Vivendi va négocier avec Numericable la vente de SFR

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NÉGOCIATIONS EXCLUSIVES ENTRE VIVENDI ET NUMERICABLE SUR LA VENTE DE SFR
NÉGOCIATIONS EXCLUSIVES ENTRE VIVENDI ET NUMERICABLE SUR LA VENTE DE SFR

par Gwénaëlle Barzic et Leila Abboud

PARIS (Reuters) - Vivendi a annoncé vendredi que son conseil de surveillance avait décidé d'entrer en négociations exclusives avec Numericable pour lui céder sa filiale télécoms SFR, mettant fin au feuilleton qui tenait en haleine le monde des télécoms depuis deux semaines.

Le groupe de télécoms et de divertissement a opté pour la proposition du câblo-opérateur qui offre 11,75 milliards d'euros en numéraire pour mettre la main sur le numéro deux du mobile en France, aux dépens de Bouygues qui avait pourtant jeté toutes ses forces dans la bataille ces derniers jours.

"Il (le conseil) estime que cette offre est la plus pertinente pour les actionnaires et les salariés du groupe et qu'elle offre la meilleure sécurité d'exécution", explique Vivendi dans un communiqué publié trois heures après le début de la réunion.

A l'issue de la période de trois semaines de négociations exclusives, le conseil de surveillance se réunira à nouveau pour rendre sa décision.

A la Bourse de Paris, Numericable a clôturé en hausse de 11,742% à 29,50 euros tandis que Bouygues a perdu 2,93%, la plus forte baisse de l'indice CAC 40. Vivendi, de son côté, a fini sur un gain de 0,15% à 19,90 euros.

Numericable était apparu ces dernières heures comme le grand favori après avoir reçu le soutien du comité spécial chargé par Vivendi d'examiner les candidatures pour l'opérateur, selon deux sources proches du dossier.

Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg avait lui-même grillé la politesse à Vivendi en annonçant avant même la réunion des membres du conseil de surveillance que le conglomérat penchait en faveur de l'offre de Patrick Drahi, le dirigeant de la société mère Altice.

"J'ai cru comprendre que les dirigeants de Vivendi ont décidé coûte que coûte de vendre SFR à Numericable", a déclaré sur Europe 1 le ministre qui n'avait pas caché sa préférence pour l'offre concurrente de Bouygues.

Invité de France 2 vendredi soir, le ministre a laissé entendre que la saga SFR n'était pas terminée.

"Un groupe qui se surendette pour acquérir une entreprise beaucoup plus grosse qu'elle (pose problème)", a-t-il dit.

"Il y a trois semaines de discussions. Je ne suis pas certain que les banques aient envie de s'exposer outre mesure (...) Nous souhaitons qu'il n'y ait pas de casse sociale et nous souhaitons qu'il y ait des investissements."

L'EXÉCUTIF RAPPELLE À ALTICE SES ENGAGEMENTS

Dans la foulée de l'officialisation du choix de Vivendi, Fleur Pellerin, la ministre déléguée chargée des PME, de l'Innovation et de l'Economie numérique a pris acte de la décision.

Dans une déclaration transmise à Reuters, elle a appelé Altice à préciser et concrétiser les engagements pris par son dirigeant Patrick Drahi ces derniers jours, en particulier en matière d'emploi et d'investissements dans le très haut débit.

"Le rapprochement de SFR et Numericable constituera le leader français et européen de la convergence du très haut débit fixe et mobile", a pour sa part déclaré Altice dans un communiqué.

"Ce projet industriel ambitieux et tourné vers la croissance se fera en respectant à la lettre chacun des engagements pris par Altice auprès du gouvernement".

Pour tenter de faire la différence dans la dernière ligne droite de la bataille, les deux prétendants de SFR avaient joué leur va-tout et amélioré leurs propositions.

Bouygues espérait marier SFR à sa filiale Bouygues Telecom pour créer un nouveau numéro un français du mobile et détrôner l'opérateur historique Orange. Il proposait de verser à Vivendi 11,3 milliards d'euros en numéraire et de donner au conglomérat une participation de 43% dans le nouvel ensemble. Outre les 11,75 milliards d'euros en cash, Numericable proposait quant à lui 32% de l'entité combinée.

L'ATOUT FOURTOU

Patrick Drahi disposait cependant d'un atout qui semble avoir été l'un des éléments déterminants dans l'issue de ce duel : le soutien du président du conseil de surveillance de Vivendi Jean-René Fourtou.

Selon une source au fait des discussions, le dirigeant de 74 ans, qui tient les rênes du conglomérat directement ou indirectement depuis 12 ans, avait à coeur de boucler le dossier SFR avant de passer la main en juin prochain, ce qui le faisait pencher pour l'offre de Drahi jugée plus simple et plus rapide.

Un rapprochement SFR-Numericable aurait en effet moins d'implications pour le marché des télécoms qui conserverait dans cette hypothèse quatre opérateurs sur le mobile. A ce titre, l'examen de l'opération par l'Autorité de la concurrence devrait présenter moins de difficultés que le scénario rival.

Bouygues avait pourtant cherché à mettre tous les atouts dans son jeu en concluant un accord surprise avec son concurrent Iliad et en faisant jouer son entregent avec le monde politique. Il devra donc trouver un plan B pour sa filiale télécoms, fragilisée par deux années de guerre des prix, qui pourrait passer du statut de prédateur à celui de proie.

Pour Vivendi, la cession de SFR devrait constituer le dernier grand acte de la revue de son portefeuille engagée au printemps 2012 avec l'ambition de se recentrer sur les médias.

(Avec Matthieu Protard, Alexandre Boksenbaum-Granier, Matthias Blamont)

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  • titi092 le vendredi 14 mar 2014 à 21:43

    Comment voulez-vous que le gouvernement puisse imposer quoi que ce soit ? Les français ne sont pas actionnaire de leurs entreprises, les gouvernements taxent à des niveaux inimaginables les plus values. Résultat : nos entreprises sont vendu à l'étranger ( donc moins d'impots payé en France, moins de personnel Français, moins de charge Française, moins d'emploi )....Tout va bien ! mais cela était largement prévisible.