux milliards de dollars très bientôt", a toutefois déclaré mercredi Serhiy Arbouzov lors de son premier conseil des ministres en tant que chef du gouvernement.

Plusieurs centaines de contestataires campaient toujours place de l'Indépendance à Kiev, mercredi, tandis que d'autres, plus radicaux, affrontaient les forces de l'ordre aux abords du stade de football du Dynamo Kiev.

Les détracteurs de Viktor Ianoukovitch occupent en outre de nombreux bâtiments administratifs à travers le pays, dont l'hôtel de ville de la capitale et le siège du ministère de l'Agriculture.

Mardi, la majorité parlementaire avait fait une concession de taille en abrogeant les lois anticontestation adoptées à la hâte le 16 janvier pour tenter d'étouffer le mouvement.

Jean-Philippe Lefief et Guy Kerivel pour le service français

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